Michel St-Gelais est le directeur général de la Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi.

Les sans-abri sont aussi dans la région

CHRONIQUE / En cette fin d’automne, comme chaque année, il est temps d’aborder la réalité des personnes vivant l’itinérance dans notre communauté. Bien que la problématique puisse sembler exister que dans les grands centres, le Saguenay-Lac-Saint-Jean n’est pas épargné. Sur notre territoire, quelques centaines de personnes sont aux prises avec des problématiques à obtenir un logement et à le conserver. La pauvreté gagne du terrain, le revenu disponible est trop souvent insuffisant pour combler les besoins de base. Se loger, se nourrir, se vêtir et être en sécurité, ce n’est pas toujours possible. Les demandes d’aide sont de plus en plus nombreuses, une fois le logement payé, il ne reste que des miettes pour les autres besoins.

En situation de débordement

Notre organisme, dédié aux hommes en difficulté, fait face à un défi de taille. Nous sommes en situation de débordement et de sous-financement. À l’heure actuelle, les intervenants sont débordés et s’affairent, plus souvent qu’autrement, à éteindre des feux et à intervenir dans de nombreuses situations de crise. Par le fait même, nos activités de placement en logement et de prévention de la perte de logement, sont portées à bout de bras par une équipe de soutien post-hébergement qui ne compte qu’un intervenant et demi afin d’accompagner plus d’une cinquantaine de personnes encore très fragiles.

Dans les prochaines semaines, l’hiver sera bien installé sur notre région. Les demandes d’aide devraient augmenter, mais serons-nous en mesure d’y faire face ? Grâce à la générosité des citoyens, nous serons en mesure de fournir des vêtements chauds et des repas aux hommes qui en auront besoin. Pourrons-nous offrir de l’hébergement à tous ceux qui le demandent ? Malheureusement, il y a un risque réel que nos services ne le puissent pas. Nous comptons actuellement, une trentaine de places en hébergement. Toutefois, ce nombre est insuffisant, plus de 500 personnes différentes fréquentent notre maison dans une année. Nous avons également remarqué une hausse considérable des repas servis. Plus de 30 000 repas ont été offerts l’an dernier. Au quotidien, cela représente plus de 70 soupers par jour. Notre capacité maximale est atteinte et nous sommes obligés de mettre une limite de trois soupers par semaine pour nos usagers qui ne demeurent pas dans notre maison. Quand nous devons refuser de nourrir des gens, nous ne nous sentons pas très confortables…

Se sensibiliser à la situation actuelle

Dans ce contexte, il y aura des choix à faire, des gens à sensibiliser et des gestes politiques devront être posés. Nous manquons de logements et/ou de chambres disponibles à prix réaliste, nous manquons de place en hébergement et souvent, nous manquons de temps et d’intervenants pour accompagner nos hommes dans leurs démarches de réinsertion. Nous avons besoin d’une plus grande maison afin que celle-ci corresponde mieux à nos besoins.

Chaque année, le troisième vendredi du mois d’octobre, une soirée de sensibilisation à la réalité des personnes itinérantes est organisée dans plus d’une vingtaine de villes à travers le Québec. Puisque l’hiver s’en vient et que nous craignons ne pas être en mesure d’offrir un hébergement à tous les hommes dans le besoin, nous avons fait une soirée portes ouvertes afin de sensibiliser la population à la situation particulière vécue par notre organisme. Afin que notre message soit entendu, il n’y aura pas d’autres activités lors de cette soirée. La traditionnelle nuit des sans-abri a donc fait une pose cette année, mais les organismes qui collaborent, dans un continuum de services, seront au rendez-vous l’année prochaine pour une quinzième édition.

À l’approche du temps des fêtes

En terminant, à l’approche du temps des Fêtes, il planera une ambiance de nostalgie, de tristesse et un sentiment d’isolement grandissant au sein de notre organisme. Ce temps de l’année est très difficile pour nos usagers qui se sentent encore plus seuls que d’ordinaire. Eux aussi aimeraient se réjouir, eux aussi aimeraient pouvoir offrir des présents à leurs proches, eux aussi aimeraient recevoir un petit cadeau du père Noël. Comme chaque année, nous travaillerons très fort à rendre cette période agréable. Je suis certain qu’encore cette année, la population sera au rendez-vous pour nous aider à offrir de beaux moments à nos usagers. Je vous remercie donc à l’avance pour votre soutien et votre générosité. Surtout, lorsque vous croiserez une personne qui semble être en difficulté ou encore marginalisée, un petit sourire et une salutation seront un très beau cadeau.

Michel St-Gelais, directeur général

Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi