Yeux fermés, crâne rempli

CHRONIQUE/ À l’école, j’aurais aimé...

Je vous invite à faire l’exercice auquel je me suis soumis lundi, après une visite que je qualifierais de marquante au Musée canadien de l’histoire de Gatineau.

« Pourquoi on n’a pas visité plus de musées à l’école ? C’est tellement concret et percutant ; j’aurais retenu tellement plus ! , ai-je lancé à mon amie d’adolescence.

– Ben non, ils vous faisaient remplir des fiches, a rétorqué sa maman.

– C’était tellement du par coeur. On se remplissait la tête de dates, mais on n’a rien retenu, a ajouté mon amie. »

La seule date que j’ai retenue est celle des Traités d’Utrecht : 1713. Parce que c’est devenu un running gag d’études. Mais avant de me rafraîchir la mémoire, je ne me rappelais ni de son essence, ni de son importance, ni du fait que je devais mettre ça au pluriel ! 

J’ai gradué du Collège de L’Assomption en 2010, en remportant plusieurs distinctions académiques, mais je ne savais pas ce qu’était un REER ; je n’avais aucune notion pour me guider vers l’autonomie financière, que ce soit pour me faire un budget d’étudiant ou pour être à mon aise quand est venu le temps de faire l’achat d’une propriété ; j’étais peu conscient des bases d’une saine alimentation ; j’étais plus ou moins informé des enjeux d’immigration et de laïcité ; pour moi, la sexualité n’était qu’un grand tabou, au même titre que la maladie mentale et que les distinctions de genre. Et pourquoi ne m’a-t-on pas parlé davantage d’environnement ? 

En faisant quelques recherches, j’ai été content de constater que plusieurs de ces avenues sont maintenant exploitées et figurent au programme des écoles du Québec, et que les gouvernements s’adaptent aux époques et tentent d’offrir un programme plus « citoyen-101 ». 

Parce que moi, j’aurais aimé avoir des cubes énergie, suivre un cours d’éducation financière, écouter un professeur me parler de sexualité sans que s’en suive un sentiment de gêne généralisé, être interpellé par une intervenante qui me sensibilise à la dépression, imaginer un menu sain avec un budget restreint, apprendre des notions de droits et jaser d’entrepreneuriat ! Nous devrions tous suivre un cours fourre-tout d’éducation sociale, où des organismes communautaires du milieu et des personnes touchées viendraient nous parler de toxicomanie, de finances personnelles, de la différence, du suicide, de l’homosexualité, de la fraude, de la violence, des maladies transmissibles sexuellement, de troubles alimentaires, des réseaux sociaux, etc. Un cours malléable selon les enjeux du moment. 

C’est bien d’avoir des bases théoriques dans chacune des matières traditionnelles, car certains seront interpellés dans une voie plus que dans une autre, mais je pense que les cours à option et que l’éducation à la vie concrète doivent être valorisés. J’aurais préféré délaisser mon cours de chimie obligatoire en secondaire 5 pour suivre un cours d’économie, de politique ou de droit, en plus de mon seul autre choix : la littérature. 

Parce que je savais à ce moment que je ne ferais pas carrière dans les sciences, même si mon enseignant de chimie m’a traité de citoyen « irresponsable » parce que son premier de classe n’allait pas en médecine. Je savais que je voulais écrire et réfléchir sur les enjeux sociaux, économiques et politiques. Le cours sur le monde contemporain m’a marqué d’une façon que celui de mathématiques avancées ne l’a pas fait. J’ai oublié toutes les formules, mais le regard que j’avais dû porter sur le Myanmar et les prises de conscience sur la diversité qui en ont découlé ne me quitteront jamais. Pour prévenir des critiques justifiées, je conviens que les parents ont un rôle d’éducation à la vie, tout comme le parascolaire, mais ayant été gâté à tous ces niveaux, je pense que j’aurais bien suivi un cours d’éducation financière quand même, à la place des 536, après déjà 10 années de mathématiques cumulées au primaire et au secondaire.

Le collégial me semble aussi un lieu tout indiqué pour nous en donner davantage. Le cours au plus grand potentiel est celui de philosophie. Le but devrait rester le même, soit de nourrir l’intellectuel et de développer son sens critique, mais on devrait davantage se coller à l’actualité. En voilà une autre négligée de l’éducation ! L’actualité mérite une place de choix pour rendre tangibles les enseignements. En terminant, je lève mon chapeau à tous les enseignants et à tous les intervenants qui débordent du programme théorique et qui offrent le petit plus qui fait une si grande différence ! Comme Madame Caroline et ses dissections au primaire, Madame Gauthier et son amour pour la culture québécoise, Monsieur Bergeron et ses expériences flamboyantes, Monsieur Troesler et son tour du monde hebdomadaire.

À l’école, j’aurais aimé qu’on m’ouvre les yeux plus qu’on me remplisse le crâne.