Le président de la société minière Métaux BlackRock, Jean Rainville.

La valeur de l'or bleu de Saguenay

OPINION / Le projet de BlackRock consiste à opérer une usine de deuxième transformation de concentré de fer en fonte brute et ferrovandium sur le site de Grande-Anse. Outre l’usine, il faut construire une conduite de 15 km pour le gaz naturel, aménager une ligne de 10 km pour l’électricité et bâtir un réseau d’aqueduc pour approvisionner l’usine en eau potable. Cette partie a été davantage médiatisée en raison de l’opposition des agriculteurs à la captation dans la nappe phréatique. Saguenay a organisé une seule rencontre, à Laterrière, en réaction à leur inquiétude. De son côté, BlackRock fait la promotion de son projet depuis plusieurs mois auprès d’élus et organisations économiques (individuellement). Hydro-Québec informe les propriétaires localisés près du tracé de la ligne électrique. Une organisation fédérale analysera les impacts du trafic maritime.

La logique commande une procédure d’audiences publiques (BAPE) devant couvrir tous les éléments liés à l’usine BlackRock : opération de l’usine, pompage d’eau, ligne électrique, conduite de gaz et trafic maritime. C’est la seule façon d’avoir un juste bilan global. C’est le gouvernement du Québec, par l’entremise du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (DDELCC) qui devrait exiger cette analyse. Les lois ne le permettraient pas. Pourrait-on minimalement intégrer le pompage d’eau aux audiences du BAPE sur l’usine ? Selon ce ministère, « les projets de pompage d’eau souterraine ne sont pas assujettis à la procédure. Le projet d’approvisionnement en eau de la zone industrialo-portuaire est un projet de la ville et non de Métaux BlackRock. Il s’agit donc de deux projets distincts». Nuançons : les deux projets sont interdépendants. C’est un choix politique de ne pas les évaluer simultanément. C’est une tendance, sinon une tactique, de séparer les éléments d’analyse d’un projet et, de surcroît, d’éclater la consultation auprès de petits groupes ou à l’échelle microlocale. Cette multiplication épuise les groupes de contre-pouvoir qui sont pratiquement les seuls à avoir des ressources pour déposer des mémoires et apporter d’autres points de vue. Cette approche nous prive aussi d’une vision complète des impacts réels. On nous martèle que les retombées sont régionales ou, à tout le moins, saguenéennes. N’est-il pas logique d’en mesurer les coûts et risques globaux ? 

Le pompage d’eau soulève à lui seul bien des questions. Malheureusement, Saguenay semble adopter la même approche, à la pièce. Organiser une rencontre à Laterrière était le minimum requis. On m’a rapporté que peu de données scientifiques ont été présentées. Rien sur le site Internet municipal pour les gens qui n’ont pu assister à l’unique séance. L’eau potable est un enjeu planétaire. Le ministère la reconnaît comme un patrimoine collectif que l’État doit protéger. Peut-on considérer au moins qu’il s’agit d’un enjeu saguenéen ? La Ville consacrera des fonds publics importants pour cette usine. Elle est donc une partenaire promotrice et se place, de fait, en conflit d’intérêts : intérêt des citoyens, protection de l’eau, création d’emplois (lobby du privé). Un représentant du ministère m’a confirmé que Saguenay peut demander à la ministre de soumettre le pompage d’eau à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement. Qu’elle le fasse. Il faut une procédure rigoureuse et impartiale avec des données scientifiques pour cadrer le débat sur autre chose que des opinions. Plusieurs élus nous ont vendu un mandat basé sur l’information et la transparence. Voilà l’occasion. Il me semble que 800 m3 en continu, 24 heures par jour, 365 jours par année, pendant au moins 25 ans, c’est beaucoup d’eau potable pour une industrie. Avons-nous le pouvoir de dire non ? Prendrons-nous les moyens de déterminer pourquoi nous dirions « oui » à toute cette extraction de l’or bleu saguenéen ?