Roger Blackburn
Les masques de protection sont fabriqués pour le compte d’Équipement Saguenay.
Les masques de protection sont fabriqués pour le compte d’Équipement Saguenay.

Les fabuleuses derrière les masques

Les couturières de La Fabuleuse histoire d’un royaume sont de retour dans leur atelier du Théâtre du Palais municipal à La Baie pour fabriquer des masques de protection dans le contexte de la crise du coronavirus.

En arrêt de travail depuis trois semaines, les couturières Louise Veillette, Odette Lavoie et Rita Marchand sont donc retournées derrière leur machine à coudre. « Ça permet de nous rendre utiles et de faire notre part dans cette crise-là », commente Louise Veillette.

« On va s’habituer, ce n’est pas notre métier de faire du travail à la chaîne, nous sommes plus spécialisés dans la conception de vêtements et costumes de scène, mais nous avons déjà une bonne cadence et ça fait seulement deux jours qu’on travaille là-dessus », exprime Rita Marchand, qui est au service de La Fabuleuse depuis 32 ans.

Rita Marchand oeuvre depuis 32 ans comme couturière pour La Fabuleuse histoire d’un royaume. Elle consacre ses journées à fabriquer des masques de protection.

« Nous avons reçu les tissus avec un plan de confection, un patron de couture, et ce n’est pas vraiment compliqué, c’est très différent de ce qu’on fait avec nos comédiens, et on va se mettre à la tâche », fait valoir Odette Lavoie.

À deux mètres de distance

Les « fabuleuses couturières » travaillent à plus de deux mètres de distance et les locaux ont été spécialement aménagés pour respecter la distanciation sociale. L’entrevue s’est faite à bonne distance pendant qu’elles cousaient derrière leur machine. Ça leur fait du bien de revenir au travail, elles en ont profité pour rire un peu en disant qu’elles étaient tannées de leur mari à la maison, qu’elles étaient tannées de faire du ménage et de préparer les repas et qu’elles ont presque passé au travers du répertoire de Netflix.

Elles ignorent si les masques qu’elles fabriquent serviront en milieu hospitalier ou dans la société, mais elles ont l’impression que la société devra apprendre à vivre longtemps avec le coronavirus. « Tant qu’il n’y aura pas de vaccin ou de médicament, on devra vivre avec la COVID-19 et respecter la distanciation sociale », estime Louise Veillette.

Louise Veillette est contente de se rendre utile dans le contexte de cette crise sanitaires.

Pas beaucoup de colleux

« Ça ne sera plus jamais pareil, je pense qu’on ne fera pas beaucoup de colleux dans les prochains mois », déplore Rita Marchand, qui avoue avoir hâte de retrouver le monde La Fabuleuse, des gens qui constituent une véritable famille.

La directrice générale de Diffusion Saguenay, Isabelle Gagnon, se dit contente de voir ses couturières au travail. «Quand nous avons pris la décision d’annuler les spectacles et La Fabuleuse, nous avons dû mettre à pied plus d’une centaine de personnes. Je trouvais ça triste pour eux, car plusieurs sont des travailleurs saisonniers. Quand j’ai vu que des couturières se portaient volontaires, j’ai pensé aux employés de La Fabuleuse », dit-elle.

« J’ai communiqué avec Michel Boivin d’Identification sports pour savoir comment il avait eu les autorisations pour fabriquer des masques et il m’a fait savoir que son entreprise travaillait en sous-traitance pour Équipements Saguenay, qui cherchait des couturières. J’ai communiqué avec eux et en moins de deux jours, nous avons mis nos couturières au travail » explique la gestionnaire. La Fabuleuse se joint à Identification sports, Imago structure de Falardeau et Bilodeau Canada de Normandin dans cette course à la production de masques et de vêtements médicaux.

On a dépêché un employé sur les lieux avant l’arrivée des couturières pour aménager l’espace de travail. « Le Théâtre du Palais municipal est un grand amphithéâtre et les couturières ont des procédures d’entrée et de déplacement et elles ont chacune une salle de bain à leur nom et des liquides désinfectants près des portes », précise-t-elle.

Le milieu culturel vit d’espoir

« Elles ont du travail pour au moins un mois, mais si elles doivent faire des masques tout l’été ou des blouses de travail, elles sont volontaires pour aider », fait valoir Isabelle Gagnon.

La directrice de Diffusion Saguenay reconnaît que la situation est très difficile pour le milieu culturel. « On espère reprendre le plus tôt possible nos activités, on écoute avec attention les points de presse quotidiens du premier ministre François Legault et on attend les directives. On sait qu’il y a des discussions entre les milieux culturels et le gouvernement. On sait qu’il n’y aura rien avant le 31 août et on espère pour le reste. Pour l’instant, on travaille sur les saisons 2021 et 2022 », conclut Isabelle Gagnon.