Cantique des cantiques, de Linda-Pierre Bélanger

L’art, chemin vers une terre sacrée

CHRONIQUE / Lorsque j’étais enfant, je m’intéressais à l’alchimie. C’était ma façon de m’exprimer. Étant de nature timide, j’aimais créer. Plus tard, cela m’a amené à regarder les tableaux et à comprendre comment ils étaient faits. Sans tambour ni trompette, la peinture s’est présentée à moi. Cette forme d’art est devenue un médium à travers lequel je pouvais dorénavant m’exprimer. Elle pouvait me permettre de reconnaître ce qui, en moi, était enfoui, caché.

J’ai commencé à étudier dans de petits ateliers. Voyant mon potentiel, les professeurs m’ont poussée à aller plus loin. Ce qui m’a amené à donner des ateliers. Ensuite, je suis allée étudier les arts à l’université. Plus j’apprenais, plus je voulais apprendre. J’étais fascinée.

Témoigner de la beauté à travers la peinture

À travers la peinture, je portais le désir de témoigner de la beauté de la création. Je trouvais l’être humain aussi beau. Je souhaitais donc exprimer ce que je voyais pour nous permettre d’aller encore plus loin que l’image que nous pouvions voir. Au-delà de l’image picturale, je voulais voir ce qu’il y avait de plus profond. J’arrivais à le dessiner, à le peindre. Je désirais qu’il y ait une âme. Je souhaitais qu’en elle-même, la peinture devienne un témoignage.

Avec les années, j’ai saisi de l’intérieur que c’était l’art sacré qui m’attirait le plus, qui m’invitait et qui me faisait risquer. Je ne parle pas ici du sacré dans le sens nécessairement religieux, mais plutôt dans le sens du mystère, du secret. S’il y a parfois des choses plus apparentes, certaines sont voilées et ne demandent qu’à être mises en lumière. Que ce soit les éléments de la nature ou encore l’être humain, il y a quelque chose de beau, quelque chose dont la valeur mérite qu’on s’y attarde. La beauté peut parfois être défigurée ; il m’appartient alors de la valoriser, de l’exposer dans ce qu’il y a de plus beau et de plus grand. C’est la définition que je donne au caractère sacré. Mais j’y ajoute également un lien avec la foi qui m’habite. Lorsque je peins des scènes de la vie quotidienne, celles-ci m’inspirent des paroles d’évangile. Lorsque je peins, je crois qu’il y a quelque chose du Divin, quelque chose du Créateur, qui crée à travers moi et qui donne vie à ce que j’exprime sur la toile.

Pénétrer sur une Terre sacrée

Lorsque les gens regardent mes tableaux, je leur souhaite de les contempler en ayant l’impression de pénétrer sur une terre sacrée. Je leur souhaite d’être à l’écoute de leurs sens, d’être à l’écoute de ce que le tableau leur révèle, que ce soit de la joie, de la peine, de la colère, voire de l’extase. Il ne faut pas que ça reste vide, sinon ce n’est pas de l’art. Ça devient un objet décoratif qui ne peut qu’être beau en soi. Je suis d’accord avec le fait qu’il faut témoigner aussi de la beauté. C’est quand même bien, mais ce n’est pas ce que je recherche avec mes tableaux.

Je suis habitée par la profonde conviction que l’on peut écrire un tableau au même titre que l’on peut « écrire une icône ». Toutefois, je ne prétends pas que ce qui se dégage de cette écriture à laquelle je souscris soit la même pour les personnes qui ont comme vocation d’écrire une icône. Mais je demeure persuadée qu’un tableau peut révéler quelque chose qui est caché en soi-même.

L’art devient mon outil de travail

Lorsque j’anime des ateliers ou encore des retraites, l’art devient mon outil de travail. J’aime utiliser les différents médiums comme du papier, des roches, de l’argile, des crayons ou de la peinture. Ce sont toutes ces différentes matières que j’utilise pour permettre aux gens de trouver le silence, un silence qui traverse l’angoisse. L’oeuvre qui va être bonne n’est pas celle qui vient du premier jet. C’est toute l’action qu’on fait avant, comme un réchauffement, qui permet de laisser émerger ce qui est profondément en nous ou, encore, pour ceux et celles qui sont habités par la foi, de laisser émerger le plus « grand des artistes » qui est Dieu ou Jésus, que j’aime appelé le Christ artiste ou, encore, l’Esprit qui, sous sa mouvance, permet de créer un mouvement dans la toile.

Pour des personnes ayant vécu une épreuve, l’art peut leur permettre de se reposer, de se concentrer. Quand on est capables de faire silence, de créer un espace autour de nous, c’est là que Dieu parle au coeur. Et ça devient pictural, coloré, sacré, libérateur, thérapeutique.

Là aussi, il y a quelque chose de sacré. En m’inspirant de la pédagogie ignacienne, où chaque personne puise ses richesses et poursuit à sa façon l’oeuvre de la création, j’invite chacune d’entre elles à sonder au fond d’elle-même ce qui a du sens et à l’exprimer au moyen de l’art.

En ce qui me concerne, le fait de peindre m’apporte calme et sérénité. Et chaque fois que je peins, je sens que je suis à la bonne place.

Linda-Pierre Bélanger, artiste peintre