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Le Jour de la Terre, un temps pour la tendresse

Spiritualité
Le Progrès
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CHRONIQUE / Nous sommes en 2030. Un mal mystérieux commence à semer l’inquiétude. Les victimes, surtout des personnes actives dans le secteur de la haute finance, voient leurs mains, si souvent fermées pour tout retenir, se recroqueviller pour de bon sur elles-mêmes jusqu’à en mourir.

Voilà, résumée en quelques mots, l’intrigue que noue Christophe Roux-Dufort dans son roman à suspens Les manuscrits de la main morte. Au-delà des ramifications d’une affaire touffue et d’une enquête palpitante, l’auteur nous fait réfléchir sur notre propension à vouloir tout accaparer. En d’autres mots, il nous propose une fable sur la manière dont l’avoir domine l’être dans nos vies.

Un jour pour ouvrir les yeux

Inauguré en 1970, le Jour de la Terre était célébré jeudi dernier un peu partout dans le monde. Vous l’avez raté ? Ce n’est pas grave ! Nous sommes enfants de la Terre tous les jours. Ce jour est tout d’abord une occasion de célébrer cette Terre si belle ! Ses paysages nous enchantent, sa générosité nous émerveille ! Cependant, l’anniversaire du 22 avril nous fournit également une occasion d’ouvrir les yeux sur des réalités inconfortables. Regardons avec lucidité ce monde vivant dont nous faisons partie, regardons-le avec attention et tendresse. Entendons la plainte qui monte de la Terre. Le climat se dérègle, la biodiversité s’érode, l’avenir devient incertain pour nos enfants. À l’heure actuelle, il ne s’agit plus de se demander si les changements climatiques sont une menace réelle ou si le recul de la biodiversité est aussi grave qu’on le dit. Ils le sont ! Ceux qui l’affirment ne sont pas de doux rêveurs, mais la communauté scientifique dans son ensemble. Nous sommes capables de prouesses extraordinaires, mais trop souvent nos pouvoirs technologiques deviennent des armes de destruction massive des écosystèmes. Regardons aussi avec lucidité les désirs qui s’ajoutent en nous. Regardons-les avec compassion ! Nous voulons être heureux, mais certains désirs nous tirent vers la mort, alors que d’autres nous tirent vers la vie. Les premiers nous conduisent à nous encombrer de nouvelles possessions, les seconds nous convient à un surplus d’être. Lesquels écouterons-nous ? Il s’agit en fait de nous poser cette question : c’est quoi « bien vivre », finalement ? Quel est le sens de notre vie ? Quel héritage voulons-nous laisser à ceux qui nous suivront ?

La révolution de la tendresse

Ce discernement essentiel nous conduira à la prise de conscience qu’il nous faut changer personnellement et collectivement. Et changer n’est pas facile. À quelle énergie pourrons-nous puiser pour nous mettre en branle et agir ? À quelle énergie, sinon celle de l’amour, sinon celle de la tendresse que nous ressentons pour nos enfants, pour cet arbre que nous avons planté, pour ce paysage qui a illuminé notre enfance ?

Cette tendresse est déjà à l’œuvre autour de nous. On la reconnaît dans la passion de nouveaux agriculteurs, souvent jeunes, qui font naître de petites entreprises à échelle humaine destinées à nourrir leur voisinage. On la distingue dans toutes ces initiatives citoyennes pour verdir nos quartiers, tisser des liens entre voisins, réduire le gaspillage alimentaire, implanter une économie circulaire et solidaire. On la perçoit dans le courage de ceux et celles qui, vigies modernes de notre vaisseau collectif, sonnent l’alarme devant les périls qui nous menacent. On l’entend dans la voix des personnes qui enseignent à jardiner, à faire du compost, à réparer les objets brisés, à trouver la joie dans une sobriété heureuse. On la ressent chez tous ceux et celles qui, patiemment, de mille et une manières, écrivent le récit d’un avenir redevenu possible. Ce récit sera bien différent de celui dont il était question au début de ce texte : il parlera de mains ouvertes pour créer ensemble !

Anne-Marie Chapleau

Institut de formation théologique et pastorale