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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron

Écoutons les femmes

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CHRONIQUE / J’ai principalement grandi entouré de femmes. Ma mère, mes tantes et ma grande sœur durant mon enfance. Sans surprise, ça s’est prolongé avec des groupes de filles au secondaire. Même si ces femmes n’étaient pas nécessairement féministes, écouter leurs histoires depuis mon enfance m’a naturellement sensibilisé aux enjeux féministes.

C’est là que j’ai entendu les premières histoires d’injustice et de violences envers les femmes, juste parce que j’étais là lorsqu’elles se confiaient leurs mésaventures, entre elles, témoin de leurs discussions. Elles se vidaient le cœur et moi, dans mon silence, ça me fendait le cœur. 

Qu’on se comprenne bien, c’est en lisant plus tard que j’ai pu mettre des mots sur tout ça, je n’aurais pas été capable de théoriser la charge mentale comme on le fait maintenant, et ces femmes non plus, mais leurs confidences me permettaient déjà de voir que ça clochait. Que la plupart de ces femmes faisaient semblant d’apprécier les comportements machistes, parce que « c’est de même un gars! » 

C’est aussi plus tard, récemment en fait, que j’ai compris que mon enfance entourée de femmes explique en partie pourquoi les enjeux féministes ne sont pas abstraits pour moi. Les agressions sexuelles, la violence conjugale, l’équité salariale, la charge mentale, l’objectivation du corps féminin, le harcèlement, ce ne sont pas des statistiques pour moi, ce sont les histoires de M, de C, de H, de V, de J et de beaucoup trop de femmes de mon entourage.

Quand je tombe sur un homme qui banalise les statistiques ou les problèmes, qui trouve que les féministes exagèrent, je me demande si une femme s’est déjà confiée à lui. J’essaie de comprendre d’où vient l’insensibilité, pourquoi il ne se sent pas concerné, pourquoi ça ne le dérange pas.

Tout le monde a dans son entourage des femmes qui font partie des statistiques, sans exception. Si j’étais un homme qui n’aurait jamais reçu une telle confidence, je me demanderais pourquoi les femmes près de moi ne m’accordent pas leur confiance. Un homme qui n’a jamais reçu ce genre de confidence fait peut-être partie du problème.

Tout ça pour dire à quel point je trouve le thème de la Journée internationale des droits des femmes de cette année, « Écoutons les femmes », important. Tout part de là et l’écoute n’est visiblement pas encore assez active. Écouter les témoignages, les cris du cœur, les colères, les peurs, les désirs, mais aussi écouter les solutions proposées – y’en manque pas!

S’ouvrir

Si aucune femme ne vous partage ce qu’elle vit, il y a d’autres façons d’être à l’écoute. Il ne manque de pas livres, de documentaires, de séries ou de films pour s’informer.

Pour mieux comprendre la culture du viol, je proposerais par exemple deux ouvrages collectifs. Le premier, Sous la ceinture (publié chez Québec Amérique, 2016), expose comment cette culture se présente dans la vie quotidienne, comment elle surprend, comment elle blesse. Le second, Je suis indestructible (Éditions Somme toute, 2019), démontre également comment elle frappe, mais les survivantes de violences sexuelles racontent aussi comment elles se reconstruisent. La multiplication des voix dans ces œuvres représente bien comment ça touche tout le monde.

Je sais que plusieurs hommes ne comprennent pas la colère de bien des femmes. Je leur proposerais de lire Libérer la colère (publié chez Remue-ménage, 2018), une autre œuvre collective. Il est important de comprendre ce qui nourrit cette colère et pourquoi, parfois, elle devient explosive ou s’exprime maladroitement. C’est la douleur derrière qui est importante.

D’une façon plus intimiste et poétique, la bande dessinée Moi aussi je voulais l’emporter de Julie Delporte (Éditions Pow Pow) est une recherche de sens : on fait quoi quand on ne correspond pas aux attentes? « À quel âge ai-je commencé à me sentir flouée comme une fille? », écrit-elle, dans les premières pages.

L’histoire a trop longtemps seulement été écrite par des hommes. Les deux tomes de la bande dessinée Les culottés proposent, avec humour et intelligence, le portrait d’une trentaine de femmes qui ont marqué leurs domaines (science, cinéma, philosophie, art, politique), mais qui, souvent, n’ont pas encore eu leur biopic, leur statue ou de rues à leur nom – ce qui est un outrage devant le nombre d’hommes peu importants qui ont été célébrés.

Si la lecture c’est moins votre truc, la série Unbelievable, ou Incroyable en français, raconte l’histoire d’une adolescente qui a été violée mais que le système de justice pousse à se rétracter. Cette série peut aider à comprendre pourquoi autant de femmes dénoncent leurs agresseurs sur les réseaux sociaux plutôt que par la justice. 

Je pense aussi à ce film avec Charlize Theron de 2005, North Country (Le vent du nord au Québec). Inspiré d’une histoire vraie, ce film témoigne de la difficulté pour les femmes d’intégrer un milieu masculin, comment les pressions sociales poussent les parents, les amies et les patrons à protéger un harceleur et un agresseur, sans parler du défi de porter ça en justice.

L’émission Les brutes de Télé-Québec, bien qu’elle ne parle pas que de sexisme, a vulgarisé plusieurs enjeux féministes, d’un point de vue actuel et québécois.

Ce ne sont que quelques suggestions. Des œuvres qui permettent de comprendre les enjeux, il n’en manque pas. Il existe aussi d’excellents comptes Facebook, Instagram ou TikTok sur le féminisme.

Protéger ou respecter

Dans son mot mercredi dernier, le premier ministre François Legault disait qu’il fallait que les hommes protègent les femmes et les enfants. Ce paternalisme fait partie du problème. Difficile de faire plus infantilisant comme image.

Les femmes n’ont pas besoin d’être protégées. C’est une image qui découle d’une époque chevaleresque… et dépassée. 

Il y a bien des choses à faire avant de protéger, comme ne plus être violents, ne plus écraser les femmes, ne plus dénigrer les femmes, bref, du respect. Le respect, ça commence souvent par écouter.

PS : Aujourd’hui, je voulais surtout m’adresser aux hommes. Lundi prochain, je vais davantage donner la parole aux femmes sur nos plateformes numériques.