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Les sans-abri en temps de pandémie

CHRONIQUE / La dernière année vécue à la Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi fut difficile et différente. Nous avons entamé l’année avec la pandémie de COVID-19. Tous nos services ont été bousculés et déséquilibrés. Dès le début de ladite pandémie, nous avons été contraints de restreindre le nombre de places en hébergement. Nous sommes donc passés de 35 à 15 personnes hébergées, distanciation sociale oblige ! Également, les services qui étaient offerts aux usagers externes de l’organisme ont été revus et corrigés. Les quelques dizaines d’individus qui venaient pour les collations, le souper et la socialisation ont été en rupture de service. Bien que rapidement, les repas du soir ont été offerts pour emporter, les deux collations journalières sont encore suspendues. Pire encore, la proximité avec l’équipe d’intervenants fut réduite à l’essentiel et aux situations de crise.

Une capacité d’accueil mise à mal

Au-delà des repas et des collations, c’est la rupture des contacts physiques qui a été le plus difficile pour les usagers et les membres du personnel. Nous avions l’habitude d’être un endroit d’accueil quasi inconditionnel et ouvert sur notre communauté. Notre capacité d’accueil, qui est au coeur de notre philosophie, a été mise à mal par la situation d’urgence sanitaire. L’isolement a gagné beaucoup de terrain dans les derniers mois et les personnes qui fréquentaient nos services ont été durement touchées par cette nouvelle réalité. Dans de nombreux cas, le seul espace de socialisation disponible ne l’était plus.

Lorsque toute notre communauté a été confinée et que les commerces du centre-ville ont été contraints de fermer, les personnes dans la rue se sont retrouvées encore plus dans la rue. Les différents lieux de fréquentation, tels que la bibliothèque et les restaurants, étant fermés, ces personnes n’avaient plus aucun endroit pour se réchauffer, socialiser et profiter des salles de bain autrefois disponibles pour eux. L’errance au centre-ville a pris beaucoup d’ampleur et, par le fait même, les interventions policières ont augmenté significativement auprès de nos usagers. Il n’y avait que très peu de tolérance envers ces individus. Mis à part la rue, il n’y avait aucun espace disponible pour ces personnes.

Centre de débordement transitoire

Au fil du temps, nous avons réorganisé nos services afin de répondre le mieux possible à la nouvelle réalité. Dès le début du mois d’avril, nous avons, avec la collaboration de la Ville de Saguenay et du CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean, mis en place un centre de débordement pour accueillir les personnes qui, pour diverses raisons, ne pouvaient être admises dans la Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi. Ce centre de débordement, installé dans le hangar de la Zone portuaire, pouvait accueillir 19 personnes par nuit. Cependant, ce centre de débordement n’était ouvert que de 20 h 30 à 7 h 30. Pendant la journée, les usagers du centre se retrouvaient dans la rue puisqu’aucun endroit n’était accessible le jour.

Au début du printemps, avec la reprise des activités de la Zone portuaire, nous avons dû trouver un autre endroit pour y déménager le centre de débordement. Encore une fois, grâce à nos partenaires, nous avons trouvé un local sur la rue Racine, au centre-ville de Chicoutimi. Malheureusement, ce nouveau centre ne peut pas accueillir plus de neuf personnes par nuit. Grâce à un été somme toute assez chaud et sec, plusieurs usagers ont décidé de créer des abris de fortune un peu partout sur le territoire. Cette réalité, qui n’est pas nouvelle en période estivale, a permis au centre de débordement de répondre à toutes les demandes d’hébergement, sauf une. Par contre, des craintes sont bien réelles quant à l’hiver qui s’en vient.

La Nuit des sans-abri est compromise

Cette année, la tenue de la traditionnelle Nuit des sans-abri est compromise par la COVID-19 à l’échelle nationale. Il a été décidé de ne pas tenir d’activité de sensibilisation avec la participation du public et de promouvoir les différents services destinés aux personnes en situation d’itinérance de manière virtuelle. Dans ce contexte, l’utilisation des médias sociaux permettra de sensibiliser la population aux différentes réalités et aux différents visages de l’itinérance.

Les prochaines semaines seront cruciales. Aurons-nous une deuxième vague ? Aurons-nous assez de places au centre de débordement ? Notre équipe sera-t-elle encore épargnée ? Nos usagers, qui ont une santé fragile, seront-ils, eux aussi, épargnés ? Malgré toutes ces craintes, nous serons le mieux préparés possible.

Je tiens à remercier nos élus, notre Ville, notre CIUSSS et l’ensemble de la population de Saguenay. Votre appui indéfectible, quant à la cause qui nous concerne, nous donne la volonté de poursuivre notre mandat d’accueil, de lutte aux préjugés et de réinsertion pour les personnes parmi les plus vulnérables de la société.

Courage et solidarité ; nous en avons besoin !

Michel St-Gelais, directeur général

Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi