Selon La Coop Les Récoltes, les dreadlocks (photo) constitueraient une forme d’appropriation culturelle.

Une controverse tirée par les cheveux

CHRONIQUE / Ça m’a fait rire un poil sur le coup. Puis, ça m’a fait réfléchir.

La Coop Les Récoltes a suscité tout un tollé en refusant à l’humoriste jusqu’alors méconnu Zach Poitras de monter sur scène sous prétexte que ses dreadlocks constitueraient une forme d’appropriation culturelle.

Le principal intéressé, bien qu’en désaccord avec la position de l’organisme sur sa coiffure, ne s’est pourtant pas énervé le poil des jambes. Sur sa page Facebook, il a déploré les réactions extrêmes, d’un côté comme de l’autre, à cette nouvelle qui selon lui a inutilement pris trop de volume dans les médias et sur le Web.

Pas besoin de passer la situation au peigne fin pour comprendre que la Coop a eu peur d’avoir peur. Rien que ça, malheureusement.

Personne n’a à remettre en cause la bonne volonté de l’organisation qui, avec sa politique d’inclusion, souhaite offrir à quiconque issu d’une minorité — raciale, sexuelle, identitaire, alouette ! — un espace où on se sent le bienvenu.

D’ailleurs, si c’était comme ça partout ailleurs, la vie serait beaucoup plus belle à mon avis.

Mais l’organisme a malgré tout créé lui-même une controverse en tentant d’en éviter une autre.

Ce que j’en retiens, c’est qu’il vaut mieux ne pas rire jaune, voir rouge ou être fâché noir à la Coop Les Récoltes.

Faudrait pas, au cas où ça ferait dresser les cheveux sur la tête de quelqu’un !

« À qui appartient l’outrage ? »

Plus sérieusement.

Pour nous — majorité blanche, francophone, hétérosexuelle, cis et compagnie — qui avons rarement à défendre notre place (ou devrais-je dire nos privilèges ?), qui ne sommes pas souvent confrontés à la discrimination, le tout peut sembler saugrenu.

Les nombreuses réactions que j’ai pu consulter, autant en faveur que contre la position de La Coop Les Récoltes, démontrent plutôt une certaine méconnaissance bien involontaire du sujet de notre part. Et peut-être un peu d’indifférence aussi.

La journaliste Vanessa Destiné a d’ailleurs écrit une intéressante chronique sur ce sujet sur la plateforme Medium.

« On se pose tous la question : “À qui appartiennent les dreads ? ”, écrit-elle, mais dans les faits, la question qu’on devrait tous se poser est la suivante : “À qui appartient l’outrage ? ” »

Touché.

En rédigeant cette chronique, je me suis d’ailleurs demandé si moi, en tant que membre de cette « culture dominante », pour reprendre les termes employés par la Coop Les Récoltes, je m’approprie quelque chose qui ne m’appartient pas en abordant le sujet.

Ai-je du toupet en parlant peut-être et sans le vouloir au nom de minorités opprimées qui ne veulent peut-être pas qu’on prenne leur défense ?

J’ai peut-être l’air de vouloir me couper les cheveux en quatre, mais ces questions me donnent réellement des cheveux gris.

Et si on en parlait ?

Funambule

Le souci de l’Autre. La sensibilité face aux blessures du passé. L’empathie pour autrui et le respect des différences. Le vivre ensemble.

Je suis heureuse que comme société, nous nous ouvrons graduellement les uns aux autres et que ces questions se fraient de plus en plus une place dans le discours public.

Parce que ce qu’il faut retenir dans ce débat, c’est que la participation de tout le monde, sans exception, est requise.

N’oublions pas qu’au fil du temps, nous avons appris à cohabiter. Notre société, issue de plusieurs peuples fondateurs, est devenue multiculturelle et cosmopolite.

Alors, au même rythme que des enfants métis naissent d’unions interraciales, notre culture s’amalgame à celles de ceux venus d’ailleurs et qui font désormais partie des nôtres, créant de nouveaux héritages.

Aussi, parfois même sans s’en rendre compte, on adopte certains styles ou expressions d’une autre culture, tout simplement parce qu’on y adhère ou parce qu’on s’y retrouve. Est-ce encore là de l’appropriation culturelle ?

Dans ces cas-là, Vanessa Destiné me parle plutôt d’appréciation culturelle. Mais elle me prévient aussi qu’entre les deux, il y a une ligne très mince à ne pas franchir.

Une ligne mince comme un cheveu.