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Les difficultés des hommes, parlons-en!

CHRONIQUE / Notre région nordique est née dans le bois, a vécu du bois et elle a généré un peuple qui, plus souvent qu’autre chose, aime se définir comme étant fait de gens de bois. Un peuple de défricheurs, de creuseurs de terre, d’abatteurs d’arbres, qui considère le travail comme un bien collectif et le courage comme la plus grande des vertus. Il n’y a rien de mal à ça, bien au contraire, à condition toutefois de se souvenir que, comme le dit si bien le conteur Fred Pellerin, ce n’est pas parce qu’on est bûcheron qu’on est fait en bois.

Ténacité du mythe de l’invulnérabilité

Hélas, le mythe de l’invulnérabilité masculine est tenace et on aime se représenter les gars comme des hommes forts et droits, ne pliant pas devant la tempête, les douleurs du corps et les petites ou grandes misères que la vie nous réserve parfois. Des hommes qui se définissent tout entier par leur rôle de pourvoyeurs et de protecteurs, trop souvent incapables de pourvoir à leurs propres besoins ou de se protéger des risques de la vie. Et ces croyances ont un coût !

Pour la Journée québécoise de la santé et du bien-être des hommes, qui a lieu chaque année en novembre, nous aimerions rappeler quelques faits tout simples, des évidences en somme. Tout d’abord, l’existence est un voyage souvent hasardeux. Ensuite, tout ne se passe pas toujours comme on veut. Surtout en 2020, où une pandémie nous a obligés à réévaluer nos priorités et à nous adapter.

Les femmes s’adaptent mieux

Il semblerait que devant l’incertitude, les femmes, de par leur éducation, soient mieux préparées à s’adapter que les hommes. Ce n’est pas toujours vrai évidemment, mais disons : en moyenne. C’est ce qui fait que leur score est bien meilleur à de nombreux chapitres ayant trait au bien-être et à la santé.

Elles sont mieux entourées, elles ont plus d’allié.e.s. Elles font moins face à la justice, sont très rares dans le milieu carcéral comparativement aux hommes et sont deux fois moins nombreuses que les hommes à consommer à l’âge adulte. Du côté de la violence, elles en exercent moins et en subissent moins aussi, sauf dans la sphère conjugale. Et, bien sûr, il y a les décès par suicide qui viennent noircir davantage le portrait de la santé et du bien-être des hommes.

Évidemment, les femmes ont leurs propres enjeux de genre. Elles ont à faire face à toutes sortes de difficultés dans une société qui, trop souvent, favorise les hommes dans la sphère publique. Tout ça a des conséquences sur leur propre bien-être et leur santé, et nous restons mobilisés collectivement pour des relations égalitaires. Reste qu’au chapitre de l’adaptation, elles semblent mieux réussir.

D’où vient cette souplesse, cette agilité que les femmes-roseaux semblent avoir et qui fait défaut aux hommes trop souvent faits de bois ? D’où vient cette résilience, pour reprendre un terme très en vogue ?

La force peut être synonyme d’une faille

Du côté des organismes d’hommes, nous nous sommes fait notre propre idée.

Cette faille que portent les hommes, c’est ce qu’ils appellent leur force.

La vulnérabilité, c’est un peu le Bonhomme Sept Heures de la socialisation masculine. Elle est perçue comme une faiblesse ; pourtant, la vulnérabilité, c’est ce qui donne de la profondeur à un être humain.

Reconnaître ses souffrances, sa tristesse ou sa peur, c’est à la fois se protéger et apprendre à respecter ses limites. Admettre qu’on ne peut pas tout faire au travail ou dans son couple, savoir dire non ou en appeler au soutien de ses collègues ou de son ou sa partenaire de vie, c’est renforcer les liens, se sentir épaulé. Écouter ses besoins, c’est apprendre à mieux se connaître et adopter des comportements plus appropriés.

Pour toutes ces raisons, notre organisme a mis en place des services d’accompagnement des hommes et des pères. Ce que nous faisons semble bien mystérieux pour la plupart des gens ; pourtant, c’est une démarche assez simple. Nous encourageons les hommes à assumer davantage leur part de vulnérabilité et à faire de cette faiblesse une force.

Si toi aussi, tu ne te sens pas toujours à la hauteur, si tu es épuisé, parfois à bout de nerfs, ou si tes comportements font du mal à ceux que tu aimes, n’hésite pas à nous appeler. Tes objectifs seront les nôtres.

Julien Gravelle,

intervenant

Centre de ressources pour hommes Optimum Saguenay–Lac-Saint-Jean

1 877 276-5802 (sans frais)