Nirmala et Khembro, victimes du séisme de 2015 au Népal, posent avec leurs béquilles, à Katmandou.

«Restaurer la dignité»

CHRONIQUE / « Quand on mène des activités sur le terrain, on travaille avec les personnes vulnérables, afin qu’elles soient intégrées et qu’elles contribuent à la société. On veut éviter à tout prix un regard d’assisté. »

Ces paroles, prononcées par Arnaud Richard, responsable de l’information fédérale pour Humanité & Inclusion (HI), traduisent parfaitement le rôle fondamental d’une organisation non gouvernementale (ONG). La coopération internationale doit se baser sur un travail en appui et une responsabilisation des acteurs locaux, sans quoi les actions n’auraient aucune pérennité, ai-je appris dans mes cours de coopération internationale à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et ai-je constaté sur le terrain, au Sénégal, en 2015.

À quoi bon mener un projet à l’étranger si au départ du coopérant, il ne reste aucune retombée ? La compétence locale est la clé du succès d’une intervention.

Humanité & Inclusion a le souci de bien faire les choses, en impliquant les personnes vivant avec un handicap, âgées ou vulnérables dans les plans d’intervention ou de secours. « Elles sont incluses dans la solution. Notre mission est de redonner une autonomie et une place dans la communauté aux personnes vulnérables. Ces personnes sont capables de prendre leur bien en main. C’est de donner aux gens les moyens de s’en sortir, c’est de restaurer la dignité », ajoute M. Richard, en entrevue téléphonique avec Le Progrès.

En 2012, Humanité et Inclusion a mené des opérations de neutralisation et de déplacement de missiles antiaériens bombardés par les forces de l’OTAN dans une base militaire de la banlieue de Tripoli, en Libye. Deux à trois heures de travail sont nécessaires pour traiter chaque missile.

Comme moi, vous avez sans doute déjà entendu parler de Médecins sans frontières, d’Oxfam, d’Amnistie internationale ou d’Unicef. Humanité & Inclusion est certes plus méconnue, mais elle a une portée comparable. Surtout dans un contexte mondial dans lequel les mouvements de population s’amplifient et les besoins des personnes vulnérables augmentent.

HI, qui possède une association nationale à Montréal depuis 2003, souhaite inverser la logique d’assistance, de compartimentage et d’exclusion, et aspire ainsi à un monde solidaire et inclusif. Il faut savoir qu’un milliard de personnes vivent avec une forme de handicap, soit environ 15 % de la population mondiale.

L’ONG a changé de nom l’année dernière, à l’occasion de ses 35 ans. Elle s’appelait autrefois Handicap International.

« Les termes ‘‘inclusion’’ et ‘‘humanité’’ sont forts. Ils traduisent notre ambition de s’occuper de l’être humain, peu importe sa situation, et de s’assurer que chacun soit intégré à la société et participe pleinement à la vie sociale », poursuit Arnaud Richard, qui sera au Zoom Photo Festival Saguenay, dont la neuvième édition se tiendra du 17 octobre au 11 novembre.

Ibrahim, 59 ans, se remet peu à peu d’une double attaque cardiaque provoquée par sa fuite précipitée de Deraa, dans le sud de la Syrie. Il a reçu l’aide de Mohamad et de Reema, deux kinésithérapeutes de l’équipe de Handicap International, en 2012. Depuis, il apprend à apprivoiser son corps et ses mouvements.

M. Richard a fait le saut du domaine de la presse à celui de l’engagement communautaire international, il y a une douzaine d’années pour avoir « un métier qui a plus de sens ». « J’avais l’impression de regarder des gens faire des choses extraordinaires », raconte-t-il.

HI est particulièrement reconnue pour le combat qu’elle mène contre les mines antipersonnel, les armes à sous-munitions et pour l’assistance aux personnes victimes de ces armes. L’ONG intervient également en situation d’urgence, notamment à la suite d’une catastrophe naturelle ou lors d’une crise humanitaire.

« On souhaite que la guerre ou la catastrophe naturelle reste un souvenir. On ne veut pas d’une guerre après la guerre ou d’une catastrophe après la catastrophe », fait valoir M. Richard, en faisant référence aux activités de déminage et aux interventions d’urgence.

Enfin, HI mène des activités de prévention du handicap et d’aide aux personnes handicapées aux quatre coins du globe. Les associations locales sont appuyées afin que la voix des personnes vulnérables soit entendue et que le changement s’opère.

La kinésithérapeute Sally a rendu visite à Rajab, 63 ans, pour des séances de réadaptation. En 2013, sa maison a été bombardée. Sa femme et deux de ses filles ont perdu la vie. Le veuf a été gravement blessé aux jambes. Son genou droit a dû être remplacé; sa jambe gauche, amputée. Rajab a aussi reçu un fauteuil roulant.

L’ONG concentre ses efforts dans les pays sous-développés ou en développement, « là où les ressources sont insuffisantes ».

Images et ONG

Arnaud Richard sera de passage à Saguenay à l’occasion du Zoom Photo Festival Saguenay. Il participera à une table ronde sur le rôle que joue la photographie dans les activités courantes des ONG. Des représentants de Médecins sans frontières et de Greenpeace participeront aussi à la discussion, qui se tiendra de 14 h à 15 h, le jeudi 18 octobre, à l’Université du Québec à Chicoutimi.

« On travaille beaucoup avec la photo et la vidéo, pour mettre les informations en scène et faire rayonner notre message », note-t-il.

Le dicton « Une image vaut mille mots » est certes cliché, mais il s’applique bien à cette réalité. Pour vous convaincre, Humanité & Inclusion m’a remis cinq photos qui témoignent de l’impact de l’ONG aux quatre coins du globe.

Angie Cifuentes pose en combinaison de démineuse à Cajibío, une municipalité située dans le département de Cauca, en Colombie.

Ces portraits, ce sont les portraits de l’espoir et de la solidarité. Ces visages, ce sont les visages de la résilience et de la vie. Ces images, ce sont les images de l’inclusion et de l’humanité.

En chiffres

• 1 932 147 bénéficiaires dans les différents champs d’activité (santé, insertion, réadaptation, besoins essentiels et actions contre les mines et autres armes)

• 3278 collaborateurs, 2522 acteurs nationaux sur le terrain

• 178 millions d’euros de budget

• 383 projets dans 63 pays

• 600 000 donateurs actifs

(Source : Rapport d’activité 2017)

Cinq exemples de projets

• Téléréadaptation et orthèses 3D | Togo, Niger, Mali

• Donner à chaque enfant réfugié le droit de jouer | Pakistan, Thaïlande, Bangladesh
• Pour que les enfants handicapés puissent aller à l’école | Burkina Faso
• Insertion des personnes handicapées dans le monde du travail | Égypte

• Déminer dans un pays en conflit | Irak

(Source : Rapport d’activité 2017)