La crise écologique: une question spirituelle

CHRONIQUE / Chico Mendès, un cueilleur de latex brésilien devenu écologiste, disait : « Je pensais d’abord que je luttais pour sauvegarder des arbres à caoutchouc avant de réaliser que j’essayais de protéger la forêt tropicale amazonienne. Je comprends maintenant que je me bats pour l’humanité ». Il a été assassiné en 1988 parce qu’il dérangeait trop les intérêts des grandes entreprises d’élevage.

Les scientifiques sérieux nous le crient sur tous les tons : la crise écologique actuelle est très grave. Tous les indicateurs sont dans le rouge : bouleversements climatiques, perte de biodiversité, dégradation des océans, etc. 

Est-ce un problème scientifique ? Sans aucun doute. Il faut chercher des issues technologiques à la crise, mais ce ne sera pas suffisant. 

Est-ce un problème économique ? Bien sûr. Notre inaction collective engloutira tôt ou tard des sommes d’argent astronomiques. 

Est-ce un problème politique ? Tout à fait. Englués dans des visions à court terme dictées par les lobbys économiques et par les enjeux électoraux, les gouvernements ne prennent pas les décisions qui s’imposent. Cependant, en parlant science, économie ou politique, nous restons encore à la surface des choses.

Les racines spirituelles de la crise

Plus profondément, l’impasse écologique actuelle nous renvoie à notre vision de nous-mêmes et au sens que nous donnons à la vie. L’enjeu fondamental est donc spirituel puisqu’il touche les fondements mêmes de notre humanité. Que faisons-nous sur la terre ? Qu’est-ce qu’une vie humaine vécue en plénitude ? Car nous aspirons tous et toutes au bonheur et à l’accomplissement.

Les chercheurs universitaires en psychologie positive (à ne pas confondre avec la « pensée positive ») confirment ce que les grandes traditions spirituelles disent depuis toujours : ce qui rend l’humain heureux, c’est la relation, la connexion avec les autres, avec la nature et avec ce qui nous dépasse, la gratitude, l’émerveillement, la compassion, l’amour.

Mais notre quête de bonheur a dévié. Alors que c’est du côté de l’être que nos aspirations légitimes au bonheur peuvent trouver réponse, nous nous sommes tournés vers l’avoir. Le développement de la science et des technologies, la révolution industrielle, puis la révolution numérique ont mis à notre disposition une diversité et une abondance de biens jamais vue auparavant ! Facile alors de succomber aux sirènes de la consommation, dont le propre est de créer un nouveau sentiment de manque dès le moment où l’objet convoité est acquis. Le cercle vicieux s’enclenche. D’une illusion à l’autre, nous voulons encore plus, toujours plus. Entourés d’objets et de gadgets, nous sommes de plus en plus coupés de la nature et des autres. Et le bonheur peut toujours attendre.

Une révolution d’abord intérieure

Heureusement, de plus en plus de voix s’élèvent pour nous inviter à revenir à l’essentiel. La solution durable à la crise écologique passe par une transformation intérieure. Prendre conscience de la situation. Se recentrer sur la vie et sur l’amour, pour avoir le courage de s’engager dans ce que le pape François appelle une « écologie intégrale » qui prend en charge toutes les dimensions du problème, en particulier sa dimension sociale. Car le fait que les plus pauvres de la planète paient la facture des riches, qui ont abusé de la nature, est un grave scandale. 

Une occasion d’être bien informés

Être bien informé fait partie des prises de conscience à faire. Sinon le risque existe de se figer dans le déni. Une belle occasion nous est fournie alors que, prochainement, deux invités de marque viendront nous parler du « Québec à l’heure des changements climatiques ». C’est un rendez-vous, le jeudi 23 novembre.

Oui, Chico Mendès avait bien raison de dire qu’il luttait pour l’humanité. Car, c’est bien notre humanité commune que vient défier la crise écologique. Seul le déploiement d’un amour enraciné dans la vie pourra la préserver.

Anne-Marie Chapleau, professeure à l’Institut de formation théologie et pastorale