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Le Bon Dieu n’est pas un monstre !

CHRONIQUE / Comme tout le monde, en ces temps de COVID-19, je reçois mon lot de messages quotidiens. Il y en a de tous les types : encouragements, pensées positives, vidéos loufoques, conseils pour se protéger du vilain microbe, réflexion sur l’avenir du monde après la crise sanitaire, etc.

Mais je reçois aussi des messages qui me laissent perplexe. Dieu y est présenté comme le responsable total ou partiel de la pandémie. En envoyant ce terrible fléau, il voudrait nous avertir, nous faire subir une épreuve ou nous punir. Le ton est souvent sévère et austère. Parfois, aussi, il est plus léger et sympathique, comme dans cette vidéo aux images belles et saisissantes où un enfant prénommé Corona pose des questions à son « papa » qui veut l’envoyer semer la mort, la douleur et la confusion sur la Terre. Papa répond d’une voix posée et amicale en mentionnant tous les désastres écologiques dont les humains se sont rendus coupables. Il finit par conclure qu’il faut bien leur donner une leçon pour qu’ils cessent de détruire la vie sur Terre. Corona, satisfaite des arguments de son papa, s’empresse de dire : « J’y vais ! »

Malaise

Qui est donc ce père, sinon Dieu ou une autorité suprême disposant de tous les pouvoirs ? Je ressens un immense malaise à l’idée d’appeler « Bon Dieu » quelqu’un prêt à semer délibérément dans le monde la maladie, la mort, l’inquiétude, la solitude, la détresse et la débâcle économique. Comment pourrait-on appeler « Bon Dieu » un être qui agirait ainsi sous prétexte de nous remettre dans le « bon chemin » ?

Ce Bon Dieu serait un monstre. Je serais la première à refuser d’y croire.

La manière la plus complète et la plus juste de parler de Dieu est, quant à moi, celle de la première lettre de Jean : « Dieu est Amour ». (1 Jn 4,8.16)

Ceci dit, la crise peut tout de même nous faire réfléchir sur notre mode de vie. Il est probable que bien des souffrances liées à la crise climatique nous atteindront dans les prochaines années et décennies. Mais il s’agira strictement d’un rapport de causes à effets, pas d’une punition divine.

Oui, mais…

Des petits malins pourraient toujours apporter l’objection suivante : il est question de « pleurs », de « grincements de dents » et de « châtiments » dans les évangiles, et même dans la bouche de Jésus. Oui, c’est vrai ! Mais ces textes demandent à être bien interprétés. Quand Jésus évoque ténèbres et autres fournaises de feu éternel, il ne cherche pas à donner une description réaliste de l’au-delà. Il use plutôt d’une pédagogie particulière pour faire réfléchir son auditoire à sa manière de vivre sa vie aujourd’hui. Ses paraboles montrent, avec images et symboles, où mènent les chemins que l’on choisit d’emprunter. Un chemin d’égoïsme, de repli sur soi, de course à l’avoir et sans souci des plus vulnérables mène aux ténèbres d’une solitude désolante. Au contraire, un chemin de partage, de compassion et de don mène au plein déploiement de cette réalité relationnelle appelée « Royaume de Dieu ». C’est bien ce que disent les images de noces et de joyeux banquets.

Le critère « grand-mère »

En terminant, j’aimerais vous proposer un critère qui n’a rien de théologique pour évaluer les choses. Vous qui êtes père, mère, grand-père ou grand-mère – c’est mon cas –, enverriez-vous une maladie potentiellement mortelle à vos enfants ou petits-enfants pour leur donner une bonne leçon ? Le feriez-vous ? Je suis certaine que non ! Le Dieu Père au coeur de Mère ne le fait pas non plus.

Anne-Marie Chapleau, bibliste

Institut de formation théologique et pastorale