Karianne Potvin-Roy

Lettre à ma fille

CHRONIQUE / Pendant ma carrière d’enseignante, j’en ai collé des gommettes. J’en ai donné des bonbons, des chocolats, des pommes, des 2 $ à la cantine et des centaines de trucs pour féliciter mes élèves d’un bon coup, d’une bonne attitude ou d’une amélioration. Aujourd’hui, la gommette, ma fille, c’est sur ton cœur que je la colle. J’ai choisi un papillon et l’image est grosse comme l’univers.

Ce week-end, je t’ai vue faire une chose hors du commun. Dans un froid de canard, tu sortais de ma voiture, courait vers une personne visiblement démunie et tu lui offrais un sac rempli à ras bord d’objets utiles pour sa difficile vie d’itinérant. Je t’ai vu coller ces gens, leur sourire, leur souhaiter une belle journée remplie de soleil. L’un d’eux t’a crié : « Joyeux Noël, mon ange ! » alors que tu revenais dans la voiture avec les larmes aux yeux.

Tout heureuse, tu me lançais : « Go ! On va en donner un autre. » Comme une étrange Fée Clochette perdue dans le temps et dans l’espace, tu t’amusais comme si nous avions été à La Ronde et comme si tu montais dans un nouveau manège.

Ton cœur est grand. C’était beau de te voir, de t’entendre philosopher sur les comment et les pourquoi des situations de ces gens. « Je sais que je ne les sortirai pas de la misère, mais mon but est d’allumer un petit rayon de soleil. Plusieurs souffrent dans les rues. Je dormirai plus tranquille en sachant que j’aurai fait ma minuscule part », m’as-tu répété pendant cette escapade que tu t’offrais pour ton 28e anniversaire.

Du boulevard Saint-Laurent jusqu’à Hochelaga, en passant par Sainte-Catherine, pendant ces heures durant lesquelles je te voyais distribuer le bonheur, des souvenirs ont refait surface. En plus de tes nombreuses frasques scolaires où tu es revenue à la maison avec une note du directeur parce que tu avais agi en chevalière pour défendre ton petit frère ou un de tes potes qui subissait de l’intimidation, je t’ai revue avec ce pigeon blessé que tu avais recueilli, alors que tu avais 7 ans, dans un parc de Montréal. Pendant une demi-heure, nous avons négocié pour que tu acceptes gentiment de le donner à un monsieur qui en prendrait soin. J’ai aussi repensé à cette journée où je t’ai accompagnée à Opitciwan avec le camion plein de nourriture pour les chiens errants.

Marquer par notre bonté

D’une aventure généreuse à l’autre, ton imagination travaille pour aider ceux qui ont besoin. Tu es bien née, mon cœur. J’oserais comparer ta personnalité à des personnages qui sont passés sur la Terre et qui, par leurs actions, ont sauvé des vies, nourri des gens, guéri des âmes. « Tu exagères », me diras-tu, dans toute ton humilité. Pas tant ! Ces êtres qui ont marqué l’histoire sont des superstars, mais par notre bonté, nous pouvons tous être des superstars à notre façon, dans nos milieux, nos familles, dans nos vies. Pour leur anniversaire, des gens qui veulent se rendre à Montréal pour donner aux plus démunis, je n’en connais pas beaucoup. Aussi, considère les articles de journaux et les quelque 700 « j’aime » d’appréciation sur Facebook et tu viens de comprendre que je ne suis pas la seule à complimenter ton geste.

La Terre a besoin d’âmes comme la tienne pour survivre, pour croire encore... À toi, Karianne, et à tous ceux qui passent leur vie à donner sans compter, sans espérer… À ceux qui t’ont aidée pour ton projet, à la gentille grand-mère qui cuisine pour les siens, au facteur qui sifflote en distribuant son courrier, au serveur qui a toujours une bonne blague… J’encense tous ceux qui embellissent la Terre comme tu as su le faire le week-end dernier.

Je t’aime, ma fille.