La galette des Rois est un dessert à base de pâte feuilletée, doré au four et fourré avec une garniture, généralement de la frangipane.

Tradition en voie d’extinction

CHRONIQUE / S’il y a une tradition du temps des Fêtes que je refuse de voir disparaître, c’est celle de la galette des Rois, le jour de l’Épiphanie, le 6 janvier! Sans hésitation!

Chaque année au condo de mes grands-parents, à Saint-Sauveur, dans les Laurentides, un nouveau roi ou une nouvelle reine est élu dans la famille, par le simple sort de la petite fève ou de la petite figurine dissimulée dans cette galette feuilletée à la frangipane, une crème à base d’amandes.

Bon, ça y est, je salive déjà!

Cette élection sucrée, inspirée de la tradition chrétienne, ne m’est pas chère pour des raisons religieuses – l’Épiphanie souligne la visite des rois mages à l’Enfant Jésus –, mais pour des raisons de gourmandise et de doux souvenirs familiaux.

Si je ferme les yeux un instant et pars en voyage dans ma mémoire, je revois très bien Pépé couper le gâteau en parts égales, afin que le trône de la nouvelle année soit occupé par la personne légitime de la famille.

Je nous vois, là, autour de la table, avec la nappe verte et rouge que Grand-mère possède encore aujourd’hui, son moyen de figer le temps.

Tous les regards sont portés sur le saint Graal de la pâtisserie. Certains trépignent d’impatience de connaître le verdict; d’autres s’en foutent et ne veulent que se sucrer le bec.

Moi, petit, je désire autant l’un que l’autre. Disons que la galette des Rois à saveur de victoire est une petite coche au-dessus de la galette de base. Je suis là, à genoux sur ma chaise, à saliver, à espérer.

Des fois, la petite figurine est visible sur-le-champ; parfois, c’est à la sixième bouchée du nouvel héritier que la couronne trouve preneur.

J’ai souvenir, aussi, d’avoir été l’heureux élu à plusieurs reprises, à mon plus grand bonheur.

Je dois confesser, par contre, que la tradition était flexible chez les Lambert, du côté de ma mère. Certaines années, le roi ou la reine est appelé, dès les premières minutes de son règne, à élire son acolyte. D’autres années, par contre, le roi ou la reine doit faire cavalier seul.

Pourquoi une telle élasticité? Je pense, si ma mémoire ne me trahit pas, que le nombre de monarques ne dépend que du fait d’avoir conservé ou non la couronne de l’année précédente. Eh oui, c’est aussi simple que ça!

Moi, je choisis toujours Grand-mère, ma complice indétrônable, lors des années de duo. Et vice-versa, ce qui augmente nos chances de conserver le pouvoir.

D’ailleurs, en rebrassant ces beaux souvenirs, je réalise que je dois des remerciements sincères à Grand-frère, qui a toujours été un excellent perdant. En fait, je pense qu’il a prudemment décidé de ne pas défier ma soif de pouvoir et d’assumer le rôle du fou du roi.

De l’Outaouais au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Maintenant que l’empire familial s’étend de l’Outaouais au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en passant par les Laurentides et Lanaudière, la tradition bat de l’aile.

Mais Grand-mère et Pépé continuent de faire toutes les pâtisseries de Saint-Sauveur, à la recherche d’une galette des Rois, devenue une denrée rare. Une part est réservée à chacun lors de la coupe du gâteau, afin que je puisse être élu par FaceTime, si le destin me choisit de nouveau. L’arrivée de la technologie nous permet aussi d’avoir recours à la reprise vidéo, question d’éviter un scandale de la trempe du but d’Alain Côté!

L’an dernier, Grand-mère a hérité de la couronne et m’a nommé pour la seconder.

Cette année, si jamais Pépé était élu, par exemple, je me suis assuré d’avoir une seconde et une troisième chance, puisque j’ai passé une commande à la Boulangerie Chicoutimi-Nord, mercredi, pour deux galettes des Rois!

Sur 13 appels faits dans des pâtisseries de la région – j’ai même poussé l’exercice jusque dans le Haut-du-Lac –, seuls deux endroits m’ont répondu à l’affirmative, soit la Boulangerie Chicoutimi-Nord et L’Artisan boulanger d’Arvida.

J’aurais dû contenir mon excitation lorsque j’ai reçu mon premier «oui»; j’aurais ainsi pu en commander une de chaque endroit.

Mais voyons le bon côté des choses: si jamais je perds mes trois premières élections, je saurai où aller!

Que la tradition se poursuive!