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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
On a la critique plus facile quand on s’ennuie. Et des gens qui n’en peuvent plus d’être chez eux sans pouvoir reprendre leur rythme de vie habituel, il y en a. Ajoutons à cela le confort de son foyer, la perception faussée qu’on est bien en sécurité derrière son écran, qui a aussi pour effet d’atténuer les inhibitions, et un porte-voix vers le monde entier à deux clics. Un mélange plutôt explosif.
On a la critique plus facile quand on s’ennuie. Et des gens qui n’en peuvent plus d’être chez eux sans pouvoir reprendre leur rythme de vie habituel, il y en a. Ajoutons à cela le confort de son foyer, la perception faussée qu’on est bien en sécurité derrière son écran, qui a aussi pour effet d’atténuer les inhibitions, et un porte-voix vers le monde entier à deux clics. Un mélange plutôt explosif.

Le venin au bout des doigts

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CHRONIQUE / J’ai eu besoin de décrocher durant les Fêtes. Plus précisément, j’ai eu besoin de me débrancher.

Moi, dont le métier consiste en partie à naviguer sur les réseaux sociaux à la recherche d’histoires ou de sources à contacter, j’en ai fait une écœurantite aigüe. Je suis d’ailleurs loin d’être la seule à trouver accablante la lourdeur des propos tenus par un nombre croissant de personnes sur les réseaux sociaux. De la hargne, de la colère, de la rage même : ce n’est pas beau à voir.

Les gens n’appellent peut-être pas la police pour dénoncer leur voisin, mais par le biais des réseaux sociaux, on devient tous un peu des délateurs. On partage ou on commente des photos d’individus un peu trop rassemblés à notre goût ou qui respectent plus ou moins, voire pas du tout, les consignes sanitaires. On ne se gêne pas pour qualifier ces personnes de « covidiots », « d’abrutis » et de les considérer comme étant les seuls responsables de nos malheurs collectifs.

Les boucs émissaires parfaits, quoi.

Mea culpa, il m’est arrivé de le faire à quelques occasions. L’exaspération collective, j’en suis.

Moi aussi, je bous intérieurement quand je vois quelqu’un se foutre carrément des restrictions quand moi je les observe pour éviter d’être un agent propagateur de cet invité non sollicité qui tarde à partir... Encore plus quand cette personne s’en vante en ligne.

Alors que la pandémie perdure, notre patience commune s’effrite, et il n’en reste vraisemblablement pas grand-chose désormais. L’agacement collectif est à son apogée, et c’est compréhensible. On n’en peut plus d’être confinés, de vivre à moitié. Et c’est encore plus enrageant quand on voit que d’autres ne se privent pas, qu’ils se permettent de faire la fête en famille à Noël ou de partir en voyage même si cela n’est pas recommandé, et que le relâchement général nous a menés plus tôt cette semaine à un reconfinement complet, avec des mesures plus sévères que jamais afin de contenir le virus.

On peut bien leur en vouloir, à nos boucs émissaires, de ne pas contribuer à l’effort commun, de ne pas faire les mêmes sacrifices que la majorité. C’est égoïste et cela démontre très peu de considération à l’égard des autres, dont certains n’ont pas vu âme qui vive depuis des mois...

Le déversement de ce fiel collectif en ligne démontre tout de même quelque chose de très humain chez nous, aussi bien individuellement que collectivement. Qu’on soit pour ou contre le port du masque, qu’on croie ou non à l’existence même du coronavirus, on a besoin de cibler un coupable : les gouvernements, ceux qui ne respectent pas les consignes, le Big Pharma, Bill Gates, les « touristatas » pour reprendre le terme employé par un quotidien montréalais, les complotistes...

Mais c’est la faute à qui, en bout de ligne ? Peut-être un peu tout le monde, qu’on le veuille ou non, qu’on en soit conscient ou non. Car même si ces personnes ont des comportements qui nous semblent plus propices à la transmission du virus et à l’allongement de la pandémie, en vérité, c’est qu’on peut tous être porteurs et propagateurs sans le savoir.

Prenez l’exemple de l’humoriste et animateur Jean-François Baril, qui, dans une publication sur Facebook, a indiqué que toute sa bulle familiale avait contracté la COVID-19, et ce, malgré toutes les précautions du monde.

Nous nous entredéchirons alors que nous devrions nous unir contre un ennemi commun, celui-là même qui nous vole nos vies : le satané virus, qui, pour le peu qu’on en sait, pourrait faire partie de notre quotidien pour encore un bon moment, parti comme c’est là...

Il est bon de se rappeler que la maladie ne s’attrape pas qu’au mérite, et surtout, qu’elle donne beaucoup moins dans la discrimination que nous, les humains...

On a aussi la critique plus facile quand on s’ennuie. Et des gens qui n’en peuvent plus d’être chez eux sans pouvoir reprendre leur rythme de vie habituel, il y en a.

Ajoutons à cela le confort de son foyer, la perception faussée qu’on est bien en sécurité derrière son écran, qui a aussi pour effet d’atténuer les inhibitions, et un porte-voix vers le monde entier à deux clics. Un mélange plutôt explosif.

Une femme ayant fait l’objet d’un topo humoristique dans l’émission de fin d’année d’Infoman s’est retrouvée dans la tourmente après avoir reçu des commentaires et des messages haineux et irrespectueux, par dizaines. Mécontente d’avoir été parodiée à heure de grande écoute, elle a diffusé le 1er janvier une nouvelle vidéo dans laquelle elle menaçait Jean-René Dufort de poursuite, en compagnie d’un ami.

Qu’on s’entende ici : je suis loin, très loin d’être en accord avec les propos tenus par cette dame dans ce que je qualifierai de « l’ensemble de son œuvre ». Mais dans sa toute dernière offrande, publiée quelques jours plus tard et dans laquelle elle parle de son malheur d’avoir été ainsi calomniée par ce qui semble être la province au grand complet, j’ai vu de la détresse humaine.

Disons que les 15 minutes de gloire dont parlait Andy Warhol sont loin d’être ce que bien des gens avaient imaginé.

On peut douter du fait que cette femme est une victime comme elle le prétend, mais elle ne méritait probablement pas qu’on continue de s’acharner sur elle par la suite comme si elle était un punching bag à la disposition du Québec tout entier.

« Elle a mis son vidéo public, elle voulait devenir virale, qu’elle vive avec les conséquences! » plaident plusieurs. Et si cette dame s’était suffisamment humiliée elle-même et avait contribué à son malheur en continuant de publier des vidéos plutôt que de se laisser oublier ? Était-il nécessaire d’en rajouter ?

Oui, quand on partage quelque chose sur les réseaux sociaux, cela devient du domaine public, chose que bien des gens semblent ignorer ou oublier trop souvent. Mais est-ce là un feu vert pour bombarder quiconque à tirs groupés comme si on se trouvait dans une cour d’école ?

Très jeune, on m’a appris que la meilleure stratégie face aux personnes insignifiantes était de ne pas leur accorder d’importance, de les ignorer, et ce, parce qu’ils souhaitent justement nous faire réagir et avoir de l’attention. L’individu finit par tomber dans l’oubli.

Dans ce cas très précis comme dans bien d’autres, c’est ce qu’on aurait dû faire.