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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Selon les critères actuels, il est difficile de créer des CPE dans les petites communautés et les régions loin des grands centres.
Selon les critères actuels, il est difficile de créer des CPE dans les petites communautés et les régions loin des grands centres.

Des CPE pour les communautés

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CHRONIQUE / L’impact des CPE depuis leur mise en place en 1997 n’a plus à être démontré. Plus il y a de CPE, plus la société y gagne. Pourtant, après un lancement fulgurant, les ouvertures ont ralenti, le réseau a perdu des appuis. Les CPE ont-ils une structure trop rigide?

Même si le réseau des CPE a ses détracteurs, le modèle québécois fait aussi des envies, d’autres États viennent voir ce qu’on a mis en place. L’Alberta a beau faire croire que le Québec peut se le permettre que grâce à leur pétrole et la péréquation – ce qui est faux – on sent une certaine jalousie derrière leur attaque rhétorique, comme si l’Alberta aimerait ça, aussi, « avoir les moyens. »

Rappelons que ce réseau public de garderies, mis en place par Lucien Bouchard et Pauline Marois, a permis à plusieurs dizaines de milliers de femmes de retourner ou continuer leurs études, d’intégrer le milieu du travail, d’avoir une carrière. C’est une avancée pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Les hommes aussi ont pu améliorer la conciliation travail-famille avec les CPE. Les enfants qui sont passés par le réseau ont aussi amélioré leurs chances de réussites scolaires ou de sortir de la pauvreté.

Si les premières années, le Québec créait 8000 à 9000 nouvelles places par année, le gouvernement actuel a peiné à en créer plus de 2000 en deux ans. On est loin des 15 000 places promises par le gouvernement Legault. 

Que s’est-il passé? Qu’est-ce qui a freiné l’élan? Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, pointe du doigt la bureaucratie. Ce n’est pas surprenant qu’un ministre caquiste juge l’administration publique trop compliquée. 

Alléger les étapes

Le ministre Lacombe n’a peut-être pas tort. La directrice du Regroupement des CPE des Cantons-de-l’Est (RCPECE), Lucie Therriault, mentionnait dans nos pages que le processus pour développer de nouveaux CPE était « très lourd » au point d’être décourageant. Elle voit d’un bon œil la volonté du ministre de la Famille de diminuer la bureaucratie, qui coupe de 17 à 9 les étapes nécessaires. 

Ça fait du bien, il faut le dire, entendre un ministre défendre le réseau des CPE et en parler comme une fierté québécoise. Le gouvernement libéral, sous Jean Charest et Philipe Couillard, préférait de loin les garderies privées et les crédits d’impôts, ce qui a fait mal au développement du réseau public. 

La bureaucratie a aussi cette tendance à s’alourdir avec le temps, des petites mises à jour sont souvent nécessaires, mais l’excuse semble facile. Pourquoi ne pas avoir agi avant, si c’était à ce point problématique? Est-ce que le retard de 13 000 places sur deux ans – selon la promesse du gouvernement – est vraiment dû à ces quelques mois? 

Le délai est diminué, mais il passe de 36 à 24 mois. Ce n’est pas la panacée. Il va falloir plus que ça. Il faut aussi du financement pour répondre aux plus de 50 000 enfants qui attendent une place en garderie.

Le gouvernement n’aurait peut-être pas eu besoin de mettre autant d’énergie sur ses maternelles 4 ans si le réseau des CPE était plus étendu. Peut-être qu’on aurait plus que 2000 nouvelles places si les CPE avaient eu autant d’attention du gouvernement. 

La Coalition des garderies privées non subventionnées propose de changer leurs centres en garderies subventionnées, donc au tarif de 8,35$ par jour, au lieu de 45$ par jour avec un crédit d’impôt en fin d’année. Tant qu’à subventionner, aussi bien y aller en réseau public, selon moi, mais l’idée mérite d’être étudiée. Peut-être en convertir une partie. Peut-être que cela pourrait être une étape avant de les transformer en CPE.

Ce tarif de 8,35$ rejoint l’objectif initial des CPE de permettre à tous les portefeuilles d’avoir accès à un service de garde, ce qui est loin d’être le cas quand ça coûte 45$ par jour. Même s’il y a un crédit d’impôt, encore faut-il être capable de le débourser et d’attendre le remboursement.

Des places en région

La députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, déplore le manque de CPE en région. C’est vrai en Estrie comme ce l’est en Gaspésie ou en Mauricie. Il manque aussi de places dans les grandes villes, mais les critères pour ouvrir un CPE sont mal adaptés aux régions. On imagine bien que Stornoway ou Piopolis n’ont pas la densité pour un CPE, mais les garderies publiques dans cette MRC sont à Lac-Mégantic, Lac-Drolet et St-Romain. Ça peut faire loin pour aller porter son enfant – surtout si ce n’est pas sur le chemin du travail.

C’est le même scénario dans les MRC de Coaticook, du Haut-Saint-François, du Val-Saint-François ou des Sources. Et encore, l’Estrie, ce n’est pas si grand comparé à d’autres régions. La situation peut être assez compliquée sur la Côte-Nord ou au Bas-Saint-Laurent.

Les petites communautés demandent depuis des années plus de flexibilité pour aussi profiter du réseau public. Ces Québécois et Québécoises devraient pouvoir bénéficier des CPE, avoir droit au même service que les autres. On se demande parfois pourquoi les régions ne retiennent pas les familles, les CPE font, sans aucun doute, partie de la réponse. 

La députée de Sherbrooke propose donc la création de micro-CPE, des lieux pour une dizaine ou une vingtaine d’enfants au lieu de plusieurs dizaines, donc adaptés aux besoins des petites communautés, mais aussi ancrés dans leurs communautés. Le ministre Lacombe pourrait profiter de ses allègements bureaucratiques pour adapter les critères en dehors des grands centres.

Les CPE ont permis aux femmes de plus facilement intégrer le milieu du travail, ils ont permis aux jeunes défavorisés d’avoir accès aux mêmes services éducatifs que les autres, ils pourraient aussi permettre de lutter contre les inégalités régionales.