Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Lionel Carmant, s’est rendu en personne rencontrer la DPJ des Laurentides.

Le ministre Carmant préoccupé

CHRONIQUE / Je vais le répéter parce qu’on ne le dit pas assez souvent, la DPJ, dans l’ensemble, fait un travail formidable.

Elle sauve des enfants.

Mais il arrive que de mauvaises décisions soient prises, à l’occasion pour de mauvaises raisons. On l’a vu dans l’actualité récemment, des juges ont tapé sur les doigts de l’organisme, soit pour avoir laissé un enfant pendant six années dans une famille d’accueil toxique, soit pour avoir laissé une fillette habiter avec de jeunes garçons qui l’avaient agressée trois fois, des sévices sexuels.

Et il y a d’autres cas dont on n’entend pas parler parce que les parents n’ont pas les ressources ou les moyens de se défendre devant les tribunaux. Les avocats qui acceptent ce genre de dossiers, ils ne sont pas légion, vous diront qu’il faut se lever de bonne heure pour obtenir justice.

La DPJ est une grosse machine.

Je suis revenue lundi sur le cas de deux filles qui sont placées dans un centre de réadaptation depuis plus de trois ans, d’abord en raison d’un signalement sur une question de scolarisation à la maison, qui a dégénéré en désaccord sur un diagnostic d’autisme. On a retiré aux parents tous leurs droits, au point où ils n’ont même pas pu rendre visite à l’aînée, qui avait été hospitalisée d’urgence.

Le conflit est complètement cristallisé.

Lionel Carmant, nouveau ministre responsable de la protection de la jeunesse, s’est aussitôt déplacé en personne pour rencontrer la Direction de la protection de la jeunesse des Laurentides, qui est responsable de ce dossier. Il s’est aussi rendu à la DPJ de l’Ouest-de-l’Île, celle où la fillette a été laissée seule avec ses agresseurs.

On a montré du doigt le roulement de personnel.

L’avocate de la fillette, Me Marie-Josée Ayoub, a d’ailleurs déclaré à La Presse avoir vu d’autres cas du même genre. «Il n’y a pas de surprise. Mon dossier, ce n’est pas un dossier d’exception.»

Lionel Carmant s’est donc rendu sur les lieux, et il a écouté la version des DPJ.

Il a pris, disons, la chose en délibéré.

Au cabinet du ministre, on confirme que le ministre est «préoccupé et sensible à l’importance de la protection de la jeunesse. C’est quelque chose qui est très important pour lui, c’est une des raisons pour laquelle il est allé en politique.»

Jusqu’ici, il avait consacré sa vie professionnelle aux enfants, comme neurologue, spécialisé dans le traitement de l’épilepsie.

La tâche qui attend le nouveau ministre délégué à la Santé n’est pas mince. De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer une réforme de l’organisation, à tout le moins un mécanisme de révision indépendant et efficace. Le père de la pédiatrie sociale, Gilles Julien, a soumis l’idée d’un Défenseur de l’enfant.

Il devra avoir les coudées franches.

Il y a cet autre problème qu’on retrouve un peu partout dans le système de santé et des services sociaux : le manque de personnel. La DPJ n’y échappe pas. Le nombre de signalements augmente, pas les ressources. Les délais s’allongent, les intervenants ont de plus en plus de pression.

Le nouveau gouvernement a une occasion en or de donner le ton, de faire de la protection de la jeunesse une priorité.

Quelle forme cela prendra-t-il? Une commission d’enquête? Une refonte de la loi? Au cabinet du ministre, on indique que la réflexion est entamée, mais qu’il est encore trop tôt pour se prononcer. On veut prendre le temps de bien faire les choses.

Tant mieux.

Parce que, malheureusement, ce n’est pas parce que la DPJ prend une décision que c’est obligatoirement la meilleure. Ou la plus juste. Il faut être capable d’accepter que, parfois, les parents ont raison et la DPJ a tort.

Il faut être capable d’admettre que, parfois, ce n’est pas l’enfant qu’on protège.