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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
François Legault répète depuis plusieurs jours que toutes les décisions passent par lui, pour le meilleur et pour le pire.
François Legault répète depuis plusieurs jours que toutes les décisions passent par lui, pour le meilleur et pour le pire.

Legault et le syndrome de l’homme fort

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CHRONIQUE / Si le premier ministre François Legault répète qu’avril est le mois de tous les dangers, c’est peut-être parce qu’il trouve plusieurs obstacles sur son chemin et qu’il ne sait plus quoi faire pour ralentir la troisième vague.

Mercredi, en après-midi, le premier ministre a publié sur sa page Facebook des clarifications et des ajustements sur le port du masque à l’extérieur. C’était difficile à comprendre, aussi. Le décret semblait avoir été écrit rapidement, sans réfléchir à tous les impacts ou vérifier les incohérences avec d’autres décrets.

Même des personnes qui ont toujours défendu les mesures sanitaires commençaient à décrocher, parce que les consignes étaient irréalistes ou difficiles à mettre en pratique.

Par exemple, pendant quelques heures, un couple ne vivant pas à la même adresse pouvait se fréquenter, à l’intérieur, incluant une proximité intime, mais tout d’un coup, à l’extérieur, le masque était obligatoire pour le couple. C’était aussi particulier d’obliger le masque dans certains sports comme le tennis, un sport où les joueurs et joueuses sont normalement à plus de deux mètres – d’une ligne de fond à une autre, il y a plus de 20 mètres. 

Si ce n’était que ça, on l’ajouterait à d’autres mesures qui ont nécessité des ajustements après quelques jours, mais c’est difficile pour le gouvernement depuis quelques semaines. On dirait que la seule chose qui est claire, c’est la montée des variants et le nombre de cas élevé. 

Perdre la confiance

Autrement, le plan de vaccination comporte son lot de mystères, comme plusieurs consignes sanitaires d’ailleurs. On ajoute les mensonges du ministre Roberge sur la ventilation dans les écoles, la tendance à minimiser les éclosions dans les lieux de travail et les écoles, la propension du premier ministre à dire qu’il décide tout seul. Plein d’éléments qui ne mettent pas en confiance.

Par exemple, pour justifier le retrait de centaines de milliers de Québécois et Québécoises ayant une maladie chronique de la campagne de vaccination afin de sauter au personnel essentiel, le ministère de la Santé explique qu’il considère les zones d’éclosions en milieu de travail plus dangereuses que les risques entourant les maladies chroniques.

Pour vacciner les milieux de travail, on a tassé des milliers de personnes qui se font conseiller depuis un an, par leur médecin, de s’isoler afin de ne pas attraper le virus, même si ça signifie de ne pas voir leurs enfants en garde partagée. Ce n’est pas une décision banale.

Étonnement, quand les oppositions soulignent que les milieux de travail sont d’importantes sources de transmission du virus, le gouvernement minimise les infections, revenant sur l’importance du couvre-feu. Pourtant, ces milieux préoccupent visiblement la Santé publique, étant donné les changements dans la vaccination. Ça manque de cohérence.

Et pendant ce temps, on se demande si le golf est un risque de contamination. Dans un autre contexte, je trouverais que ça ressemblerait à une tactique pour détourner l’attention d’un problème gênant. 

Une fatigue

Chaque fois que je souligne ces enjeux, des conspirationnistes m’écrivent pour me féliciter, mais pour moi ce n’est pas une affaire de complots, c’est une simple dérive d’un premier ministre qui s’entête un peu trop souvent à vouloir plaire à sa base électorale au lieu de prendre la décision la plus juste, qui priorise souvent l’économie à la santé publique ou à l’environnement.

C’est aussi l’attitude d’un gouvernement qui, avec raison, est fatigué. L’intensité de la dernière année doit donner une impression aux ministres, et l’équipe d’Horacio Arruda, d’avoir vécu quatre ans en douze mois.

On voit cette fatigue dans la façon dont les consignes sont données depuis quelques semaines. Le gouvernement les présente rapidement, sans trop d’explications, autrement que sous une forme autoritaire. On ne demande presque plus à Horacio Arruda d’expliquer les consignes, ça participe à donner des airs politiques aux mesures. Sans les questions des journalistes, le directeur de la Santé publique ne parlerait plus beaucoup dans les points de presse.

C’est dommage, parce que les consignes sanitaires ont visiblement besoin d’être expliquées, la population a besoin de comprendre l’effort supplémentaire qu’on lui demande, ou le sacrifice de plus à faire.

C’est d’autant plus dommage que ça prend parfois des jours aux journalistes ou aux partis d’opposition pour comprendre toutes les implications des mesures, à force de retourner les décrets dans tous les sens et de poser des questions. Pendant ce temps, le monde n’adhère pas aux mesures.

Probablement dans une stratégie de donner une impression d’imputabilité ou de maitrise, François Legault répète que ce sont ses décisions, que c’est lui qui tranche les enjeux, que c’est lui qui commande tel décret. Rien ne semble se faire sans son approbation. 

Ce serait pourtant un bon moment pour travailler en équipe. Déjà parce qu’on se sort des crises avec la solidarité, pas avec des hommes forts qui pensent sauver le monde, mais aussi parce que cela enlèverait du poids sur ses épaules et permettrait de meilleures décisions. Il y aurait peut-être moins d’erreurs, moins de décrets incompréhensibles, plus de transparence, plus de cohésion. 

J’ai beau trouver que le premier ministre devient irrité plus facilement ce printemps, je m’étonne aussi qu’il ait encore cette énergie. J’espère qu’on va lui permettre un gros mois de vacances après tout ça. Il en aura bien besoin, comme nos travailleurs et travailleuses essentielles.