L'importance des milieux humides

CHRONIQUE / Une loi sur la conservation des milieux humides a été adoptée le 16 juin 2017 par l’Assemblée nationale. On en a entendu beaucoup moins parler que celle portant sur l’obligation de donner et de recevoir des services publics à visage découvert !

Cette nouvelle loi en modifie plusieurs autres, ce qui rend compliquée la lecture du document de 38 pages avec les annexes. Elle a pour objectif d’éviter toutes pertes de milieux humides, de favoriser la conception de projets qui ont moins d’impacts sur ces milieux, de les restaurer et même d’en créer de nouveaux. Les milieux humides couvrent 6,4 % de la surface terrestre. Au Québec, ils occupent environ 10 % du territoire. Ils sont recouverts ou saturés d’eau : lacs, rivières et mers, rives, littoral et plaines inondables, marais, étangs, marécages et tourbières. Même si pour certains, les milieux humides sont des « mares à mouches », ils ont des fonctions écologiques importantes : ils filtrent la pollution, retiennent les eaux et réduisent les risques d’inondation et d’érosion tout en favorisant la recharge des nappes d’eau souterraine. Ils séquestrent du carbone et sont très riches en biodiversité.

La nouvelle loi confie aux MRC et aux organismes de bassin versant la tâche d’élaborer un plan régional pour la gestion des milieux humides. Ils doivent les identifier, préciser ceux qui pourraient être restaurés et identifier des endroits où l’on pourrait en créer. Le plan doit décrire les problèmes qui peuvent les affecter et les moyens à mettre en œuvre pour les gérer. 

En principe, on ne peut donc plus détruire de milieu humide au Québec. Cependant, il y aura des exceptions. La loi prévoit alors le paiement d’une compensation financière pour pouvoir réaliser des travaux de drainage, canalisation, remblai et déblai, décapage, excavation, terrassement ou destruction du couvert végétal dans un milieu humide. Le montant dépendra de l’endroit : c’est plus cher dans les régions les plus habitées où les milieux humides sont devenus plus rares et moins cher pour les régions où ils sont nombreux. Les sommes ainsi perçues seront versées au « Fonds de protection de l’environnement et du domaine hydrique de l’État » pour le financement de programmes qui favorisent la restauration et la création de milieux humides. Cependant, le ministre peut permettre de remplacer, en tout ou en partie, le paiement de cette contribution financière par l’exécution de travaux visant la restauration ou la création de milieux humides.

J’aurais aimé le contraire : d’abord exiger des travaux de restauration ou de création de milieux humides et dans les cas où ce n’est pas possible, demander une compensation financière. Les acteurs économiques ne retiendront de cette loi que l’annexe : le calcul des compensations qui les obligera à verser des sommes importantes quand ils interviendront dans un milieu humide. Mais l’argent versé va les déresponsabiliser en même temps qu’il leur paraîtra injustifié. Être responsable, c’est considérer qu’il est normal de réparer d’une manière ou d’une autre quand on est amené à détruire un milieu naturel, pour quelle que raison que ce soit. Payer une taxe, ce n’est pas être éthiquement responsable, c’est être contraint. Cela devrait aller de soi de rendre quelque chose quand on prend quelque chose… même si c’est à la nature qu’on le prend. Si la nature était considérée comme une partenaire, on serait obligé de bien la connaître pour bien restaurer ce qui est endommagé. Ceci entraînerait une prise de conscience de son importance écologique, mais aussi de sa beauté intrinsèque et de la valeur de tous ces non-humains qui y vivent. La nature ne devrait plus être une marchandise que l’on peut acheter…