Chaque semaine, Marielle Magnan prépare des collations qui sont distribuées gratuitement dans des écoles. Son conjoint, André Mélançon, et un couple d’amis, Thérèse Pagé et Pierre Mercier, font partie de sa petite équipe de bénévoles.

Marielle et ses petites bedaines pleines

CHRONIQUE / Marielle Magnan n’a pas eu d’enfants et encore moins de petits-enfants, mais la femme de 74 ans aime se présenter comme une mamie et c’est parfait comme ça.

Voici donc l’histoire d’une grand-maman qui n’en est pas vraiment une, d’une ancienne coiffeuse qui prépare des collations composées de fruits frais et de pure bonté.

Elle m’attendait devant l’école primaire Saint-Joseph, à Shawinigan. Le hasard a voulu que j’y aie vécu une partie de mon enfance, il y a quarante ans passés. Nous étions plus nombreux à l’époque, mais en ce matin de la rentrée, l’ambiance était tout aussi fébrile dans la cour de récréation.

Marielle était présente pour l’occasion, le sourire aussi généreux que ses brochettes de raisins et melons préparées minutieusement la veille.

«Il me reste des fraises à équeuter et des pommes à frotter. Je veux que ça brille!»

Elle tenait à être sur place. Il y avait sûrement des «petites bedaines» à remplir et, qui sait, une main à tenir dans la sienne.

Cette femme n’est pas une psychologue, une technicienne en éducation spécialisée ou une intervenante en ceci ou en cela. Elle est une mamie dans l’âme qui s’assure qu’à chaque rentrée, aucun écolier ne se retrouve seul avec lui-même, ses doutes, ses peurs et son petit ou grand malheur.

Ça se voit tout de suite. «Il met son pouce ou son petit poing dans le coin de sa bouche.»

Ce n’était pas le cas lors de notre passage à l’école Saint-Joseph, mais ça aurait pu. Elle a déjà accompagné un enfant dont le père était parti sans laisser d’adresse ou un autre dont la mère avait été incapable de se sortir du lit, démunie financièrement, physiquement et psychologiquement.

Marielle ne les juge pas, sauf que les petits n’ont pas à payer pour les problèmes des grands, d’où sa présence ô combien rassurante et ses collations qui goûtent le réconfort.

Tout a commencé il y a dix ans, lorsqu’on lui a parlé d’une femme monoparentale qui en avait plein les bras avec sa marmaille.

En 42 ans de métier, la coiffeuse en a coupé des cheveux et reçu des confidences. En apprenant qu’une mère avait besoin de répit, elle s’est portée volontaire pour prendre les enfants sous son aile une heure par ci, une heure par là.

«Je pourrais peut-être les amener au parc?»

Marielle avait du temps à donner et du cœur à revendre.

Le mot s’est passé et d’autres familles ont fait appel à celle qui, un été, s’est pointée dans la cour intérieure d’un immeuble d’habitation à loyer modique avec une assiette remplie de fruits à déguster. Les jeunes ont accouru vers elle avant de retourner se balancer dans le module de jeux que la femme avait acheté à même ses économies. Elle aussi riait aux éclats.

«Je n’ai pas eu d’enfant à qui laisser un héritage et quand on décède, l’argent ne nous suit pas. J’aime mieux m’acheter moins de vêtements et en faire profiter. En tout cas, c’est ma philosophie. Voir des enfants s’amuser, c’est du bonheur. C’est ça, la paie.»

Son projet «Les petites bedaines pleines» a vu le jour il y a cinq ans sur le coin de sa table de cuisine.

«Je savais que des élèves arrivaient à l’école sans avoir déjeuné et que leur dîner était plutôt limité.»

Tant qu’à préparer une collation pour les enfants que des mamans lui confiaient à l’occasion, elle s’est dit que d’autres écoliers pouvaient avoir besoin de se mettre quelque chose sous la dent.

Elle est comme ça Marielle, une vraie mamie qui donne sans rien attendre en retour. À vrai dire, peu d’enfants savent que c’est grâce à cette gentille dame si leur estomac dans les talons arrive à patienter jusqu’à midi.

Ce n’est pas elle qui distribue ce qu’elle a préparé avec amour, mais les enseignantes qui identifient discrètement les jeunes qui n’ont visiblement pas mangé à leur faim. Prévoyante, la femme en prépare toujours plus. Quel enfant n’est pas déjà parti pour l’école en oubliant sa collation sur le comptoir? Les miens en tout cas.

Marielle a d’abord offert ses services à l’école Saint-Jacques qui ne pouvait refuser pareille offre. Imaginez, des collations santé et gratuites qui vous sont livrées chaque semaine. Rapidement, le bouche-à-oreille a fait son œuvre et d’autres écoles ont levé la main.

Au début, la grand-maman d’adoption payait tout, toute seule. Sauf qu’après cinq ans, son projet rejoint quelque 380 élèves. C’est du monde. Et ça finit par coûter cher.

Les besoins sont grands à Shawinigan où la clientèle de certains établissements est grandement touchée par la pauvreté.

Elle qui n’aime pas demander de l’argent a dû se faire à l’idée. Des fruits, barres tendres, compotes, yogourts et bâtonnets de fromage, ce n’est pas donné. Les dépenses pour une année scolaire grimpent facilement à 20 000 $.

Marielle Magnan fait appel à des connaissances, à son dentiste, à son médecin, à son député, à des organismes et des fondations pour l’aider à rembourser la facture que le supermarché IGA Baril accepte de couper en deux.

N’empêche que le service est précaire. La mamie espère qu’il est là pour rester.

«Les enseignantes me répètent à quel point une collation peut faire une différence, qu’après avoir mangé, les enfants sont plus éveillés pour faire leurs apprentissages.»

Vos dons sont les bienvenus. Ils peuvent être faits au Centre Roland-Bertand, à Shawinigan,en spécifiant que c’est pour la cause de «Les petites bedaines pleines».