Le drame humain n’est plus qu’une notification parmi des centaines, qu’on souhaite désactiver sur notre téléphone cellulaire.

Le petit confort

CHRONIQUE / Le nombrilisme est assurément le mal du 21e siècle.

En cette ère où la vie virtuelle supplante la vie réelle, on dirait que nos priorités ne sont plus les mêmes.

Le Je-Me-Moi l’emporte sur le Nous-Vous-Ils, en tout temps et en toutes circonstances.

Notre avancement et notre petit confort priment sur tout le reste, et surtout sur les autres.

L’actualité récente confirme ce malheureux constat, j’en ai bien peur.

Il y a une semaine, un père de famille a kidnappé sa fille de 11 ans en Ontario. Vers 23 h 30 ce soir-là, le service de police local a déployé une alerte Amber dans le secteur, dans l’espoir de retrouver le duo en fuite.

Rapidement, les forces de l’ordre ont été submergées d’appels et de courriels de la part de citoyens, signe que l’alerte, qui tient son nom de la petite Amber Hagerman, enlevée au Texas à l’âge de neuf ans, a atteint sa cible.

Ces citoyens disposaient-ils d’informations critiques permettant de retracer rapidement la fillette et son ravisseur ?

Non.

Ces personnes étaient plutôt en colère d’avoir été réveillées par l’alerte générale, envoyée trop tard à leur avis. Elles ont donc choisi de se plaindre à la police de les avoir ainsi dérangées.

Oui, vous avez bien lu. Se plaindre.

On n’est pas loin de certains Américains qui appellent le 911 pour dénoncer la pizzeria du coin qui s’est trompée dans leur commande.

Des appels sérieux ont tout de même permis aux forces de l’ordre de localiser la jeune fille.

Peu après minuit vingt, c’est son corps qui a été retrouvé. Son père avait vraisemblablement commis l’irréparable.

Malgré tout, il s’en est trouvé pour rechigner sur la seconde alerte déclenchée à ce moment-là, qui les a de nouveau dérangés.

Cette situation démontre bien dans quel triste état se trouve notre société.

La vie d’une enfant est beaucoup moins importante que le désagrément d’avoir été réveillé, d’avoir eu un rêve interrompu.

Le petit confort de certains vaut plus que la douleur des autres.

Mais il y a encore pire.

Le drame humain n’est plus qu’une notification parmi des centaines, qu’on souhaite désactiver sur notre téléphone cellulaire.

La haine sans remords

Si seulement il ne s’agissait que d’un cas isolé.

Comme plusieurs, j’ai également été choquée — dégoûtée, devrais-je même dire — par les nombreux commentaires haineux qui pullulent sur les réseaux sociaux en réponse à l’incendie ayant décimé une famille de réfugiés syriens s’étant établie à Halifax.

Sans reprendre les mots odieux qui ont été autant partagés que dénoncés au cours des derniers jours, certaines personnes ont affirmé haut et fort se réjouir du décès des sept enfants d’un couple, simplement parce qu’il s’agit d’une famille de religion musulmane. « Bon débarras ! » a écrit un internaute. Probablement un des commentaires les moins méchants qu’on pouvait lire.

Depuis quelques années, nous assistons à une hausse du nombre de déclarations xénophobes, racistes et autres, qui sont d’une violence inouïe. Tout ça parce qu’il est possible, pour le moment, de s’exprimer librement sur les réseaux sociaux sans vraiment en subir les conséquences.

On déverse son fiel sans remords, en se pensant faussement à l’abri replié sur soi, chez soi. Et souvent, on le fait sans être en connaissance de cause, comme l’a démontré un des trolls interviewés sur les ondes de Cogeco, jeudi.

Mais n’oublions pas que les propos écrits sur Facebook ou Twitter, pour ne nommer que ces plateformes, ont la même valeur que si ces paroles avaient été criées sur les toits.

Parlez-en à Pierre Dion, un homme récemment arrêté pour incitation à la haine après avoir défendu le geste innommable d’Alexandre Bissonnette.

Et il s’en est trouvé pour lui donner raison, bien installés sur leur sofa.

Cette situation démontre bien, elle aussi, dans quel triste état se trouve notre société.

Le petit confort de certains les rend insensibles à la détresse humaine, tellement qu’on s’approprie l’horreur pour se divertir, pour ensuite passer à autre chose comme si de rien n’était.

Moi qui pensais qu’il ne pouvait pas y avoir pire.