Francine Gagnon, Karine Boisvert, Josée Tremblay et Brigitte Perreault font partie du comité Maintien à domicile Saguenay.

Soutien à domicile: préposés en voie d’extinction

CHRONIQUE / « Souffrant d’épuisement, ma préposée évoque de plus en plus l’éventualité de démissionner à son tour, ce qui, il va sans dire, me cause beaucoup d’anxiété. [...] Je n’ai réussi à recruter aucun nouveau personnel depuis plus d’un an. »

Ce témoignage est celui de Brigitte Perreault, une femme lourdement handicapée et qui n’a pas de réseau social sur lequel se rabattre. Brigitte, qui habite à Chicoutimi, dépend de l’aide de préposés pour ses activités quotidiennes et domestiques, autant pour se laver que pour l’entretien ménager ou la préparation des repas.

Bénéficiant d’un droit acquis, elle peut obtenir 42 heures par semaine de soutien à domicile, en vertu du Programme d’allocation directe – chèque emploi-service. Il s’agissait du plafond il y a quelques années, mais celui-ci a été coupé de moitié depuis, ce qui a eu des impacts majeurs sur la qualité de vie de plusieurs personnes vulnérables. Le nombre d’heures octroyées dépend de l’évaluation des besoins et du plan d’intervention du CLSC ou du CSSS.

Brigitte n’arrive pas à recruter de nouvelles personnes depuis le départ de « celles qui travaillaient les week-ends ». Elle n’a donc pas tout le soutien auquel elle a droit. En plus, elle doit « assumer les frais de taxi deux soirs », en raison des limites du transport en commun. Souvent, les préposés ne possèdent pas de voiture, ayant un salaire limité.

Taux horaire

Et il est là, le noeud du problème. Le faible taux horaire, de 13,67 $, est responsable des démissions en série, de l’épuisement, de l’exode vers les établissements publics et privés, de la rétention à la baisse, de la pénurie et de la détérioration de la qualité du travail.

« La faiblesse du taux horaire rend difficile le recrutement du personnel et presque impossible le fait de retenir les préposés. Le personnel est rare et préfère de loin les établissements publics ou privés, qui se les arrachent et où la rémunération et les conditions de travail sont meilleures », dénonce Francine Gagnon, directrice générale du Groupement des organismes des personnes handicapées du Saguenay, qui représente 27 organismes.

« La quantité réduite de mon personnel entraîne sa démotivation et se traduit par une indéniable baisse de la qualité des services. La rareté me contraint à endurer certains manquements dans l’attitude et dans la réalisation des tâches, allant même jusqu’à tolérer certains employés moins compétents », confie Brigitte Perreault, dans une lettre ouverte qu’elle m’a remise, ayant des problèmes majeurs de locution. Pour des personnes comme Brigitte, soutien à domicile est synonyme de maintien à domicile.

Brigitte est donc membre du comité Maintien à domicile Saguenay, qui existe depuis plus de 20 ans. Je l’ai rencontrée en compagnie de Francine Gagnon, de Karine Boisvert, de l’Association pour la promotion des droits des personnes handicapées de Jonquière, et de Josée Tremblay, une bénéficiaire qui représente l’arrondissement de Jonquière. Quatre autres personnes complètent ce comité.

« On propose un salaire de 17 $, pour essayer de pallier cette situation aberrante. Mais il faut que le gouvernement injecte de nouveaux fonds, pour ne pas déplacer le problème. Si on garde la même somme et que le taux horaire monte, le nombre d’heures va baisser, et il est déjà insuffisant », plaide Mme Gagnon, qui milite également pour une offre de transport en commun élargie.

Josée Tremblay ressent aussi les contrecoups de ce faible taux horaire. « On m’a dit : ‘‘Quand tu tomberas, tu appelleras quelqu’un.’’ C’est inacceptable. Je n’ai pas les heures requises, et la pression revient sur mon copain, qui travaille 40 heures par semaine. Toute la pression ne doit pas tomber sur les proches », décrie-t-elle.

Josée s’est même procuré un bracelet de télésurveillance, pour pouvoir lancer un appel à l’aide si elle tombe ou se blesse.

Une personne handicapée peut toujours demander une intervention d’urgence, mais il reste qu’il serait préférable de prévenir que de guérir. Quand c’est possible de guérir, car les chutes entraînent parfois des conséquences majeures sur l’état d’une personne vulnérable.

Un autre élément qui m’a surpris et choqué, c’est que le bénéficiaire doit lui-même recruter son personnel. Une personne lourdement handicapée n’est pas nécessairement en mesure d’assumer cette responsabilité, et ça représente une angoisse que certains n’en peuvent plus de supporter.

Selon Karine Boisvert, « des gens appellent pour savoir s’il y a du personnel [de son organisme] qui veut en faire plus ». Une banque ou un groupe fermé sur Facebook pourrait voir le jour afin de mieux répertorier l’offre, aussi limitée soit-elle.

Pétition

Pour faire avancer ce dossier, le comité a décidé de lancer une pétition en ligne, laquelle est disponible au www.change.org/p/ciuss-saguenay-lac-saint-jean-augmentation-du-taux-horaire-des-préposé-es-au-maintien-à-domicile.

Aussi, des discussions ont été entreprises avec le CIUSSS Saguenay–Lac-Saint-Jean, et un comité pourrait voir le jour. Des démarches provinciales sont également effectuées.

Si, par miracle, vous souhaitez offrir vos services comme préposé, ce qui ne demande aucune certification précise, vous pouvez contacter le groupement au 418 545-6228.