Le photographe Rocket Lavoie a capté un moment magique à l’arrivée, alors que je ne regardais pas la ligne d’arrivée. Non, je regardais mon amie Marie-Michelle Fortin, comme pour la remercier d’un sourire d’avoir inspiré un tel événement.

Le marathon de la solidarité

CHRONIQUE / Solidarité. Inclusion. Don de soi.

Le supplice qu’ont vécu les 58 coureurs du Marathon partagé de Saguenay doit ressembler à celui que je vis en essayant d’écrire cette chronique.

Eux, ils m’ont poussé, assis bien confortablement dans un fauteuil adapté Kartus, dans la côte de Saint-Jean-Eudes et dans les montées du rang du Fromage (Saint-Martin).

Moi, je dois leur rendre à l’écrit chaque goutte de sueur et toute la générosité dont ils ont fait preuve, me propulsant, dans la joie comme dans la douleur, sur 42,2 kilomètres, de La Baie à Jonquière. Un don de soi qui n’a pas de prix.

Samedi, j’étais l’une des huit personnes à mobilité réduite qui ont pu accomplir l’impensable : un marathon. Nous avions chacun huit coureurs avec nous, deux par relais d’une dizaine de kilomètres. Un des organisateurs a même qualifié les coureurs d’« accessoires » pour les cocoureurs.

Et à l’arrivée, c’est moi qui ai reçu une médaille ; pas eux. Et pourtant !

Voici quelques membres de mon équipe, soit Marie-Ève Brassard, Romane Le Gallou, Benoit Levesque, Yan Lapierre et Marie-Hélène Gilbert, en plus de la coorganisatrice Marie-Ève Larouche, à l’arrière.

Équipe Beaumont

Eux, dans mon cas, ce sont les membres de l’équipe François Beaumont - une inspiration et le regretté ami proche de plusieurs de mes connaissances ; quel hasard et quel signe du destin !

Eux, c’est Mario Morissette, Julien Levesque, Benoit Levesque, Marie-Hélène Gilbert, Romane Le Gallou, Yan Lapierre, Marie-Ève Brassard et Anne-Sophie Potvin.

L’ascension du rang du Fromage a été l’un des défis les plus imposants du Marathon partagé. Sur cette photo, on voit Mario Morissette puiser dans sa réserve d’énergie et Julien... qui semblait en plein contrôle, encore et toujours!

Cette médaille, c’est surtout la vôtre. Et je ne dis pas ça uniquement par culpabilité pour l’effort déployé ; je le dis par reconnaissance ! Merci d’avoir tout donné pour moi !

Mario a bien résumé la chose : « Grâce à toi, j’ai dépassé mes limites.

– Grâce ou à cause, ai-je rétorqué.

– Grâce, a-t-il insisté. »

Mario a même fini la gueule en sang tellement il a tout donné !

Julien Levesque, lui, a fait pratiquement la distance au complet et avant chaque montée, il apparaissait pour donner un coup de pouce aux deux coureurs du relais en cours. Parfois, ils devaient se mettre à trois pour me livrer au haut de la nouvelle montagne. C’était « la Machine ».

Benoit, lui, « le plus vieux du peloton », m’a fourni l’explication du caractère surhumain de son fils... Julien ! Le père, comme le garçon, a livré une performance impressionnante.

Marie-Hélène, elle, je pense qu’elle s’est surprise elle-même. Avec son grand sourire, elle a répété à maintes reprises : « Laisse-le-moi ! » Elle a même rembarqué dans le peloton pour la quatrième étape.

Les quatre coorganisateurs, Donald Dubois, Marie-Ève Larouche, Romane Le Gallou et Dave McMullen, ont donné quelques consignes avant le départ, donné au quai d’escale de La Baie. La mairesse de Saguenay, Josée Néron, était présente pour encourager les participants.

Romane, elle, était l’une des quatre organisateurs, avec Dave McMullen, Donald Dubois et Marie-Ève Larouche. Une équipe de feu qui a livré une première édition flirtant avec une note parfaite. Une performance à la hauteur de celle de ma coureuse presque trop rapide !

Yan, lui, a dû renoncer à son défi personnel de ne pas avoir besoin de Julien en back-up. Et tant mieux, puisqu’il a peut-être ainsi réservé l’énergie nécessaire pour un petit sprint dans les derniers mètres, nous permettant de rallier la ligne d’arrivée en premiers !

Cela dit, ce n’était pas une course ; c’était un « travail d’équipe », a dit Gilles Plourde, celui avec qui j’avais réalisé ma première course partagée, en avril, à Kénogami ! Ces sages paroles, il les a prononcées alors qu’il venait prêter main-forte à mon équipe ; lui étant attitré à un autre cocoureur.

Revenons à mon équipe.

Christine Thibeault a adoré son expérience, m’a-t-elle confié dans les derniers kilomètres de la course.

Marie-Ève, elle, a dit à Julien – pas moi, l’autre – que c’était « son idole », se confondant en excuses d’avoir besoin de son aide. Et pourtant, elle a fait sa part et a couru sans problème son 10 kilomètres, ce qui est impressionnant en soi. C’est plus au niveau des bras qu’elle a atteint sa limite, son bébé dans la poussette pesant 200 livres de plus que celui qu’elle a l’habitude de transporter !

Anne-Sophie, elle, a fait une petite sortie de route bien sympathique, laquelle m’a simplement fait sourire. Toi aussi, tu m’as touché par ta générosité et ta joie de vivre ! Une vraie fille d’équipe !

Tous ensemble, vous m’avez permis d’accomplir l’impensable. Vous m’avez fait vivre les émotions qui stimulent tant l’inspiration de cet événement, la multiple marathonienne et détentrice d’un record Guinness de course partagée, Marie-Michelle Fortin. Une ambassadrice pour le fauteuil Kartus, un équipement d’exception conçu à Sherbrooke.

J’étais très heureux de rencontrer Marie-Michelle Fortin, avant le départ à La Baie, n’ayant eu que des échanges sur les réseaux sociaux avec celle que je peux maintenant qualifier d’« inspiration ».

Grâce à...

Les paroles « À cause, à cause, à cause » de Céline Dion n’avaient pas leur place au Marathon partagé. C’était plutôt « Grâce à, grâce à, grâce à » !

Ainsi, grâce à vous, j’ai vécu par procuration la montagne russe d’émotions de la course longue distance, crispant le visage sans raison dans les côtes quand je vous entendais forcer comme jamais et lâchant une longue expiration une fois au sommet ! Et en écrivant ces lignes, j’ai l’impression de revivre chaque seconde de cette expérience inestimable.

Me voilà avec les organisateurs, le concepteur du Kartus et les partenaires de l’événement

Grâce à vous, j’ai passé la ligne d’arrivée, le bras en l’air, en souriant à Marie-Michelle, à mes côtés ! Le photographe Rocket Lavoie a capté ce moment magique à l’arrivée, alors que je ne regardais pas la ligne d’arrivée. Non, je regardais ma nouvelle amie, comme pour la remercier d’un sourire d’avoir inspiré un tel événement.

Grâce à vous, nous avons sensibilisé les Saguenéens croisés en chemin aux valeurs d’inclusion et de générosité.

Grâce à vous, nous nous sommes sentis inclus et pas si différents pendant quatre heures et demie.

Marie-Michelle était tout sourire à l’arrivée, alors qu’elle a pris une photo avec quelques membres de son équipe.

Grâce à vous, Patrice Imbeau, Christine Thibeault, Claudia Duchesne, Éli-Jeanne Tremblay, Pierre-Luc Gauthier, Marie-Michelle Fortin et moi avons réalisé l’irréalisable !

Grâce à la vingtaine de bénévoles, aux étudiants en éducation spécialisée et aux organisateurs, nous avons eu une expérience sans « aucune épine », comme l’a souligné Marie-Ève Larouche dans le trajet du retour.

Grâce à dame Nature, nous avons pu profiter pleinement des beaux paysages saguenéens, en plus de sentir un petit vent frais bienvenu.

Grâce à nous, vous avez compris les défis quotidiens de la mobilité réduite, surtout les organisateurs, quand ils ont constaté l’inaccessibilité des toilettes de la Zone portuaire de Chicoutimi, une mauvaise surprise qui a vite été corrigée, mais qui leur est restée en tête. « On ne réalise pas à quel point vous devez vous buter à des incohérences dans votre quotidien », m’a lancé la très sympathique Marie-Ève.

Grâce à nous, vous avez oublié les chronos pour donner « un sens nouveau » à votre course.

Mon amie Claudia Duchesne, première à l’avant, a mené une bonne partie de la course, mais je l’ai dépassée avant l’arrivée ! Évidemment, il n’y avait pas de gagnants et de perdants, mais nous nous sommes agacés durant la course ! D’ailleurs, bravo pour ta préparation, Claudia !

Tous ensemble

Tous ensemble, les quelque 50 coureurs et les huit cocoureurs se sont donné une bonne leçon : la force de la solidarité.

Le but commun était de relever le défi, peu importe comment. Ça s’est fait dans la bonne humeur, sous un soleil radieux, avec des paysages à couper le souffle.

Tous ensemble, nous avons dit « Merci ! » au concepteur des Kartus, Philip Oligny, présent pour assister à cette première.

Tous ensemble, nous avons démontré qu’une course inclusive était possible, puisque l’événement servait de projet pilote pour Les Courses partagées du Québec, un organisme qui aimerait voir des exploits semblables aux quatre coins de la province.

Tous ensemble, nous avons fait naître ce qui pourrait devenir une nouvelle tradition régionale, au Royaume des saines habitudes de vie et de la solidarité.

Gilles Plourde a propulsé Patrice Imbeau. Avec son fils, Marc-Antoine, nous avions complété une course du circuit régional de cinq kilomètres en avril, à Kénogami. Bien heureux de l’avoir revu... et d’avoir discuté de l’importance de notre journal régional!

À l’an prochain

Le Marathon partagé de Saguenay reviendra l’an prochain, ont promis les organisateurs, qui ont pu remettre, grâce aux partenaires de ce succès, un fauteuil de course adaptée au Centre de réadaptation en déficience physique de l’hôpital de Jonquière.

L’an prochain, j’y serai avec plaisir ! Et vous, les coureurs ?

« Oui ! »

Yan Lapierre a effectué un impressionnant sprint à la fin afin qu’on rallie le fil d’arrivée au premier rang. Ce n’était pas nécessaire pour l’honneur, mais plutôt pour la photo !