Photo 123RF

La vie consacrée a-t-elle encore sa place?

CHRONIQUE / Lorsque j’étais enfant, dans ma petite école de paroisse, nous avions eu la visite d’une soeur habillée de blanc avec un ceinturon bleu. J’étais éblouie de la voir et de l’entendre parler de ce qu’elle faisait en « mission » dans un autre pays. C’était la coutume de recevoir des personnes consacrées qui visitaient les familles et les écoles, qui nous parlaient de Jésus, de l’appel à le suivre et de la grandeur à lui consacrer toute sa vie.

Ces visites faisaient variété avec le quotidien et nous laissaient quelque chose dans le coeur. Pour plusieurs jeunes comme moi, ce fut le début d’un cheminement, d’un questionnement et d’une profonde réflexion. Moi qui voulais devenir une Muriel Millard plus tard. Ce rêve de jeune fille a fait place à cet engagement que je vis depuis plusieurs d’années.

Qu’en est-il aujourd’hui de cet engagement dans la vie consacrée ? Comment se manifeste-t-il ? Que s’est-il passé entre la visite d’une religieuse missionnaire dans une petite école de paroisse, dans un passé pas si lointain, et l’absence quasi totale sur la place publique de ces femmes et de ces hommes engagés en vie religieuse aujourd’hui ?

En effet, avec les années, l’âge des membres des communautés religieuses s’accumulant, elles qui avaient de grandes maisons, des écoles, des collèges et d’immenses hôpitaux, ont dû se défaire de ces édifices. Ils sont maintenant, soit passés à l’État, loués à différents organismes ou en vente. C’est la réalité, telle qu’elle est aujourd’hui. Avec un certain pincement au coeur, nous nous demandons ce qu’il va arriver ?

Ces différents édifices avaient leur raison d’exister en raison du fait que les personnes de vie consacrée étaient en grand nombre. Il fallait les loger et donner des espaces aux jeunes auxquels elles enseignaient, aux malades qu’elles soignaient, aux orphelins qu’elles accueillaient et aux personnes âgées dont elles prenaient soin. Plusieurs de ces services sont, aujourd’hui, pris en main par des organismes communautaires et animés par des groupes de personnes qui se donnent, avec amour et générosité, pour le bonheur de leurs soeurs et frères dans le besoin.

L’ouverture à la mondialisation, aux changements technologiques, aux avancées scientifiques et aux autres réalités a contribué à changer le visage de la société. La vie consacrée et religieuse elle-même, vécue autrefois en groupe communautaire, est aussi en transformation. Le proverbe turc « Les nuits sont enceintes, et nul ne connaît le jour qui naîtra » est juste et applicable aujourd’hui pour cette façon de vivre. Que sera la vie consacrée demain ?

La réponse est en train de germer...

Les questions qui se posent auront des réponses différentes, ajustées à la réalité nouvelle. Une chose est certaine : la vie consacrée demeurera, et il y aura toujours des personnes qui choisiront de répondre à cet appel radical.

Dans un message adressé à la Conférence épiscopale des religieux espagnols, qui a eu lieu à Madrid, en Espagne, du 13 au 15 novembre 2018, le pape François invitait ces religieux à « regarder avec confiance l’avenir de la vie consacrée et à se laisser désorienter par les surprises de Dieu qui nous aident à sortir de nos fermetures mentales et spirituelles ».

L’appel à la vie consacrée persistera, mais elle sera vécue autrement. Il y a de petites pousses qui naissent, des jeunes qui cherchent avec sincérité le sens de leur vie, et certains risquent un espace intérieur pour se laisser questionner et écouter les appels. D’autres osent entreprendre librement un chemin nouveau, à la suite de Celui qui appelle au don de soi dans les voeux religieux, que ce soit au coeur du monde ou retirés dans une vie monastique. Des tentatives s’expérimentent pour trouver une bonne formule, un soutien à ces personnes appelées et les ajustements à opérer.

Cela ne veut pas dire que les personnes consacrées, qui ont vécu toutes ces années, n’ont plus leur place encore aujourd’hui. Dans une présence discrète, soutenue par la prière et l’adoration, ces femmes et ces hommes continuent à besogner pour que le monde soit plus beau.

Oui, la vie consacrée a sa place dans ce monde en changement. Elle a aussi besoin de guetteurs qui reconnaissent la vie, qui éclatent là où on ne l’attend pas et qui, surtout, se laissent surprendre par l’inattendu.

France Croussette,

Déléguée de l’évêque aux communautés religieuses