À cause d’un phénomène appelé «l’effet d’urgence», notre esprit a tendance à prioriser les activités qui donnent une satisfaction immédiate plutôt que les celles qui offrent une récompense à long terme, comme lire un roman.

Les fausses urgences

CHRONIQUE / Ces temps-ci, les magazines foisonnent de suggestions de lectures estivales. Souvent, les articles sont surmontés d’une photo d’un lecteur plongé dans un livre sous un parasol, avec une pile d’autres bouquins qui attendent leur tour sur une petite table extérieure.

Pour ma part, je tente depuis trois étés de terminer Le Chardonneret, un roman de 786 pages. Je l’avance un peu en vacances. Mais le reste de l’été, je n’ai pas le temps. Ou en tout cas, je ne le prends pas. Il y a toujours quelque chose de plus urgent.

Il y a du ménage à faire, de la paperasse à remplir, des comptes à payer, des courses à faire, de la bouffe à cuisiner, des réparations à faire sur la maison... et des statuts Facebook à «liker».

Ça me fend le cœur de ne pas lire plus de romans parce que j’adore ça et que ça empêche mon cerveau de ramollir. Mais pour vraiment en profiter, il faut que je sois en mesure de m’y plonger et de maintenir ma concentration pendant un bon bout de temps. C’est plaisant, mais exigeant.

Alors, je fais passer tout le reste avant.

J’ai appris pourquoi la semaine passée en lisant un article du New York Times intitulé «Pourquoi votre cerveau vous pousse à accomplir des tâches moins importantes».

C’est à cause d’un phénomène appelé «l’effet d’urgence». En gros, c’est que notre esprit a tendance à prioriser les activités qui donnent une satisfaction immédiate plutôt que les celles qui offrent une récompense à long terme.

C’est pourquoi lorsque vous songez à vous atteler à une activité plus laborieuse, votre cerveau se trouve soudainement un paquet de tâches plus pressantes.

Le journaliste, Tim Herrera, racontait par exemple qu’avant de commencer à écrire sa chronique, il avait rempli des documents pour renouveler son passeport; coupé les ongles de son chat; acheté des articles ménagers; répondu à quelques messages sur Instagram; et mangé une collation.

Quoi faire pour déjouer son cerveau?

Herrera suggère d’emprunter un truc à l’ancien président américain Dwight D. Eisenhower, qui avait l’habitude de trier ses tâches en quatre catégories : important/urgent; important/non urgent; non ­important/urgent ; non ­important/non ­urgent. Les tâches urgentes sont celles qui ont une date butoir et les tâches importantes sont celles qui ont du sens pour vous.

Cette semaine, j’ai réécouté le Ted Talk de Laura Vanderkam, une spécialiste de la gestion du temps, qui racontait sa rencontre avec une femme très occupée, qui gère une entreprise avec 12 salariés, et a six enfants. Vanderkam l’a appelée pour convenir d’un rendez-vous un jeudi matin. Elle n’était pas disponible. C’était prévisible, non?

Eh bien la femme d’affaires ne travaillait pas ce matin-là. Elle était partie en randonnée. Il faisait beau et elle avait envie de se promener. Intriguée, Vanderkam lui a demandé comment elle avait trouvé du temps pour se balader en montagne.

«Tout ce que je fais, chaque minute passée, c’est mon choix», lui-t-elle répondu.

C’est une nuance éclairante. Souvent, quand on ne fait pas un truc qu’on aurait aimé accomplir, on fournit la raison habituelle : «ah, je n’ai pas eu le temps». On devrait plutôt dire : «je n’ai pas pris le temps».

Parce que, oui, c’est souvent un choix. La liste des «il faut que» est inépuisable et on pourrait y consacrer notre été au complet. Mais pendant ce temps-là, la vie passe et notre santé mentale en souffre. Alors peut-être qu’on devrait traiter les activités qui nous font du bien à l’âme avec le même empressement que les «vraies» priorités?

Le choix de céder à de fausses urgences donne la satisfaction immédiate de la tâche accomplie. Mais il peut nous empêcher de terminer des projets qui nous tiennent à cœur. Ne serait-ce que de finir un roman…

«Sois gentil, ferme-la…», la suite

Vous avez été très nombreux à réagir à ma chronique de la semaine dernière, intitulée «Sois gentil, ferme-la!» à propos des gens qui viennent au FEQ pour socialiser et dérangent ceux qui veulent écouter le spectacle.

Je suis désolé de ne pas avoir pu répondre à tous les courriels — j’en recevais encore jeudi! —, mais voici un petit résumé de ce que vous m’avez écrit.

  • Il n’y a pas que les jeunes qui jacassent aux spectacles, les plus vieux aussi. Les pies n’ont pas d’âge…
  • On peut être un peu plus tolérant dan un festival extérieur qu’à un spectacle l’intérieur. Mais si un groupe de gens nous empêchent d’en profiter, il ne faut pas se gêner pour leur dire.
  • On devrait se regarder le nombril avant de parler. Parfois, nous aussi, on peut énerver les gens autour en bavardant trop fort ou en répondant au téléphone pendant le spectacle... 
  • Le Festival d’été pourrait faire comme un cinéma et diffuser des messages de courtoisie à l’écran pour encourager les spectateurs à respecter leurs voisins.