Les mots comme des pierres

CHRONIQUE SPIRITUALITÉ / C’est ainsi que commençait une chanson composée il y a de cela plusieurs années, dans le cadre de mon travail d’animateur de vie spirituelle dans les écoles. J’avais proposé aux élèves un atelier sur le pouvoir des mots que j’avais alors comparés à des pierres.

La pierre est un symbole ambivalent. Il peut être positif ou négatif. Cela dépend de l’usage qu’on fait de la pierre en question. Jésus lui-même est comparé à une pierre d’angle, de fondation. Mais pour ceux qui le rejettent, il est une pierre sur laquelle on achoppe, un signe de contradiction.

Ainsi, comme des pierres posées pour ériger un pont ou un bâtiment, les mots peuvent servir à construire des relations. Et comme ces mêmes pierres lancées contre des ennemis pour détruire et faire mourir, les mots peuvent être des armes dévastatrices.

Au fond, ce ne sont que des instruments, des moyens par lesquels s’expriment nos pensées et se livrent nos cœurs. C’est là, à l’intérieur, qu’ils puisent leur puissance édifiante ou destructrice.

Jésus enseigne aux scribes et aux pharisiens que ce qui rend impur n’est pas tant ce qui entre par la bouche que ce qui en sort : « Car c’est du trop-plein du coeur que parle la bouche ». (Lc 6, 45)

Saint Paul le rappelle aux chrétiens d’Éphèse, renouvelés par le Christ dans leur manière d’être, de penser, de se comporter : « De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent. » (Ep 4, 29) Nous savons d’expérience les effets positifs qu’ont les bonnes paroles  – conseil, encouragement, réconfort, prière, bénédiction, etc.

Nos propos

Malheureusement, nos propos ne sont pas toujours constructifs. Et sur le nombre incalculable de paroles prononcées dans une journée, il s’en glisse souvent quelques-unes qu’on aimerait pouvoir retirer de la circulation. Une calomnie ou une médisance, une critique acerbe, une indiscrétion, un mensonge, une insulte jetée au visage… On va même jusqu’à maudire. Autant de pierres qui blessent et détruisent.

On lit, au livre des Proverbes : « Abondance de paroles ne va pas sans offense ; qui retient ses lèvres est avisé. » (Pr 10, 19) 

Et le psalmiste chante : « Mets une garde à mes lèvres, Seigneur, veille au seuil de ma bouche. » (Ps 141, 3) 

Au travail, entre amis, en famille ou en communauté, c’est un enjeu de taille qui exige une vigilance de chaque instant. Il en va de la santé spirituelle de nos relations et de notre communion fraternelle dans le Christ. Chaque jour, les moines et moniales introduisent le premier office de la Liturgie des Heures par ce verset tiré du Psaume 50 : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange ! »

Que chaque mot que nous prononçons ou écrivons serve la gloire de Dieu et fasse grandir dans les cœurs et dans le monde son Royaume d’Amour et de Paix !

Petit Frère Marie-Jonathan Lavoie

Moine du Cœur de Jésus