Simon Latulippe
La coopérative Nutrinor est un exemple parmi tant d’autres d’économie sociale.
La coopérative Nutrinor est un exemple parmi tant d’autres d’économie sociale.

L’économie sociale, un modèle d’avenir

L’auteur de cette chronique est Simon Latulippe, directeur général du Pôle régional d’économie sociale du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ce dernier signe aujourd’hui le première de trois textes visant à définir comment l’économie sociale peut aider à construire le développement durable.

CHRONIQUE / Qu’ont en commun le Zoo sauvage de Saint-Félicien, la coopérative Zone de l’Université Laval à Québec, la microbrasserie À la fût de Saint-Tite, le Centre national de cyclisme de Bromont, le Marché public de Magog, la Gatineau Loppet et le journal que vous lisez en ce moment ? Ce sont toutes des entreprises d’économie sociale (ÉS).

Bien que méconnue, l’ÉS est omniprésente dans nos vies. Selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), en 2016, le nombre de membres ayant un pouvoir décisionnel au sein d’une entreprise d’ÉS au Québec était de 13 millions pour une population d’un peu plus de 8 millions de personnes. Ces chiffres illustrent bien la force de l’ÉS dans notre société. Vous êtes membres Desjardins ? Vous avez un pouvoir décisionnel au sein d’une entreprise d’économie sociale ! Des fleurons comme le groupe Desjardins, Nutrinor, Agropur, Coopsco et bien d’autres illustrent bien l’importance de l’ÉS pour le Québec.

L’économie sociale représente un moteur de richesse collective énorme. Le portrait de l’ÉS publié en 2016 par l’ISQ révèle que ce modèle d’affaires génère des revenus annuels de 47,8 milliards de dollars! En comparaison, l’industrie aérospatiale québécoise a généré des revenus de 15,5 milliards de dollars en 2015.

Mais peut-on faire du profit en étant dans l’économie sociale? La réponse est oui, mais collectivement! Grossièrement, le profit représente le solde positif entre les ventes et les coûts d’une entreprise. Il s’agit donc de surplus. Or, considérant les risques d’une aventure entrepreneuriale et l’augmentation normale du coût de la vie, l’absence de surplus est dangereuse, quel que soit le modèle d’affaires.

Les entreprises d’économie sociale, à l’instar de toute autre initiative entrepreneuriale, peuvent engendrer des surplus afin de pouvoir se prémunir contre les périodes difficiles, se maintenir et se développer. Seulement, là où les entreprises privées recherchent la formule la plus profitable, les entreprises d’ÉS choisissent l’option économiquement viable: la décision qui servira le mieux, dans le temps, ses membres ou la communauté. Ainsi, l’argent demeure au sein de la communauté pour le bénéfice de tous !

L’ÉS constitue un levier de développement. L’effet sur la création d’emplois et la circulation de l’argent dans l’économie locale est donc maximisé par rapport à l’entreprise privée. Selon la grille d’analyse du développement durable de la Chaire de recherche en éco-conseil de l’UQAC, promue par l’Organisation internationale de la francophonie, la dimension économique doit « répondre aux besoins matériels des individus et des collectivités ainsi qu’à leur autonomisation financière ». Il est évident que l’ÉS est le modèle le plus apte à maximiser cette réponse.

Adopter une approche collective de l’entrepreneuriat n’a rien d’une position idéologique. Il s’agit d’une stratégie d’affaires qui permet de répondre adéquatement aux besoins d’une collectivité en plaçant le pouvoir économique entre les mains de principaux acteurs d’un milieu. Elle se situe donc bien dans la vision économique du développement durable.

L’économie sociale permet de générer une meilleure répartition des richesses en assurant la satisfaction des multiples besoins humains. Elle échappe à la spéculation et crée des marges de manœuvre pour que l’activité entrepreneuriale soit autre chose que la quête du rendement économique. En fait, par les valeurs promues par l’ÉS, les modèles d’affaires collectifs attirent de plus en plus la nouvelle génération d’entrepreneurs. Il s’agit définitivement de notre avenir!