La maternelle à quatre ans ...

CHRONIQUE / Plusieurs questions bouillonnent dans ma tête quand je pense à la maternelle à quatre ans qui est, à mon humble avis, un projet purement utopique.

Primo : prenons un enfant né à la fin de septembre. Lors des premiers jours de sa maternelle, il n’a que quatre ans. Si la maternelle proposée par Legault est appliquée, il débutera sa vie scolaire à trois ans, juste après avoir lâché sa suce. Je veux bien croire, comme l’exprime le premier ministre, que tout se joue avant six ans, mais comment considère-t-il les compétences émotionnelles et sociales de l’enfant ? Bien sûr, le petit aura vu des lettres et des chiffres plus tôt, mais il n’aura pas profité pleinement de sa petite enfance et aura été enfermé dans un carcan de programmes et d’apprentissages structurés alors que sa vie commence à peine. Pourquoi tant d’urgence ? Pourquoi le stresser avec une cloche ?

Adieu l’estime de soi !

Secundo : c’est facilement constatable au primaire : un élève plus âgé a une plus grande facilité pour jongler avec les concepts mathématiques et linguistiques. Il est plus concentré, plus attentif, il a une meilleure motricité fine, il est plus mature, plus grand, plus débrouillard, plus vieux… Il est choisi le premier en éduc ! Évidemment, il y a des exceptions, mais en général, le plus jeune a davantage de difficulté et passe sa vie scolaire, notamment au primaire, à subir des échecs, à être habillé tout croche et à être le plus « poche » de sa classe.

Abracadabra !

Tertio : de quel chapeau magique la CAQ extirpera-t-elle les quelque 3000 enseignants et spécialistes nécessaires pour ce projet alors qu’il en manque déjà 3000, seulement au secondaire ? Ce n’est pas un secret et il suffit de travailler dans une école pour déclarer qu’il manque d’enseignants au Québec et que ce phénomène est loin d’aller en s’améliorant. Aussi, justifions cette affirmation par les faits que la profession n’est pas valorisée et que les salaires ne sont pas très alléchants.

Créer un problème

Quarto : le projet de la CAQ a pour mission première de libérer 50 000 places en garderie. Où sont les études pédagogiques des bienfaits de ce projet qui pousse, ou plutôt précipite, les petits vers leur vie scolaire ? Ici, j’y vois une stratégie pour régler un problème afin d’en créer un autre plus grave.

Allez ! Dans les roulottes !

Quinto : au moment d’écrire ces lignes, plusieurs écoles et classes sont surpeuplées dans la province. À Laval, composant avec l’immigration, c’est tellement épouvantable de voir des centaines d’enfants qui étudient dans des roulottes. C’est assez tiers-mondiste ! En région, le problème est moins criant, mais ce ne sera tout de même pas évident de loger ces nouveaux petits. Le calcul est simple, monsieur Legault songe à créer quelque 2500 nouvelles classes. Il faudra un budget monstre pour y arriver. Aussi, songera-t-on à remplacer ces roulottes qui devaient être temporaires, mais qui champignonnent depuis plus de 15 ans ?

Un peuple qui dit non !

Sexto : dans certaines écoles, des classes de maternelle de quatre ans ont été proposées. Or, elles n’ont jamais été opérationnelles, car les parents n’acceptaient pas d’y inscrire leurs enfants. Le principe d’aller à l’école trop jeune n’est pas gravé dans la liste des valeurs des Québécois. D’ailleurs, à ce titre, cent internautes ont parlé ! Sur ma page Facebook, alors que je demandais l’avis à mes contacts, seulement 5 % étaient d’accord. Les autres disaient carrément non. Et ils ont peut-être raison ! Un des pays où l’éducation est classée dans les premières positions mondiales ? La Finlande. Les enfants y commencent l’école à sept ans, 66 % d’entre eux se dirigent vers des études supérieures et 93 % terminent leurs études secondaires. Ce pourcentage est de 69 % au Québec. Il faut y réfléchir et je suis loin de croire que de passer une année de plus sur les bancs des écoles va régler le problème.