Les installations de Port Saguenay.

La variable Port Saguenay

CHRONIQUE / Quatre projets sont sur la table : Métaux BlackRock (MBR), le port sur la rive nord, l’usine de gaz liquéfié (GNL) et le gazoduc. Le cinquième, passé sous silence, est l’usine cryogénique pour les opérations de MBR (on apprend beaucoup en lisant les rapports). Ces projets ont tous un lien avec l’Administration portuaire de Saguenay (Port Saguenay) qui est, somme toute, peu interpelé dans les débats.

Pourtant, le rapport du BAPE sur MBR, et la déclaration de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) qui donne son accord au 3e port, s’adressent à cet organisme fédéral sur des enjeux majeurs. Cette situation se répétera évidemment pour GNL et le gazoduc.

Port Saguenay est une organisation fédérale autonome relevant de Transport Canada. Son conseil d’administration est composé de sept personnes du milieu des affaires de la région, dont deux sont choisis par les gouvernements du Canada et du Québec et un autre par Saguenay. Le ministre Marc Garneau nomme les quatre autres (sur recommandations des usagers du port). 

Légalement, Port Saguenay n’a aucun compte à rendre au gouvernement du Québec, encore moins à la Ville de Saguenay. Il est évidemment dans son intérêt de collaborer. Mais le fait est que, dans le cas contraire, le gouvernement du Québec n’a pas de prise légale sur ses décisions. Les députés fédéraux Richard Martel et Karine Trudel pourraient, par des pressions politiques par exemple, exercer une certaine influence. 

Surtout s’ils appuient les projets, ce qui est le cas. Le BAPE relève du Québec. La Commission d’enquête présente donc une analyse détaillée liée aux champs de compétences québécois : faune, végétation, milieux humides, santé publique, risques, gaz à effet de serre. 

Le trafic maritime, majeur dans le débat, relève du fédéral. Cela n’empêche pas la Commission de pointer l’importance des impacts sur le trafic maritime et d’affirmer son inquiétude face à l’avenir. De fait, la zone industrialo-portuaire (ZIP) compte une vaste superficie pour accueillir d’autres projets industriels. MBR et GNL ne sont que le début. 

Elle invite donc Port Saguenay à faire un suivi des impacts cumulatifs de toutes les activités, présentes et futures, de la ZIP : transport routier, par train et par la voie maritime. Il faut une confiance en béton armé pour ne pas s’en mêler. On se demande où les élus puisent leur belle assurance.

La construction du 3e port (4e avec Rio Tinto) est de compétence fédérale. Il n’a pas été soumis au BAPE, mais à l’ACEE. Catherine McKenna, ministre fédérale de l’Environnement et des Changements climatiques, énumère 70 conditions que Port Saguenay doit respecter pour protéger l’environnement : mammifères marins, poissons, oiseaux, patrimoine naturel et culturel et santé humaine. L’organisme est invité à « collaborer » avec les autorités provinciales et municipales.

Il est troublant et aberrant que des enjeux environnementaux et de santé publique reposent sur un conseil d’administration dont les nominations sont politiques. Les membres ne peuvent pas représenter la population. 

Le gouvernement du Québec n’a pas de pouvoir sur une des questions au cœur des préoccupations : les impacts cumulatifs de l’augmentation du trafic maritime et ceux du 3e port (esthétiques ou autres). 

Aux sceptiques, je rappelle que le gouvernement Couillard est allé en cour suprême contre Port Québec pour l’obliger à appliquer les lois environnementales et de santé publique du Québec. Le Québec a perdu ! Dans le dossier des poussières rouges de Limoilou, deux citoyens poursuivent ce port, qui dépense 2,5 millions pour sa défense, et refuse de reconnaître ses responsabilités et dédommager la population. Le Port de Québec ne collabore pas. Et si Port Saguenay, face à des contestations, faisait la même chose ?

Nous sommes face à des enjeux démocratiques fondamentaux, dont celui de décider du développement de « notre » territoire, où nous ne sommes manifestement pas les maîtres. Avant de les régler politiquement ou légalement, on peut toujours jaser avec Port Saguenay. C’est si rassurant.