L’accompagnement spirituel au féminin

CHRONIQUE / Le point de départ de cet écrit est une question que l’on me pose souvent quand on apprend que je donne de l’accompagnement spirituel : « Il ne faut pas être un prêtre pour faire ça ? » Eh bien non ! Une femme peut être accompagnatrice spirituelle, et c’est un métier qui répond à des besoins actuels. Même si nos contemporains ont déserté la religion et les églises, ils n’ont pas pour autant tourné le dos à l’univers du spirituel. Loin de là ! Nous observons un réel attrait pour ce qui concerne la spiritualité, comme en témoigne l’abondance de la littérature spécialisée et populaire.

Une alliance entre deux personnes

Cependant, une question se pose : comment avancer sur le plan spirituel sans s’égarer et sans être victime de ses illusions ? C’est là que l’accompagnement spirituel trouve toute sa place. On pourrait le définir comme une alliance entre deux personnes qui cherchent à discerner ensemble la volonté de Dieu. Le féminin s’accorde aussi bien que le masculin avec les termes de cette définition.

Étant moi-même une femme, nouvellement formée en accompagnement spirituel, je me suis intéressée à la question de l’accompagnement au féminin. D’un côté, j’entendais l’étonnement de personnes de mon entourage de me savoir accompagnatrice spirituelle ; et de l’autre, je me revoyais en formation au centre de spiritualité Manrèse de Québec, entourée de femmes, formatrices et en formation comme moi.

Le père Philippe Plet, un religieux du diocèse de Carcassonne, en France, ne manque pas de préciser qu’il n’y a aucune restriction pour les femmes dans le domaine de la direction spirituelle et que certaines moniales ont exercé ce ministère dès l’époque des moines du désert aux IIIe et IVe siècles.

Donner sa propre couleur à l’accompagnement

Homme ou femme, la personne qui accompagne a pour mission de se faire compagnon ou compagne de l’autre dans son cheminement spirituel. Cependant, ce rôle de guide a ses particularités lorsqu’il est exercé par une femme. Selon Philippe Plet, « la direction spirituelle exercée par une femme aura sa tonalité propre ». Pour lui, l’accompagnement par une femme se vivra plus en douceur. Une femme est généralement plus soucieuse du détail et plus portée à mettre en valeur les aspects lumineux de l’expérience spirituelle de la personne. Elle est plus affective dans sa façon d’écouter et de soutenir la personne accompagnée. Toujours selon Philippe Plet, la sensibilité aux aspects psychologiques et la subtilité d’une femme peuvent aider la personne accompagnée à aller plus loin dans la connaissance de soi.

Un appel

Pour ma part, je ne me suis jamais demandé si une femme pouvait être accompagnatrice spirituelle. J’ai répondu à une interpellation en acceptant de me donner une formation sérieuse parce que je croyais, et que d’autres aussi y croyaient, que je pouvais m’investir dans ce ministère auprès de mes frères et soeurs en recherche spirituelle. Mon cheminement et ma pratique de l’accompagnement spirituel me confirment l’importance que des femmes s’y investissent.

Comme c’est le cas dans d’autres domaines de la relation d’aide, l’apport des hommes et des femmes contribue à faire de ce ministère un service qui saura répondre à la diversité des demandes.

Tous en chemin !

Peut-on accompagner le cheminement spirituel des autres sans prendre soin du sien ? Bien sûr que non ! La personne accompagnatrice est tout autant en chemin que ceux et celles à qui elle offre son expertise en discernement spirituel. Elle se fait elle-même accompagner par un guide sûr.

Mais également, elle approfondit son propre appel et explore d’autres dimensions de sa spiritualité et de sa foi au contact des personnes accompagnées. Il y a donc ici une réciprocité dans le don.

En ce sens, accompagnants et accompagnés sont frères et soeurs sur un chemin partagé. Cela ne veut pas dire qu’on puisse s’improviser accompagnatrice ou accompagnateur. Pour développer une vraie expertise et offrir un service de qualité, il faut accepter de recevoir une solide formation, et de développer les compétences, attitudes et aptitudes qui traduisent bien la conviction profonde que l’humain peut vivre toujours plus intensément et plus profondément sa relation au divin.

Les femmes, sur ce point, ne diffèrent pas des hommes, peu importe de quel côté de la relation d’accompagnement elles se trouvent !

France Fortin,

professeure à l’Institut de formation théologique et pastorale

responsable du service diocésain d’accompagnement spirituel

intervenante occasionnelle en soins spirituels et religieux au CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean, hôpital de Chicoutimi