La lumière du monde

CHRONIQUE / En décembre, l’esprit de Noël s’empare de nous, dit-on. Mais qu’est-ce que cela signifie, au juste ? Et surtout, quel rapport avec le père Noël, les lutins et les cadeaux ? Pas grand-chose, à vrai dire. Ce faisant, un retour aux sources, ou à tout le moins un petit rappel historique peut s’avérer utile pour quiconque cherche à perpétuer le véritable « esprit de Noël », et ce par-delà les beaux discours et la charité facile qui ne sert bien souvent qu’à se donner bonne conscience.

Peu de gens le savent, mais Noël était à l’origine une fête païenne consacrée au Sol Invictus, divinité solaire dans le monde romain. Peu à peu, avec la christianisation de l’Occident et par souci de syncrétisme, la grande fête du « soleil invaincu » et de la lumière fut remplacée par la nativité du Christ, lui-même perçu par les chrétiens comme une lumière nouvelle venue éclairer le monde et le sauver de l’agonie. Cela dit, quand on constate ce qu’il est advenu de Noël, on est en droit de se demander ce qu’il reste de cette lumière et des valeurs originelles qui animaient cette fête. Il y a les bonnes intentions, certes, mais force est de constater qu’elles sont le plus souvent supplantées par la frénésie ambiante et la surenchère de la consommation. Pour bien des gens, Noël devient alors synonyme de stress et d’endettement, ce qui ne manque pas d’ironie pour une fête qui est censée nous ramener à l’essentiel.

Le problème, c’est qu’en se sécularisant, la fête de Noël s’est progressivement vidée de sa symbolique chrétienne pour céder toujours davantage à la tentation du consumérisme. En soi, il n’y a pourtant rien de mal ou d’anormal à ce que la dimension religieuse ait été presque complètement évacuée. Après tout, il reste au Québec bien peu de chrétiens pratiquants. Mais on peut en revanche se demander s’il est judicieux de laisser ainsi s’éteindre ou se dénaturer l’esprit de Noël, cette lumière annonciatrice d’un monde meilleur, plus juste et plus solidaire. Rien n’est moins sûr. Et c’est d’autant plus déplorable qu’il ne m’apparaît pas nécessaire d’être chrétien pour apprécier les valeurs chrétiennes et les mettre en application, et qui plus est pour reconnaître toute la richesse et la profondeur de notre héritage chrétien.

La vérité, c’est qu’il serait peut-être temps pour nous de nous réconcilier avec la part de religieux qui habite notre culture et notre histoire, et ce, en dépit de la désaffection religieuse à laquelle nous assistons depuis quelques décennies. Mais le défi est de taille, car de nos jours tout ce qui est religieux est souvent perçu comme suspect, ou au mieux comme dépassé. Et pourtant, on oublie qu’au-delà des croyances et des rites, la religion est avant tout un système de valeurs et un extraordinaire vecteur de cohésion sociale. C’est aussi bien souvent le dernier rempart contre la barbarie ordinaire, notamment contre l’individualisme radical et appauvrissant qui caractérise notre époque.

Qu’on me comprenne bien, je ne souhaite pas ici faire l’apologie du christianisme, et encore moins en appeler à un quelconque retour du religieux. Seulement, il me semble qu’en dépit de ses défauts et de ses errances, il nous faut à tout le moins reconnaître au christianisme le mérite de nous avoir transmis de grandes valeurs comme l’égalité, l’humilité et la solidarité, des valeurs « lumineuses » à travers lesquelles s’incarne justement l’esprit de Noël. Que nous soyons croyants ou non n’y change rien. Et même si Noël n’est maintenant plus une fête religieuse à proprement parler, il n’en demeure pas moins que l’authentique esprit de Noël sera quant à lui toujours intimement lié à ses racines chrétiennes.

Finalement, pour laisser le véritable esprit de Noël s’emparer de nous, peut-être devrons-nous simplement renouer avec son sens et ses valeurs originels et accepter de mettre de côté tout ce qui est superflu et superficiel. C’est probablement plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous, mais n’empêche que si Noël n’est maintenant plus qu’un simple prétexte pour consommer toujours davantage, alors il nous admettre que la lumière du monde est en train de s’éteindre.