Josée Néron est la nouvelle mairesse de Saguenay.

Le boys club n'est pas mort

TRIBUNE / Notre chroniqueuse Isabel Brochu s'exprime sur l'élection de femmes à la mairie de villes telles Saguenay et Montréal.

Plusieurs personnes, dont des féministes, se réjouissent de la venue d’une femme à la tête de Saguenay. Avec raison. La présence d’une femme à la mairie de Saguenay est d’abord et avant tout une avancée démocratique. Un plafond de verre est brisé, une femme est enfin élue à ce poste occupé depuis toujours par des hommes. Toutefois, le problème de parité demeure entier et gangrène ce palier décisionnel. Rappelons qu’il n’y a que deux femmes élues comme conseillères, une représentation de 13 % de femmes au conseil (18 % avec la mairesse). Une diminution par rapport à l’ancien conseil (26 % de femmes). Il s’agit donc d’un recul important en terme de parité. De plus, quatre des conseillers réélus (Carl Dufour, Simon-Olivier Côté, Jonathan Tremblay et Marc Pettersen) étaient sous l’ancienne administration et n’ont jamais levé le petit doigt, ni ouvert la bouche, pour défendre Josée Néron, Christine Boivin et Julie Dufour alors qu’elles étaient victimes de propos et attitudes sexistes inacceptables. Non, le boys club ne meurt pas avec l’arrivée de Josée Néron.

Un boys club n’est pas seulement un groupe, réseau ou organisation où il y a plus d’hommes que de femmes. Si c’était une question mathématique, ce serait réglé depuis longtemps. Il y a des causes sous-jacentes qui freinent l’atteinte de la parité dans les lieux décisionnels. Un boys club c’est surtout une façon de penser, de s’entraider entre « chums » et, évidemment, d’obtenir, d’organiser et de se maintenir le pouvoir. Les nombreuses publications de la page Facebook « Décider entre hommes » en fait une démonstration par la photographie. J’ai mentionné récemment, dans une chronique, que des recherches montrent que la ville est faite « par et pour les hommes ». Voilà l’ampleur du travail : changer fondamentalement le caractère masculin de l’organisation municipale. Atteindre la parité est donc un idéal et, sans être une garantie, un des moyens de se débarrasser des boys clubs. Souhaitons que Josée Néron soit soutenue par des collègues, femmes et hommes, pour amorcer un réel changement de paradigme à l’hôtel de ville de Saguenay. En 2016, l’ancien conseil municipal de Saguenay a signé le manifeste pour une gouvernance locale et régionale porté par Récif 02. Espérons que cette volonté soit encore présente et qu’elle s’exprime par des gestes concrets. Pensons par exemple à l’adoption d’une politique de parité dans la composition de tous les comités ou commissions relevant du conseil municipal. Inutile de nous servir le faux argument des compétences, il va de soi pour les féministes. Évidemment, le fait de n’avoir que deux conseillères rend la tâche difficile et montre bien comment se reproduisent les problèmes de parité.  

Les féministes ne sont pas de grandes naïves. Si elles se réjouissent de la venue d’une mairesse à Saguenay, elles connaissent les écueils du chemin qui reste à parcourir avant d’atteindre la parité et encore plus l’égalité. Il y a des inégalités économiques et sociales à Saguenay. Les politiques municipales peuvent améliorer la situation. Toutefois, plusieurs d’entre elles persistent parce qu’elles relèvent d’un système économique qui, lui aussi, est rempli de boys clubs qui reproduisent les inégalités. Josée Néron ne peut à elle seule porter le poids du changement parce qu’elle est une femme et la première mairesse. Souhaitons que les conseillers se prononcent enfin sur cette question. Ce serait trop facile de lui faire porter l’odieux d’un système conservateur qui maintiendra une résistance sans faille.

Ne boudons pas cette victoire : une première femme a été élue à la mairie de Saguenay. Pendant la campagne, elle a défendu son programme sans attaque personnelle ou insulte envers les autres. Elle a donné un nouveau ton. Que s’élèvent maintenant d’autres voix dans ce conseil municipal pour l’appuyer dans l’application d’une parité et de politiques visant à atténuer les inégalités entre les hommes et les femmes à Saguenay. 

Isabel Brochu