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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Le premier ministre François Legault et le ministre de la Santé Christian Dubé ont toutes les raisons d’être épuisés, mais ils ne doivent rien relâcher, comme ils demandent à la population.
Le premier ministre François Legault et le ministre de la Santé Christian Dubé ont toutes les raisons d’être épuisés, mais ils ne doivent rien relâcher, comme ils demandent à la population.

La danse du confinement

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CHRONIQUE / Les annonces de 17 h du gouvernement servent habituellement à annoncer des resserrements, des mesures plus restrictives, des mauvaises nouvelles. Pendant la journée, on déplorait le suspense. On craignait le pire. Est-ce que tout le Québec replongerait en zone rouge?

Finalement, l’Estrie et les autres zones orange s’en sortent sans trop de restrictions. Pour le moment. Le premier ministre François Legault a averti plus d’une fois qu’il allait resserrer les mesures si la situation l’exigeait, comme un avertissement que font les parents avant de punir pour vrai. « Si tu continues, tu vas aller dans ta chambre! »

Cette peur en dit quand même long sur le climat social. On y voit l’épuisement des gens devant les différents confinements et les mesures sanitaires. Parlant de fatigue, cette phrase pendant le point de presse témoigne de l’épuisement du personnel de la santé : « Il y a de moins en moins de personnel capable de soutenir les soins intensifs. » La capacité du réseau n’est plus la même qu’au début de la pandémie.

On comprend que les gens s’attendent à ce que ça se resserre. Par habitude, peut-être, d’entendre les mesures se resserrer. Mais peut-être aussi parce que les chiffres n’indiquent pas un contrôle de la 3e vague, même si le premier ministre prétend le contraire. Le bateau ne coule pas, il y a une relative résistance, mais de là à dire qu’on contrôle sa navigation sur la forte houle de la pandémie, j’ai un doute.

Je crois que les gens sont bien conscients que les mesures sanitaires sont plus ou moins respectées, par eux-mêmes, par leurs voisins ou les gens qu’ils croisent dans les espaces publics. À part ceux et celles qui nient la pandémie, je crois que la majorité sait qu’elle joue avec le feu, avec des risques « calculés », lorsqu’elle va au resto, soupe chez la famille ou va au gym.

Parlant de voisinage, si l’Estrie est orange, elle est entre une zone rouge (la Montérégie) et une zone noir-rouge-foncé (la Beauce). La MRC du Granit est collée sur ces zones où le gouvernement a imposé des « mesures spéciales d’urgence. » Il y a plusieurs interactions naturelles entre la Beauce et ce coin de l’Estrie. Ça reste fragile.

Avance, recule

La population est évidemment tannée d’entendre François Legault leur demander, une énième fois depuis un an, de faire « encore un dernier effort. » La formule était déjà usée l’automne dernier. Devant la diminution du nombre de cas, les gens ont rapidement demandé du lousse. Le gouvernement n’a pas résisté, il n’a même pas attendu qu’il y ait un long plateau, il a déconfiné.

On n’a même pas eu le temps de reprendre notre souffle, cette fois-ci. Entre la première et la deuxième vague, il y a eu plusieurs semaines avant que les cas recommencent à augmenter. Ce printemps, à peine quelques jours. 

Les gens se plaignent du yo-yo, soulignent que rouvrir et refermer fait mal à leurs entreprises, mais réclament en même temps de pouvoir recommencer avec empressement, dès les premières accalmies. Je comprends le besoin, mais ça donne l’impression de demander le beurre et l’argent du beurre. Plus on rouvre rapidement, plus le risque de refermer est grand.

La meilleure façon de ne pas avoir une gueule de bois est de ne pas faire le party. Parfois, il faut se demander si la fête vaut la peine du lendemain.

Imaginons que le gouvernement avait attendu deux semaines, pour voir si, comme ailleurs, la troisième vague allait frapper, ou pour casser la nouvelle vague. Je doute que la population, les entreprises, les restos, les théâtres et les musées auraient accepté, même si c’était pour éviter le yo-yo qui énerve autant. 

En fait, quelques entreprises l’auraient accepté, certaines n’ont pas rouvert, craignant de devoir refermer après quelques semaines, mais elles sont minoritaires.

On sentait d’ailleurs l’irritation du premier ministre pendant la période de questions. Il a raison de dire que la pression était grande de permettre les réouvertures, même si maintenant, il y en a qui lui reproche d’avoir été imprudent. On lui aurait reproché d’être trop prudent.

Ceci dit, cette pression sociale n’excuse pas tout et ne met pas la responsabilité que sur le dos de la population. Le gouvernement devrait être au-dessus de la mêlée.

Le gouvernement a difficilement expliqué ses décisions, c’était confus. Un jour tout va bien et le lendemain ce sont de sévères restrictions. Ça magane le lien de confiance, ça. Peut-être que le gouvernement ne peut pas prévoir sur plusieurs semaines, mais il ne devrait pas se faire prendre en quelques jours.

Même les journalistes qui suivent quotidiennement la pandémie sont parfois mêlés dans les directives – heureusement, les notes existent. Alors faut pas s’étonner que la population qui s’informe ici et là soit perdue. 

Le confinement n’est pas une danse facile. Pour suivre les pas, il faut avoir confiance en son partenaire. Si du monde s’enfarge dans leurs pieds, c’est que François Legault a perdu une partie de cette confiance. Il répète que les gens ne doivent pas relâcher, qu’avril est un mois crucial. J’aurais envie de lui dire la même chose. Ce n’est pas le temps de perdre le rythme.