Tant qu’à être sur place, aussi bien s’amuser. J’ai essayé des robes dont l’impressionnante quantité de tulle et de taffetas me donnait l’impression d’avoir l’air du gâteau de mariage ; d’autres, d’être d’une époque révolue.

Guenille nuptiale et oppression

CHRONIQUE / «Toi, Marie, vas-tu porter le voile ?» Cette discussion ne portait pas sur une hypothétique conversion à l’islam ; c’est une amie qui m’aidait à essayer des robes en prévision de mon mariage, l’été prochain.

J’ai répondu par la négative. Jamais cette idée ne m’avait effleuré l’esprit : j’ai toujours pensé que mon fiancé savait très bien ce que recèlerait le paquet cadeau que mon père lui présenterait le jour de nos noces. Inutile d’ajouter un emballage supplémentaire.

À voir l’enthousiasme de mes amies qui m’accompagnaient dans cet essayage particulier et leur empressement à parcourir les racks de robes qui, avouons-le, n’ont l’air de rien affaissées sur des cintres, je crois que les filles étaient beaucoup plus excitées que moi à l’idée de me dénicher la tenue sensée me faire sentir comme une princesse le grand jour venu.

Tant qu’à être sur place, aussi bien s’amuser. J’ai essayé des robes dont l’impressionnante quantité de tulle et de taffetas me donnait l’impression d’avoir l’air du gâteau de mariage ; d’autres, d’être d’une époque révolue — l’une d’entre elles m’a carrément fait sentir comme la vedette d’une tragédie grecque, de par son style drapé et l’affreuse allure qu’elle me donnait.

Ce jour-là, je n’ai pas acheté de robe. Pas plus qu’à la séance suivante dans une autre boutique où j’avais encore l’impression d’être déguisée.

Il faut bien le dire, je n’avais, jusqu’à très récemment et avant de rencontrer mon amoureux, jamais envisagé d’unir ma destinée à celle de quelqu’un d’autre. Encore moins rêvassé de revêtir une robe blanche et vaporeuse.

D’ailleurs, de plus en plus de mariées délaissent le blanc pour leur tenue nuptiale. C’est en quelque sorte un retour aux sources, puisqu’au Moyen Âge, les mariées portaient des tenues aux couleurs vives pour célébrer leur union.

C’est la reine Victoria qui a ramené le blanc comme teinte par excellence pour les robes de mariée. Une couleur aussi associée à un gage de la pureté et de la virginité de l’épouse en devenir.

Disons que si ça signifiait encore ça, on ne serait plus si nombreuses que ça à rêver d’un mariage en blanc...

D’ailleurs, les mariées sont-elles réellement obligées de porter une robe ?

Depuis quelques semaines, je jongle avec l’idée de porter un pantalon ou une combinaison chic qui seraient tout aussi glamour qu’une jupe et une traîne, mais beaucoup plus confortables.

Bref. Tout cela pour dire que je ne tiens pas nécessairement à me conformer aux conventions qui dictent les apparats de la mariée, malgré tous les conseils de mon entourage.

Quand j’y pense, j’ai vraiment de la chance de pouvoir choisir ce que je porterai, ce jour-là.

Et gare à qui critiquera ma tenue !

Instrumentaliser la femme

On dit toujours que l’habit ne fait pas le moine, mais aussi que l’habit fait l’homme.

Et la femme, elle ? Le débat entourant leur habillement ne semble jamais être relégué au garde-robe.

Aux États-Unis, Alexandria Ocasio-Cortez, une jeune serveuse élue en 2018 à la Chambre des représentants, est prise à partie par ses adversaires parce que ses vêtements, un tailleur et un veston noir la plupart du temps, ne sont pas représentatifs des milieux modestes qu’elle aspire à représenter. Une supercherie, donc, disent ses opposants, qui seraient sûrement les premiers à la dénigrer si elle arrivait affublée de vêtements «modestes».

Ça me rappelle les fameux foulards de Pauline Marois et, plus récemment, le FAMEUX coton ouaté de la députée de Taschereau, Catherine Dorion.

Qu’on trouve ou non justifié que l’élue se soit fait remonter les bretelles en raison de son accoutrement, qu’on aime ou pas sa façon de faire parler d’elle avec ses frasques (et ses frocs), en 2019, notre société devrait en faire peu de cas, tant que Mme Dorion se retrousse les manches.

N’empêche. Une mobilisation nommée MonCotonOuatéMonChoix a été organisée mardi en soutien à la députée et pour protester contre l’imposition d’un code vestimentaire beaucoup plus sévère à l’endroit des femmes que des hommes.

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) a lancé du même souffle l’idée que les femmes se voilent « en solidarité avec celles qui [ne] sont pas prêtes à fouler un jour le salon bleu » en raison du caractère ostentatoire de leur apparat religieux, une protestation directe contre la loi 21 qui garantit la laïcité de l’État et qui, selon la fédération, empêchera des femmes d’accéder à certaines sphères de la société.

Parlant de voile, voilà que lundi, la présidente de la FFQ, Gabrielle Bouchard, y est allée d’un tweet invitant à la rébellion.

« Le coton ouatté [sic] c’est cute... mais le voile c’est vraiment badass. Mardi prochain portez le voile », a tweeté sa présidente Gabrielle Bouchard.

Franchement.

Qu’on perçoive le hijab ou le niqab comme un symbole d’oppression de la femme ou simplement comme un vêtement à connotation culturelle, l’idée de revêtir le voile islamique comme déguisement, même pour manifester contre la loi sur la laïcité, est de mauvais goût.

Ça ne fera qu’ostraciser encore plus ces femmes qui portent le voile, par choix ou par obligation. Et plutôt que d’être encore plus honnies, ces femmes ont besoin d’être accueillies ; si elles sont oppressées, ce n’est pas en étant isolées dans un coin qu’elles réussiront à s’émanciper.

C’est un constat qu’a dressé Élodie Lévesque, que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam, mais qui a récemment été invectivée en pleine rue par un inconnu l’ayant confondue avec une musulmane parce qu’elle portait son foulard autour de ses oreilles et de son cou. « Pendant une seconde, j’ai ressenti une infime fraction du malaise d’être une femme appartenant au groupe de minorités visibles dans le Québec actuel et je me suis sentie affreusement mal. Je me suis sentie menacée et en danger. Je n’ose même pas imaginer le quotidien de ces gens qui sont victimes de ces racistes frustrés là », écrivait-elle sur sa page Facebook.

Que la FFQ en appelle au droit des femmes de se vêtir comme elles l’entendent, plaidant que toute tentative de leur empêcher de choisir leur tenue relève du contrôle de leur corps, c’est une chose.

Mais que des organisations comme celle-ci instrumentalisent elles-mêmes le corps des femmes et leur habillement pour dénoncer ce qu’elles reprochent au gros méchant patriarcat, c’est culotté.