Une vignette pour ta moto

CHRONIQUE / Depuis le 13 septembre, à la demande de l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ) et sous recommandation du ministère des Transports, les personnes handicapées à moto peuvent se procurer une vignette de stationnement à apposer sur leur bolide. La demande est réelle, puisque 1548 conducteurs de la province ont reçu une lettre de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) les avisant de leur éligibilité à cette mesure.

Ce programme viendra satisfaire les détenteurs de vignettes qui veulent continuer de pratiquer leur passion à deux – ou trois – roues, tout en bénéficiant de la proximité des lieux, en garant leur motocyclette, cyclomoteur ou véhicule à trois roues dans les espaces réservés, en raison de leur condition de santé.

« Le service d’aide à la personne de l’OPHQ a reçu, par le passé, plusieurs appels de la part de citoyens se déplaçant en motocyclettes adaptées ou à trois roues. Ces derniers demandaient à ce qu’une disposition soit prise afin que les détenteurs de ce type de véhicule puissent obtenir une vignette de stationnement adaptée à leur motocyclette. [...] Des utilisateurs de motocyclettes accrochaient leur vignette au guidon de leur moto, par exemple, mais cette dernière était facilement accessible pour les voleurs », m’a écrit Patrick Inthavanh, agent d’information à l’OPHQ.

Les personnes concernées ont reçu une lettre de la SAAQ pour les informer de cette mesure, qui n’a pas encore été annoncée publiquement. L’OPHQ et des regroupements de motocyclistes ont été avisés.

Déjà, la SAAQ avait reçu sept demandes, en date de jeudi.

La nouvelle vignette, aussi valide pour cinq ans, est autocollante et doit être apposée au coin supérieur droit de la plaque d’immatriculation. Les frais d’émission sont de 16,80 $, un coût qui sera indexé annuellement.

Aptes à conduire ?
N’ayez pas peur : les conducteurs sont bel et bien aptes à conduire un bolide à deux ou à trois roues. Car des professionnels de la santé doivent remplir les demandes de vignette.

Je suis un bon exemple : on m’a retiré, avec raison, les classes de permis concernées. Vous ne me verrez donc pas me garer dans un espace bleu avec un motocycle.

Oui, des personnes qui doivent composer avec des limites physiques peuvent conduire une moto. « Il peut s’agir, par exemple, de personnes qui sont aptes à conduire, mais qui souffrent de problèmes cardiaques ou respiratoires qui réduisent leur capacité à se déplacer normalement, par exemple un individu qui a un problème pulmonaire ne lui permettant pas de marcher sur une longue distance. Certains handicaps ne sont pas nécessairement visibles », rappelle Sophie Roy, relationniste auprès des médias pour la SAAQ.

À la surprise générale
J’ai discuté de cette mesure avec des amis, dont certains aux prises avec un handicap, et des collègues. Les réactions sont partagées. Certains applaudissent cette mesure ; d’autres restent perplexes. Mais tous sont surpris !

« Mon chum, s’il devenait handicapé, mais pouvait quand même faire de la moto, il voudrait [avoir la vignette]. Il est tellement passionné », m’a souligné une consoeur.

« Hein ! C’est hot ! », m’a répondu une amie qui doit se déplacer à l’aide d’une marchette.

« Je comprends plus pour les Spyder (à trois roues), mais en moto, ça prend une certaine capacité physique. Si la personne arrive à conduire une moto, elle peut sûrement stationner plus loin que moi. Et moi, j’ai besoin de la largeur du stationnement pour ma rampe », m’a dit une autre personne, qui, elle, doit se déplacer en fauteuil motorisé.

« Comment tu peux conduire une moto en étant handicapé ? », m’ont demandé plusieurs.

Je ne suis pas surpris de cette réaction, tout en restant bien ouvert à cette mesure. Car il faut faire confiance aux médecins qui remplissent les certificats, et je suis bien content si certaines personnes handicapées peuvent ainsi continuer de pratiquer leur passion.

Mais j’avoue que d’arriver devant un grand espace bleu occupé par une toute petite moto me causerait sans doute une petite montée de colère. Car j’ai aussi besoin de la largeur des cases. Autrement, je suis prisonnier de mon véhicule.

Toutefois, ma condition ne nécessite pas réellement la proximité. En fauteuil motorisé, faire 10 mètres ou 100 mètres, ça ne me fatigue pas plus. Mais il n’est pas toujours sécuritaire de traverser un grand stationnement en fauteuil ! Je risquerais de me faire happer.

Un de mes supérieurs a lancé une idée intéressante à l’occasion d’une discussion à plusieurs dans notre salle de rédaction : « Il pourrait y avoir deux grades de stationnement. Un grade serait pour les personnes avec un handicap majeur ; l’autre, pour les personnes avec un handicap un peu plus mineur. »

J’ai soumis cette idée à la SAAQ, et voici la réponse : « Pour le moment, seulement 1 % des vignettes de stationnement seront spécifiques aux motos. Le volume ne justifie pas la modification des normes sur les vignettes. »

Même son de cloche quand j’ai demandé si l’aménagement de cases pour motocyclistes handicapés était étudié. La SAAQ affirme également qu’il n’est pas envisagé de modifier le ratio ou les dimensions des espaces réservés.

Carte temporaire
Je conclus avec la réflexion d’une autre collègue : « Si je me casse la jambe et que je suis dans le plâtre, j’aurais le réflexe de me stationner dans un espace pour personnes handicapées. » La SAAQ m’a confirmé que des vignettes temporaires peuvent être émises, sous recommandation d’un professionnel de la santé, lorsque l’incapacité est d’une durée d’au moins six mois. Ça prend donc une bonne grosse fracture... autrement, vous aurez plutôt une bonne grosse facture de 312 $.