Toute cette histoire nous fait réaliser que même quand on croit que les jeux sont faits, il est possible qu’un jour, rien n’aille plus...

Changer les règles du jeu

CHRONIQUE / Les retraités de Groupe Capitales Médias, comme ceux de Sears et de la White Birch, ne doivent pas lâcher le morceau.

Leur combat pour obtenir justice, après avoir vu leurs rentes être significativement amputées après la fermeture ou la faillite de leur employeur, est un enjeu beaucoup plus large que la somme de ces individus.

Une pétition a été déposée, jeudi, à l’Assemblée nationale, avec l’assentiment des partis d’opposition, afin de demander au gouvernement de revoir la législation entourant les régimes de retraite privés à prestations déterminées.

La missive, présentée par le président de l’Association des retraités du Soleil, Pierre Pelchat, réclame de Québec que les lois actuelles soient revues afin d’obliger les entreprises privées à assumer les déficits des fonds de retraite de leurs employés plutôt que de leur permettre de prendre des congés de cotisation. Elle exige de plus que soient mises en place des mesures pour atténuer ou éliminer les effets des « coupures dramatiques » subies par quelque 15 000 retraités se trouvant dans cette situation depuis 2009. Enfin, les signataires de la pétition demandent qu’un programme d’assurances pour protéger les rentes garanties soit instauré, aux frais des entreprises, à l’instar de nos voisines de l’Ontario.

La pétition est disponible sur le site Internet de l’Assemblée nationale.

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En toute franchise, et pas simplement parce qu’il s’agit dans certains cas d’anciens collègues chers à mon cœur, je leur souhaite qu’ils remportent leur pari.

N’étant pas actuaire, ma vision de la situation demeure somme toute superficielle et simpliste, j’en conviens.

N’empêche, on ne peut reprocher à quiconque ayant consacré des années de sa vie à un établissement d’avoir cru aux engagements lui ayant été faits en échange de sa force de travail.

C’est un peu comme si, en plein milieu d’une partie de cartes où vous croyiez avoir une main gagnante, le croupier décidait de changer les règles du jeu. Ou qu’il venait vous voir alors que vous vous apprêtiez à quitter avec vos gains et que, sans crier gare et sans raison, vous en reprenait le tiers ou tout près de la moitié. Même Loto-Québec a des règlements suffisamment stricts pour éviter ce genre de « malchance »...

C’est pourtant ce qui s’est produit au début du mois à mes collègues plus anciens de (feu) Groupe Capitales Médias, mais aussi il y a quelques années aux retraités de Sears, de la White Birch... et c’est ce qui arrivera à des milliers d’autres retraités actuels et futurs dont les patrons ont profité de congés de cotisations dans les fonds de retraite.

Une cagnotte qui s’est accumulée quelque part, on ne sait où, mais qui n’a pas été rendue aux travailleurs à qui revenaient de droit ces sommes.

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Avant de réclamer du gouvernement qu’il emboîte le pas à l’Ontario pour protéger les fruits du dur labeur des retraités de demain, les floués de Groupe Capitales Médias ont bien tenté de cogner à la porte de leur ancien employeur qui, rappelons-le, avait pris soin d’en retirer la poignée...


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On va se le dire : compte tenu de leur immense fortune, le refus, bien que tout à fait légal, des frères Desmarais et de Power Corporation d’assumer le déficit provoqué par les décisions de leurs mandataires d’alors les fait bien mal paraître.

Néanmoins, si Power Corporation avait accepté d’assumer le déficit du fonds de pension de ses anciens employés, la source du problème serait restée la même. Il est crucial de s’y attaquer le plus tôt possible pour éviter, comme le soulignait M. Pelchat au point de presse de jeudi, d’autres drames humains.

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Malheureusement, au casino de la vie, on n’a pas toujours l’occasion de se refaire.

Beaucoup de retraités pris ainsi en souricière n’ont pas l’âge, la force ou la santé de retourner travailler. Les efforts d’une vie gobés par une immense machine à sous qui, finalement, les aura envoyés au tapis.

Eh oui, la vie ressemble beaucoup trop souvent à un jeu de roulette. On pourrait penser que ces retraités ont pigé une mauvaise carte. Tant pis pour eux ! Or, on ne parle pas ici d’un simple coup de dés : un régime de retraite à prestations déterminées n’est pas censé relever du hasard. Ce régime était conçu expressément pour permettre à ses cotisants de savoir quels gains ils retireraient en se levant de la table.

Toute cette histoire nous fait réaliser que même quand on croit que les jeux sont faits, il est possible qu’un jour, rien n’aille plus...

À voir la réponse du ministre des Finances Eric Girard jusqu’à présent, je ne gagerais pas sur le fait que les démarches de ces retraités leur permettront de gagner leur mise et de récupérer leur dû. Qui sait s’il finira par sortir un joker de son jeu...

Mais j’ose croire que Québec finira par entendre raison et agira afin d’éviter que des milliers d’autres Québécois ne finissent par subir le même sort.