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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
La démocratie doit nous ressembler, composée de personnes comme vous et moi. Peut-être un peu meilleures que vous et moi, oui, plus intelligentes, je l’espère, mais plus sensibles et plus humaines, aussi, parce que la politique c’est, après tout, l’art du vivre ensemble.
La démocratie doit nous ressembler, composée de personnes comme vous et moi. Peut-être un peu meilleures que vous et moi, oui, plus intelligentes, je l’espère, mais plus sensibles et plus humaines, aussi, parce que la politique c’est, après tout, l’art du vivre ensemble.

La politique doit-elle être rude?

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Vous avez été nombreux et nombreuses à réagir à ma chronique sur l’épuisement professionnel. Parfois pour refuser d’associer un épuisement à un signe de faiblesse, mais parfois pour souligner que la politique, c’est difficile, cruelle, et qu’il faut être capable de faire face à cette pression. Mais ce manque d’humanité en politique n’est-il pas un problème? 

Quelques personnes se demandaient s’il y avait des risques de récidive après un premier épuisement professionnel. C’est difficile à dire en fait. Selon un chercheur français, les risques sont de 30 à 40 %. Sauf qu’il faut regarder au-delà du chiffre.

Par exemple, si une personne a fait un burn-out en raison d’un environnement professionnel toxique et qu’elle ne change pas d’employeur, le taux de récidive est très élevé, très très élevé. Si au contraire, elle change d’employeur et se retrouve dans un milieu sain, il y a de fortes chances qu’elle ne connaisse pas un autre épisode. Dans le cas d’une personne workaholic — bourreau de travail —, si cette personne n’a tiré aucune leçon de son épuisement, les probabilités de faire un deuxième épuisement sont élevées. Mais si la personne a compris ce qui a mené à cette situation, a su s’adapter et a fait des changements, les risques sont faibles. 

Je me serais mal vu de juger du risque de récidive pour Vincent Boutin parce que les informations pour en juger sont personnelles. C’est entre lui et son médecin. C’est intrusif d’exiger qu’il donne autant de détails. Il dit avoir tiré des leçons et j’espère pour lui que c’est bien le cas. 

Le fait que le conseiller municipal de Sherbrooke en ait parlé publiquement, qu’il ait pris une pause, qu’il se soit questionné sur sa relation au travail, tout ça diminue déjà ces risques qui semblent inquiéter plusieurs personnes.

Le processus est déjà plus sain qu’un ou qu’une autre politicienne qui miserait sur les pauses des Fêtes ou estivales pour souffler, ou qui ne remarquerait pas son épuisement, ou qui refuserait d’en parler à son médecin, augmentant alors ses risques d’être sous une forme perpétuelle d’épuisement, jusqu’au jour où tout va péter solidement. Ça, c’est malsain. Ça, c’est dangereux.

Insister sur les risques de récidive d’un politicien qui a déjà eu un épuisement ne fait que pousser des gens qui auraient besoin de prendre soin d’eux de ne pas le faire, apeuré de perdre l’appui de la population. Insister sur ça fait partie du problème. J’ai l’impression que même s’il partageait des verbatims de séances avec un psychologue, il resterait toujours un doute pour certaines personnes, parce que ce qui est demandé de prouver est impossible.

Irréprochables

Plusieurs ont soulevé qu’en politique, il faut savoir faire face à l’adversité, supporter le poids des responsabilités, développer une carapace. La politique est vue comme une arène peu clémente. C’est vrai que ça peut être ingrat, usant et rude, mais on ne devrait pas trouver ça normal, non plus. 

En partageant ma chronique sur Facebook, la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, a écrit ceci : « Sortons-nous de la tête que ça prend des politicien.ne.s en teflon. C’est quand on en élit des comme ça qu’on ne se sent ni écoutés ni compris. Ça prend des politicien.ne.s qui nous ressemblent, qui peuvent se mettre à notre place et ne nous regardent pas de haut quand on leur parle de ce qui nous préoccupe. Ça prend des politiciens qui n’ont pas peur d’assumer leur humanité. »

J’ai volontairement mis de côté ce volet dans ma chronique de samedi dernier, parce qu’on ne peut pas tout dire dans une chronique, je voulais surtout souligner que vivre un épisode de santé mentale n’est pas un signe de faiblesse. Sauf que la députée solidaire rappelle, avec raison, que les politiciens et politiciennes, peu importe le palier de gouvernement, sont là pour nous représenter. La politique n’est pas obligée d’être vue comme une joute guerrière. Les conseils municipaux et les assemblées devraient davantage miser sur la coopération, malgré les divergences d’opinions.

Pour moi, coopérer ne signifie pas de toujours trouver des terrains d’entente ou des compromis, il y a parfois des clivages trop grands sur certaines valeurs, mais doit-on pour autant considérer les autres partis comme des ennemis? User de manœuvres légales, mais moralement douteuses, aide-t-il vraiment à instaurer un climat sain? Il y a une réflexion à faire chez les partis, mais aussi au sein de la population lorsqu’elle félicite ou encourage ces comportements commis par « son côté ». Cette idée du « avec ou contre moi » est toxique. 

Les conseillers et conseillères municipaux, ainsi que les députés et députées, ont déjà des responsabilités énormes. Représenter ses citoyens et citoyennes, c’est une bonne pression. Prendre position sur des enjeux publics, se projeter dans l’avenir, défendre ses valeurs, tout ça en ajoute encore. En plus, il faudrait que ces personnes soient parfaites? 

Je préfère voir une élue admettre ses erreurs que les cacher et je préfère voir un élu être honnête sur sa santé que faire semblant qu’il est infaillible — ce qui ne se peut pas. Il faut, comme citoyens et citoyennes, permettre à la politique d’être humaine, cesser de leur reprocher la moindre faille. 

Être imputable ne signifie pas être irréprochable. Une personne transparente risque plus d’assumer ses responsabilités qu’une personne qui cache tout.

On confond trop souvent fermeté et force, un peu comme on confond confiance et arrogance. La fermeté peut aussi cacher une incapacité d’entendre la critique, une incapacité de débattre ou même d’expliquer ses positions, et ça, c’est loin d’être un signe de force. Un vrai leadership est à l’écoute, rassemble et inspire, il n’impose pas ses idées. 

Pour moi l’idéal de la démocratie n’est pas une intelligence artificielle stoïque. Ce serait même un cauchemar. Au contraire, la démocratie doit nous ressembler, composée de personnes comme vous et moi. Peut-être un peu meilleures que vous et moi, oui, plus intelligentes, je l’espère, mais plus sensibles et plus humaines, aussi, parce que la politique c’est, après tout, l’art du vivre ensemble.