L’Évangile de la paix au coeur

CHRONIQUE/ Alors qu’ici au Québec des paroisses ferment, des églises sont détruites et que la culture religieuse est remise en question dans le programme scolaire qui porte son nom, nombreuses sont les traditions religieuses dans le monde dont le nombre de fidèles croît régulièrement, et l’Église catholique en fait partie. En Afrique, elle est même plutôt en mode construction.

C’est le cas au Nigeria, où le pape François a créé le 5 mars dernier un nouveau diocèse. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, le plus peuplé du continent avec plus de 200 millions d’habitants, le nombre de personnes qui sont catholiques est estimé à près de 20 millions. En tout, environ 45 % des habitants sont chrétiens, plus de 50 % sont musulmans et les animistes forment le reste de la population. Mais attention, d’une source à l’autre, les chiffres diffèrent. Faut-il y voir le signe d’une cohabitation difficile ?

En tous les cas, l’Église catholique reçoit une oreille attentive de la société civile, au même titre que d’autres églises ou bien organisations musulmanes. C’est pourquoi elle ose interpeller le gouvernement quand elle considère qu’il ne fait pas son travail, c’est-à-dire assurer une cohabitation harmonieuse dans le pays. Ainsi, en avril 2018, la conférence des évêques catholiques a même demandé au président de démissionner. « Il est temps pour lui de faire preuve d’honneur et d’envisager de démissionner pour sauver la nation de l’effondrement total, ont-ils écrit. Il ne devrait plus continuer à présider le charnier et cimetière de masse que notre pays est devenu. »

Ce « charnier » et le « cimetière de masse », c’est le groupe terroriste islamiste Boko Haram, dont les médias ont beaucoup parlé ici, qui en est le principal responsable. Depuis 2009, plus de 20 000 personnes ont été tuées. Deux millions sont réfugiées, des milliers de femmes et de jeunes, kidnappés puis réduits en esclavage ou recrutés de force pour commettre des actes terroristes. Les victimes sont chrétiennes, mais aussi musulmanes. Certes, depuis quelques années, le gouvernement a réussi à affaiblir le groupe, mais des combattants étrangers islamistes sont venus le remplacer. Sans compter la violence perpétrée par les bergers peuls – majoritairement musulmans –, contre les agriculteurs du centre du pays, principalement chrétiens.

Dialoguer malgré tout ?

Dans ce chaos, de nombreux citoyens continuent de demander la paix. Le dimanche du 1er mars dernier, les catholiques ont marché pacifiquement dans les rues de la capitale, Abuja, interpellant non seulement le gouvernement à agir pour que cesse l’insécurité et la violence, mais pour que les médias occidentaux fassent mieux connaître la situation tragique : « … des gens meurent chaque jour au Nigeria aux mains de Boko Haram », ont-ils rappelé.

Mgr Ignatius Kaigama est le nouvel archevêque d’Abuja, capitale du Nigeria.

Le nouvel archevêque d’Abuja, Mgr Ignatius Kaigama, a déclaré lors de la messe qui a précédé la marche : « Il semble que tout le monde ne fasse qu’ignorer le problème, y compris nos responsables politiques, auxquels nous avons confié notre sécurité, l’unité et la stabilité, le présent et l’avenir de nos enfants. »

En juin 2018, Mgr Kaigama a visité le Canada à l’invitation du bureau national de l’Aide à l’Église en Détresse (AED). Promoteur passionné du dialogue interreligieux, il est un exemple de travailleur acharné pour que la paix survienne par les voies de la discussion, du dialogue et de la recherche de solutions non violentes. En 2018, nous écrivions d’ailleurs à son sujet : « Mgr Kaigama reste incompris de plusieurs de ses compatriotes et de ses coreligionnaires. Après tout, peu de chrétiens oseraient aller dormir chez un imam ou bien encore aller prier à la mosquée avec des musulmans et même participer à un mariage. Les uns le trouvent trop mou, les autres naïfs et perdant son temps dans un combat qu’ils jugent perdu d’avance. »

Naïf, l’homme ne l’est pas. « En Afrique [depuis quelques années], les graines de la discorde et de la méfiance ont été semées, spécialement au Nigeria… où la Sharia a été implantée dans neuf États », au détriment de la constitution du pays. « Pourtant, comme chrétien, mon devoir est de faire ce que Jésus me demande de faire : il est la lumière, la vérité et la vie. Si je ne peux suivre son chemin, je n’ai aucune raison d’être ce que je suis. Je dis toujours à mes gens : “Retournons aux origines [de notre foi]”. Après des violences, les jeunes viennent à nous, spécialement les chefs religieux. Ils disent : “Achetez des armes pour nous ! ”

Alors je dis : “Si j’ai à me battre avec des armes, alors que signifie la Parole ‘‘Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix.’’ ? Je leur dis, ce n’est pas ma mission. Même si c’est difficile – [surtout] quand quelqu’un a perdu son père, sa mère, sa famille entière – nous essayons de les pacifier et nous interpellons le gouvernement pour qu’il fasse quelque chose. »

Le fondateur du Centre pour la paix et le dialogue de Jos – son ancien diocèse – porte une foi fondée sur l’Évangile. Au coeur même du chaos et des tensions interreligieuses qui secouent le monde, un exemple à suivre.

Mario Bard

Responsable de l’Information pour le bureau canadien de l’Aide à l’Église en Détresse