La philosophie permet à ceux qui s’y initient de développer un esprit critique et ouvert. Cette ouverture permet le «vivre ensemble», sans croire systématiquement que son voisin d’une autre confession religieuse n’a que pour objectif de convertir son prochain.

Et pourquoi pas la philo au primaire ?

CHRONIQUE / Le consensus est utopie quand on traite de questions religieuses.

Un peu plus de dix ans après son implantation dans les classes québécoises pour remplacer les cours de catéchèse et de morale, le cours d’Éthique et culture religieuse continue de diviser.

Cette semaine, le Parti québécois a réclamé son abolition complète, considérant que son syllabus « propage des stéréotypes, véhicule des dogmes religieux et va à l’encontre de l’égalité entre les femmes et les hommes ».

Pour sa part, le ministre Jean-François Roberge, tout en s’opposant au retrait du cours qu’il a déjà lui-même dispensé, est ouvert à revoir son contenu afin que « les jeunes apprennent à débattre, à philosopher, mais aussi à connaître les grandes religions, afin d’apprendre le “vivre ensemble” », nous apprenait Le Soleil, mercredi matin.

N’est-ce pas déjà le but du cours ? Selon le programme du cours glané sur le site du ministère de l’Éducation, on peut lire que « la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun constituent les deux grandes finalités de ce programme », qui « vise une compréhension éclairée des multiples expressions du religieux présentes dans la culture québécoise » tout en portant « un regard privilégié sur le patrimoine religieux du Québec » pour des raisons historiques.

Mise en garde avant de poursuivre : l’auteure de ces lignes se considère agnostique et n’a jamais suivi de cours de catéchèse ni de pastorale à l’école, s’étant plutôt retrouvée dans une classe d’enseignement moral.

Pour le peu dont je me souviens, c’est dans le cadre de cette classe, où nous étions à l’époque une poignée d’élèves, tous niveaux confondus car rarissimes, que nous avions discuté des valeurs telles que la bienveillance, l’authenticité, le respect, la famille, l’amitié, la générosité et j’en passe.

Des valeurs que prônent le catholicisme et bien d’autres religions que certains se plaisent à démoniser. D’ailleurs, n’oublions pas que le placard du Vatican ressemble de plus en plus aux Catacombes de Paris avec tous les squelettes qu’on y retrouve...

Si on misait davantage sur ce qui nous rassemble, malgré des professions de foi différentes, il me semble que ce serait plus facile d’accepter les autres et, surtout, de ne pas craindre qu’ils soient chez « nous » uniquement pour nous rallier à « leur » cause.

Outiller son esprit

Ainsi, pourquoi ne pas simplement initier les enfants à la philosophie dans un cadre plus large ?

On ne parle pas ici de remplacer l’enseignement prodigué dans les cégeps. Mais une initiation à la réflexion méthodique bénéficierait sans aucun doute aux enfants, non seulement face à ce qui est véhiculé sur les différentes religions, mais aussi sur les points de vue politiques, les classes sociales, les handicaps, ou la notion de privilège, par exemple.

La philosophie permet à ceux qui s’y initient de développer un esprit critique et ouvert. Cette ouverture permet le « vivre ensemble », sans croire systématiquement que son voisin d’une autre confession religieuse n’a que pour objectif de convertir son prochain.

La beauté d’une société, c’est la diversité des valeurs qui y sont partagées, telle une courtepointe bienveillante et chaude qui nous enveloppe tous.

Cela ne signifie pas d’abandonner qui nous sommes comme peuple : c’est puiser dans ce que tout un chacun a de bon pour en faire profiter l’ensemble.

Qui plus est, l’enseignement de la philosophie aux élèves du primaire leur permettrait sans aucun doute de mieux naviguer dans l’océan de contenus auxquels ils sont et seront exposés tout au long de leur vie. Apprendre à reconnaître de faux dilemmes et des sophismes ainsi que savoir distinguer le vrai du faux sont des outils importants qui permettront aux enfants de mieux tirer leur épingle du jeu et à faire des choix judicieux.

De plus, certaines métaphores, comme la célèbre Allégorie de la caverne, ont de quoi susciter l’imaginaire des tout-petits tout en leur faisant comprendre qu’il y a toujours — au moins — deux côtés à une même médaille.