Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Dans un média d’information, on retrouve plusieurs types de contenus, à la manière d’une salade de fruits. En sachant les différencier, on devient un consommateur d’information averti et on peut mieux apprécier les nuances.
Dans un média d’information, on retrouve plusieurs types de contenus, à la manière d’une salade de fruits. En sachant les différencier, on devient un consommateur d’information averti et on peut mieux apprécier les nuances.

Les pommes et les oranges

CHRONIQUE / Suis-je journaliste? Suis-je chroniqueuse? En fait, je porte les deux chapeaux. À la fois un privilège et une rareté dans mon domaine. De quoi contribuer au mélange des genres journalistiques qui lui, alimente une certaine confusion, voire une mécompréhension, du rôle des médias.

En semaine, vous avez l’occasion de lire les offrandes que je signe à titre de journaliste, c’est-à-dire la forme la plus noble de mon métier. Je vous informe en rapportant des faits et le point de vue de différents intervenants concernés ou connaisseurs de la situation dont il est question.

Dans ces textes, je n’existe pas. Je ne suis que témoin et messagère.

Puis, le samedi, j’ai l’immense bonheur de vous entretenir, ici même sous le bandeau «Vu d’même», de sujets qui me font réfléchir et qui, je l’espère, vous laisseront aussi songeurs. Je me permets d’exprimer mon opinion et, parfois, de vous confier des anecdotes sur ma vie personnelle.

Dans ces billets, bien coiffés de la mention «chronique» et de ma grosse fraise, je vous accompagne dans la lecture. Vous sentez ma présence.

Je perçois ma chronique comme une manière plus intime de vous informer, mais une manière de vous informer quand même. J’essaie d’y amener des faits, mais je suis plus libre dans la manière de les présenter.

Je reçois souvent des courriels me félicitant pour «ma belle article» [sic], alors que je sais qu’on me parle de ma chronique.

Entre ces deux types de texte, il y a une importante nuance à faire : l’un est un texte narratif journalistique, et l’autre est un texte d’opinion.

Si vous me lisez régulièrement, vous avez sans doute remarqué que je n’aborde jamais, ou du moins très, très rarement, des sujets dans mes chroniques sur lesquels je pourrais être susceptible d’écrire en tant que journaliste.

Tout ça pour préserver ma neutralité journalistique, que certains appellent indépendance.

Si je me mettais à donner mon opinion sur les affaires municipales de Saint-Césaire ou de Stukely-Sud, je serais bien mal placée par la suite pour en rapporter les grandes lignes de façon neutre.

Et ma crédibilité compterait alors pour des prunes, alors qu’en tant que journaliste professionnelle, c’est tout ce que j’ai.

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Ainsi, dans un média d’information, on retrouve plusieurs types de contenus. En sachant les différencier, on devient un consommateur d’information averti et on peut mieux apprécier les nuances.

Parce qu’un journal, qu’il soit imprimé ou numérique, ce n’est pas une pizza.

Je dirais plus qu’il s’agit d’une jolie salade de fruits, bien appétissante et juteuse.

Or, même si on les retrouve dans la même salade de fruits, il faut faire attention de ne pas mélanger les pommes et les oranges.

La base de cette rafraîchissante salade, c’est l’information. Les nouvelles pures et simples. Les articles. Les dossiers. Les reportages plus en longueur. Les portraits, sous forme de texte ou d’entrevue. Bref, le contenu neutre et factuel.

À ne pas confondre avec des textes d’opinion, comme une chronique, une lettre du lecteur ou un éditorial.

L’éditorial est un type de contenu qui se fait de plus en plus rare. C’est un texte d’opinion signé par un éditorialiste qui endosse la position du propriétaire du média.

On l’a souvent vu en période électorale, quand c’était encore de bon goût de vous suggérer quel parti porter au pouvoir.

Je peux vous dire que dans les journaux de la CN2i, vous ne risquez plus de lire un éditorial de sitôt : à quelque 350 propriétaires, difficile de s’entendre unanimement sur une position à adopter!

Et c’est tant mieux.

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Dans notre cas, la question de la propriété peut aussi mener à de drôles d’amalgames. Mon ami Éric-Pierre a été le premier à le dénoncer : quand on est journaliste, on se fait souvent prêter, à tort, les idées de nos patrons. Comme si la pomme ne tombait jamais loin de l’arbre.

Il n’est d’ailleurs pas rare que les journalistes de Québecor se fassent parler du «journal à Péladeau», comme les journalistes de La Presse, et même nous, jusqu’à encore tout récemment, entendions «les journaux à Desmarais», puis «les journaux à Cauchon».

Mais laissez-moi vous dire une chose. Il n’y a pas plus hétérogène en termes d’idéologies et d’opinions qu’une salle de rédaction. Ce faisant, il est faux de prétendre que les journalistes chez Québecor sont tous des péquistes et que les autres sont tous de vaillants libéraux.

C’est insultant et réducteur.

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Et puis, il reste ce qui nous fait vivre, la publicité. Elles sont souvent faciles à reconnaître, colorées et visuellement très différentes des articles.

Entre la publicité et l’article, il existe le publireportage.

Un texte qui fait penser à un article, mais qui a été commandité par son sujet, qui a donc eu le loisir de le relire et de l’approuver avant sa publication.

Pour éviter que cette pratique ne soit pernicieuse et ne prenne les lecteurs pour des poires, nous devons clairement identifier, tant dans la mise en page que dans la mise en ligne, qu’il s’agit d’un texte commandité. Question d’éthique.

Parlant d’éthique, nous, les journalistes, on ne fait jamais relire nos reportages par les personnes citées avant de les publier. Nous nous devons d’être entièrement indépendants de nos sources ; nous présentons la vérité telle qu’elle est, même si elle déplaît.

Adoucir la réalité pour bien faire paraître un intervenant est une entorse aux règles d’or du métier. Et encore là, si ça se savait, notre réputation en prendrait un coup.

Avec le contexte difficile dans lequel les médias évoluent actuellement, pas besoin de s’auto-pelure-de-bananiser en plus.

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Tout ça peut sembler compliqué, mais je vous garantis qu’en portant plus attention aux petits détails — la signature, la présentation et les mentions particulières— vous goûterez davantage à la richesse du contenu qui vous est proposé chaque jour.

C’est la cerise sur le sundae!

Alors, plongez dans cette appétissante salade de fruits, et savourez-en toutes les saveurs.