Gaston Laforest, président et André Turcotte, trésorier du conseil régional de la Saint-Vincent-de-Paul.

Mettez du lard « dedans » ma poche

CHRONIQUE / Ça marque l’imaginaire, je m’en rappelle comme si c’était hier. Quand tu as huit ou neuf ans, la journée de la guignolée est une journée spéciale. On les voyait par la fenêtre du salon, les passeux de guignolée. Ils se promenaient de porte en porte. « Ben r’garde donc, c’est Fred (Alfred) Renald qui passe cette année », disait mon père. On les attendait, c’était l’activité de la journée.

Ceux qui passaient chez nous étaient très colorés. Je ne sais pas si c’était pareil partout, mais les messieurs avaient des capots de poil sur le dos avec une ceinture fléchée. Ils avaient une cloche dans les mains qu’ils sonnaient à grands coups pour s’annoncer.

En entrant dans la maison, ils chantaient fort, ils ne chuchotaient pas, et ils avaient deux grands sourires fendus jusqu’aux oreilles. Ma mère me donnait des sous pour que je les dépose dans le bas de laine, c’était la tâche du petit dernier. Les quêteux prenaient le temps de jaser un peu, c’était la plupart du temps des gens connus dans la paroisse. Le mot bénévole n’existait pas dans ce temps-là.

Avec le recul, je peux dire qu’ils devaient être un peu cocktail, les bonshommes. Mon père racontait que, dans certaines maisons où ils s’attardaient, un p’tit verre de fort les attendait pour les réchauffer.

Saint-Vincent-de-Paul

Ce que je ne savais pas du haut de mes neuf ans, c’est que le jour de la guignolée, toutes les portes de toutes les paroisses du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont visitées. « La Saint-Vincent-de-Paul est une structure paroissiale. On compte 50 conférences (comités) animées chacune par une dizaine de bénévoles qui oeuvrent toute l’année pour venir en aide aux plus démunis », explique Gaston Laforest, président du conseil de la Saint-Vincent-de-Paul, que j’ai rencontré dans le bureau au troisième étage de l’Évêché de Chicoutimi en compagnie du trésorier André Turcotte.

« Nous sommes une structure d’aide de premier niveau et de besoins ultimes. Quand une personne se retrouve démunie, devant rien, c’est vers la Saint-Vincent-de-Paul qu’elle se tourne. Notre organisme est connu et reconnu », fait valoir Gaston Laforest.

« Quand un couple se sépare et qu’une mère monoparentale se retrouve sans travail, sans loyer et sans nourriture, nous sommes là pour aider. On leur trouve un loyer, de la nourriture, on va aussi trouver des meubles et donner un coup de main pour les études des enfants. Chaque paroisse prend soin de ses gens comme ça partout dans la région », explique André Turcotte.

Noël, un moment fort

L’an dernier, la Saint-Vincent-de-Paul a amassé 320 000 $ en frappant aux portes le premier dimanche de décembre. « Noël, c’est un moment fort, les gens sont généreux, plus que d’habitude. C’est une de nos principales sources de financement et il faut prendre en compte que 95 % de l’argent récolté dans les paroisses restent dans les paroisses. Évidemment, il y a des paroisses plus riches que d’autres et je vous assure que les plus riches prennent soin des plus pauvres », assure le trésorier, qui connaît bien les îlots de pauvreté principalement situés dans les quartiers des centres-villes.

Les autres méthodes de financement de la Saint-Vincent-de-Paul sont les quêtes lors des messes dans les églises, où il y a par ailleurs de moins en moins de monde. 

« Il y a les messes de Noël où les gens viennent une fois par année et on profite aussi des mariages, des obsèques et des messes anniversaires pour solliciter les gens », indique André Turcotte.

Opération bonne mine

« Il y a des gens qui ont besoin de nous deux ou trois fois par année alors que d’autres ont des besoins à longueur d’année. Certaines paroisses aident de 120 à 150 personnes régulièrement », indique Gaston Laforest.

L’organisme ramasse des sous durant la période des Fêtes, mais la période la plus difficile pour les familles, c’est la rentrée scolaire. « Nous avons calculé que ça coûte au moins 225 $ pour faire entrer un adolescent au secondaire. Quand une famille compte deux ou trois ados, elle n’arrive plus. Notre organisme veut aller plus loin que simplement acheter des cahiers et des crayons. Les jeunes de familles démunies n’ont pas les moyens d’inscrire leur enfant à des programmes de sports-études ou à des sorties éducatives. Avec l’argent de la guignolée, on aide les jeunes à avoir accès à des études de qualité avec notre programme Opération bonne mine. »

C’est très difficile pour les jeunes d’émerger dans la pauvreté. Les parents de ces jeunes vivent souvent des problèmes de dépendance à l’alcool et aux drogues, ce qui plombe les revenus familiaux, sans parler des problèmes de maladie mentale.

Donc, le dimanche 3 décembre, quand les quêteux de la guignolée frapperont à votre porte, n’hésitez pas à mettre du lard « dedans » leurs poches, ce sont des gens proches de chez vous, de votre milieu qui profiteront des fruits de votre générosité.