Cinquante ans plus tard, beaucoup de personnes doutent encore aujourd’hui que Neil Armstrong a bel et bien foulé le sol lunaire.

Tous les complots de l’univers

CHRONIQUE / Voilà donc un demi-siècle aujourd’hui que l’homme a mis le pied sur la Lune ; cinquante ans que les Américains ont remporté la course spatiale qui a caractérisé la guerre froide durant les années 1960 face aux Russes de l’Union soviétique.

Et pourtant, encore beaucoup de personnes doutent toujours aujourd’hui que Neil Armstrong a bel et bien foulé le sol lunaire.

Bien plus que de perdurer depuis cinq décennies, cette théorie du complot a gagné de plus en plus d’adeptes avec l’avènement d’Internet et la diffusion à grande échelle des images de la mission Apollo 11.

L’absence d’étoiles dans l’espace, des décors qui se ressemblent sur tous les clichés, le drapeau qui semble flotter alors qu’il n’y a pas d’atmosphère sur la Lune : le moindre petit signe est interprété de manière à renforcer l’idée selon laquelle la conquête lunaire est la plus grande supercherie du gouvernement américain.

On constate la même chose avec les attentats du 11 septembre, qui pour certains seraient l’œuvre du gouvernement.

Celui-ci aurait aussi camouflé la visite d’extraterrestres, dont la preuve se trouverait dans la célèbre Area 51.

Certains prétendent d’ailleurs que c’est à cet endroit qu’auraient été filmées les images de l’alunissage...

L’existence des reptiliens, mi-hommes mi-lézards qui cherchent à dominer la Terre, qui serait plate, soit dit en passant, la mort factice d’Elvis, l’assassinat de John F. Kennedy par la CIA et les fameux chemtrails (les avions qui répandent du poison dans le ciel pour contrôler les esprits) : c’est ironique, quand même, de voir certaines personnes adhérer à ces théories du complot réfutant des faits avérés de l’Histoire alors que d’autres, ou peut-être bien les mêmes, on ne sait jamais, croient systématiquement tout ce qu’elles lisent sur Internet.

Galaxie sans fond

C’est ce qui est dommage avec toutes les niaiseries qui pullulent sur la Toile : elles l’ont envahie alors que l’outil avait initialement été créé pour accéder à une mine de savoir en quelques clics à peine.

Bref, Internet se voulait une encyclopédie universelle accessible à tous, peu importe où dans le monde. Internet est finalement devenu une galaxie sans fin et sans fond dans lequel on retrouve autant de déchets que de trésors.

Saviez-vous que les fausses nouvelles seraient partagées six fois plus rapidement que leur démenti et que les contenus fallacieux ont environ 70 % plus de chances d’être relayés en ligne que la vérité ?

Souvent, les fausses nouvelles sont présentées de manière à faire réagir.

Ça peut sembler anodin d’être berné à l’occasion par une fausse nouvelle. Mais il y a toujours quelqu’un à qui profite la naïveté des autres.

C’est choquant, c’est trop beau pour être vrai, ça fait voir des étoiles : sous le coup de l’émotion, on a tendance à être plus crédules, mais aussi plus susceptibles de partager un contenu sans vérification préalable.

Parfois, il faut vraiment être dans la Lune pour ne pas remarquer qu’il s’agit d’une histoire inventée de toutes pièces !

Sinon, il suffit de quelques instants et de quelques indices pour en avoir le cœur net (ou trente secondes avant d’y croire, selon la Fédération professionnelle des journalistes du Québec)... et garder les deux pieds sur Terre.

Qui est à l’origine du contenu ? Est-ce une organisation ou un auteur sérieux, un quidam ou un groupe obscur ? Plus souvent qu’autrement, le fait de savoir qui est derrière une information donne des indices sur la valeur de celle-ci.

La nouvelle est-elle reprise sur d’autres plateformes ? Il s’agit là d’un autre indicateur du sérieux de la chose, à condition que ces autres sites ne fassent pas partie d’un cercle conspirationniste d’un autre monde...

Le règne du bully

Ça peut sembler anodin d’être berné à l’occasion par une fausse nouvelle.

Mais il y a toujours quelqu’un à qui profite la naïveté des autres. Ou qui tire avantage à confondre les masses, à brouiller la ligne entre le vrai et le faux, pour mieux contrôler l’opinion publique.

Le président américain Donald Trump est passé maître dans l’art de manipuler la vérité. Ou plutôt présenter des faits alternatifs, pour reprendre l’expression rendue célèbre par sa conseillère politique Kellyanne Conway.

Quand quelque chose l’avantage, c’est forcément vrai ; le cas contraire, c’est forcément faux. Des fake news. Et ceux qui oseraient mener des vérifications pour s’assurer de la véracité des propos du président — particulièrement les journalistes — sont considérés par celui-ci comme des ennemis de l’État.

Le mois dernier, le Washington Post a publié un reportage accablant : en 869 jours au pouvoir, le commandant en chef des États-Unis d’Amérique avait été l’auteur de 10 796 déclarations erronées ou mensongères, ce qui revient à une moyenne de 12 faussetés chaque jour depuis son arrivée à la Maison-Blanche.

Trump ment donc plus souvent que le nombre moyen de fois qu’on se lave les mains quotidiennement, ironise le média.

Malgré les nombreux démentis réalisés par les médias, par des scientifiques ou d’autres personnalités, un nombre inquiétant d’Américains croient aveuglément Trump, qui misera sur cette base de partisans pour être réélu l’an prochain.

La démagogie risque de faire à nouveau partie de son arsenal électoral.

« Voter pour un démocrate en 2020, quel qu’il soit, c’est voter pour la montée en puissance du socialisme radical, la destruction du rêve américain, et, pour le dire clairement, la destruction de notre pays », a déclaré mardi soir cet apôtre de la division, qui n’a pas fait taire la foule s’étant mise à scander « Renvoyez-la ! », à propos de la démocrate Ilhan Omar, une réfugiée somalienne nouvellement élue au Congrès.

Cette déclaration me rappelle une insulte qu’on aimait bien se lancer durant l’enfance.

Celui qui le dit c’est celui qui l’est.