Jacques Rougeau était de passage dans les bureaux du Quotidien, mercredi. Il est de passage dans la région pour donner quatre spectacles-conférences humoristiques au bar La p’tite grenouille de Chicoutimi.

Le dernier combat d'un Rougeau

CHRONIQUE / Jacques Rougeau jr, de la célèbre famille de lutteurs, est en ville, cette semaine, pour donner quatre spectacles-conférences humoristiques au bar La petite grenouille de Chicoutimi. Il était de passage aux bureaux de la rédaction du Quotidien, mercredi. On a profité du moment pour jaser un peu ; un homme adorable, d’une grande générosité.

La lutte a marqué l’imaginaire de toute une génération au Québec et Jacques Rougeau est un des témoins privilégiés dans ce domaine tant au pays qu’à travers le monde. Dans ses conférences, il raconte des détails croustillants sur ce qui se passait dans les coulisses de ce sport avec des personnages comme Mad-Dog Vachon, Tarzan « La Bottine » Tyler, Abdullah the Butcher, Eddie Creatchman et Édouard Carpentier.

« Je raconte ma carrière et des anecdotes sur les gens que j’ai rencontrés durant toutes ces années à travers le monde. Je fais ça avec beaucoup d’humour, je présente des vidéos et des photos, les gens s’amusent beaucoup », dit-il.

Jacques Rougeau a passé l’entrevue à me retenir l’avant-bras avec sa main, chaque fois qu’il avait quelque chose à dire. Il nous parle en nous regardant dans les yeux, il adore les récits nostalgiques et ses yeux s’embrument quand il ressasse de vieilles émotions.

Entrevue des lutteurs

Il se rappelle notamment des entrevues des lutteurs : « Attend, comment il s’appelait l’animateur ? », s’interroge-t-il en serrant ma main entre les siennes tout en fouillant dans ses souvenirs... « Yves Jobin, je me souviens, Mad Dog Vachon lui avait fait peur en lançant des chaises », raconte l’étoile de la lutte professionnelle, faisant référence aux entrevues des lutteurs à la station de télévision locale CJPM-TV.

Il se souvient aussi de la nuit du 23 au 24 décembre 1985 alors que les lutteurs Pierre « Mad Dog » Lefebvre et Camille Tourville (Tarzan « La Bottine » Tyler), de même que l’arbitre Adrien Des Bois, ont trouvé la mort dans un accident de voiture après un gala de lutte au Centre Georges-Vézina dans la courbe du Camp Mercier dans le parc des Laurentides. « C’était terrible, nous avions continué la tournée avec la photo des lutteurs sur les affiches. Nous avions dû les remplacer. C’était un triste moment », dit-il.

« Je touche au nostalgique et les gens aiment ça. Ce que j’ai de plus précieux après toutes ces années, ce sont mes souvenirs », témoigne Jacques Rougeau qui souhaite aux gens de vivre pleinement pour le simple plaisir de s’en rappeler plus tard.

C’est un homme rieur, d’une grande douceur. Il appelle sa conjointe « mon amour » quand il lui adresse la parole et vous demande tout de suite s’il peut vous tutoyer pour créer immédiatement une belle intimité. Philosophe à ses heures, ses conférences traitent aussi de la nature humaine et des différents combats à mener. « Nous ne sommes jamais plus grands que l’entourage qui nous supporte », dit-il pour souligner l’importance de considérer les gens qui nous entourent.

Récompense pour les jeunes

En plus de ses conférences-spectacles, Jacques Rougeau s’est lancé dans une action bénévole pour contrer l’intimidation en organisant depuis 18 ans des rencontres dans les écoles du Québec pour sensibiliser les jeunes. « Je me rends dans une vingtaine d’écoles chaque année, bénévolement, pour expliquer aux jeunes comment on peut désarmer un intimidateur. On n’a pas besoin d’une force excessive pour contrer la violence et il ne faut jamais oublier que l’union fait la force », dit-il.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, le lutteur a subi de l’intimidation au cours de sa carrière de lutteur et il a failli tout abandonner.

« Je me suis fait tabasser dans un vestiaire en 1989 par deux lutteurs, les British Bulldogs, dans le cadre d’un événement en Floride, parce qu’on avait des désaccords. Ils m’ont fessé à coups de pied alors que j’étais au sol et ils m’ont laissé baigner dans mon sang, continuant à m’intimider par la suite. Il y avait 11 lutteurs autour et personne ne m’a défendu », raconte Jacques Rougeau, prouvant qu’il y a toujours un plus gros et un plus fort que toi pour t’intimider.

« Je voulais tout abandonner par la suite. J’ai réussi à m’en sortir et c’est par la suite que ma carrière s’est enflammée, que j’ai gagné des championnats et que j’ai remporté une victoire contre Hulk Hogan. J’aurais pu rater ma carrière à cause de l’intimidation et c’est pour ça que je fais le tour des écoles pour sensibiliser les jeunes », confie l’homme au cœur tendre après 41 ans de carrière.

Dernier combat

Comme son père Jacques sr l’a fait avec ses fils (Jacques, Raymond et Armand), notre lutteur légendaire livrera un dernier combat avec ses trois fils dans l’arène, le 18 août au Stade Uniprix à Montréal. « Je monterai dans le ring avec Cédric, Émile et Jean-Jacques pour mettre fin à 75 ans de luttes pour la famille Rougeau. Ce sera mon dernier combat. »

Avec l’humour qui teinte ses conférences-spectacles, il me dit, en me serrant le bras : « Tu devrais voir mon fils Cédric : il mesure 6’7’’ et pèse 325 livres, c’est un vrai monstre, il ressemble à sa mère », dit-il en riant.

Pour ce dernier combat, Jacques Rougeau veut rassembler 5000 jeunes de 12 à 16 ans au Stade Uniprix (parc Jarry). « Présentement, 43 écoles de partout au Québec, dont l’école Sacré-Cœur de Jonquière, offriront la chance à 50 élèves d’assister à ce combat où la lutte contre l’intimidation sera à l’honneur. Un peu comme Pierre Lavoie offre des récompenses aux jeunes qui ont de saines habitudes de vie, je veux offrir une récompense à ceux qui ont de bons comportements à l’école », détaille le bienfaiteur qui sollicite des commanditaires pour chaque école afin de défrayer les coûts de transport, de nourriture et d’hébergement. 

« Peux-tu remercier l’avocat Charles Cantin pour les billets, IGA Saint-Hubert de Jonquière pour les repas et Hugo Gilbert d’Intercar pour le transport ? Ces gens ont accepté de m’appuyer », a-t-il demandé.

Il reste encore des billets pour la conférence du samedi 20 janvier à La petite grenouille, les soirées de jeudi et vendredi affichant complet.