L’adoption au masculin singulier

CHRONIQUE / Jeune homme célibataire de 25 ans recherche... un bébé. L’adoption au masculin singulier, c’est une réalité méconnue, mais bien possible. L’appel de la paternité peut frapper autant un garçon qu’une fille, et disons que le mien atteint une pointe record depuis que je suis un double mononcle et qu’une de mes meilleures amies a donné naissance à sa magnifique Sofia. J’ai donc passé à l’acte cette semaine et j’ai entrepris les démarches d’inscription à la banque régulière et à la banque mixte d’adoption, et j’ai pris un rendez-vous avec le Secrétariat à l’adoption internationale.

Je me sens prêt à être père, dès maintenant. Cela n’arrivera toutefois pas de sitôt, en raison des délais d’adoption, qui «varient de cinq à huit ans, dépendamment du type d’adoption», m’a informé Marc-Antoine Tremblay, conseiller en promotion de la santé au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le délai est particulièrement long pour l’adoption par la banque régulière, qui comprend les enfants laissés en adoption à la naissance par leurs parents, abandonnés ou devenus orphelins en très bas âge.

Ce n’est pas surprenant, puisque plusieurs, comme moi, souhaitent vivre l’aventure parentale de A à Z. Nous rêvons d’un petit poupon qui, dès ces premières respirations, sera notre enfant. Nous voulons être réveillés en pleine nuit, donner le boire, changer des couches et faire des siestes d’après-midi, bedon à bedon. Nous voulons être là pour les premiers pas et les premiers mots. Pour la première blessure, le premier honneur, la première défaite et le premier emploi.

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, il y a 52 personnes ou couples inscrites sur cette liste, et «une quinzaine de projets d’adoption sont en cours», note M. Tremblay.

«Il n’y a jamais d’enfant en attente d’adoption», ajoute-t-il.

Il y a aussi la banque mixte, pour les enfants retirés à leurs parents par le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ). Ceux-ci sont plus âgés et peuvent avoir des problèmes de santé et de comportement. C’est une autre paire de manches, disons.

Dans la région, un peu moins d’une vingtaine d’inscriptions sont répertoriées.

Pour l’adoption dans les autres provinces ou dans d’autres pays, il faut passer par le Secrétariat à l’adoption internationale. En adoption internationale, 23 couples du Royaume sont en attente d’un enfant. Les pays les plus fréquents, lors des cinq dernières années, sont les Philippines, le Vietnam, la Colombie, Haïti et Taïwan.

Célibataire

Être célibataire n’est pas un frein pour l’adoption via la banque régulière et la banque mixte. Par contre, en ce qui concerne l’adoption internationale, les critères varient d’un pays à l’autre. Plusieurs pays refusent l’adoption par des personnes célibataires. Même qu’au Mali, les femmes seules ont le feu vert, mais pas les hommes... «Il y a très peu d’options pour les gens dans la situation que vous me décrivez», m’a dit un employé du Secrétariat de l’adoption internationale.

Certains États sont très sélectifs; d’autres, influencés par leurs croyances. Ça peut même devenir farfelu dans certains cas. Ainsi, les Philippines imposent d’être âgés de 27 à 43 ans, la Taïwan favorise les couples sans enfant, la Roumanie exige la nationalité roumaine d’un parent, la Corée du Sud refuse un écart de plus de sept ans entre les parents, et la Chine demande que l’écart d’âge entre l’adopté et le plus jeune membre du couple soit de moins de 50 ans.

À mobilité réduite

Évidemment, j’ai aussi posé des questions sur les critères d’acceptabilité quant à la santé de l’adoptant, puisque je vis avec un handicap physique. J’ai adoré la réponse obtenue: «Il n’y a pas de critère d’exclusion, mais des conditions à remplir pour l’adoption. Ce sont les compétences qui priment sur les caractéristiques physiques», a fait valoir M. Tremblay.

«Ce qui est considéré, c’est la capacité de la personne à prendre soin d’un enfant et à l’accueillir tel qu’il est, avec son histoire d’abandon», a pour sa part répondu Noémie Vanheuverzwijn, relationniste au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Mes chances sont donc réelles. Et si certains peuvent sourciller en pensant à un parent handicapé, seul et homme, je suis convaincu d’être en mesure d’assumer mon rôle de père pleinement, de veiller au bien-être de mon enfant, autant, sinon plus, que d’autres parents.

Évidemment, il demeure possible que je trouve la femme de ma vie et qu’elle donne naissance avant la concrétisation de mon projet d’adoption au masculin singulier.

Et en attendant, j’aurai un petit chien, Lionel, dès le 25 novembre, pour tenter d’assouvir ce criant désir de prendre soin d’un petit poupon, de l’aimer et de l’accompagner.

+

Nombre d’enfants québécois adoptés au Saguenay–Lac-Saint-Jean

2017-2018: 13

2016-2017: 27 

2015-2016: 16 

2014-2015: 22

2013-2014: 18


Nombre d’adoptions internationales au Saguenay–Lac-Saint-Jean dans lesquelles la DPJ a été impliquée

2017-2018: 7

2016-2017: 10

2015-2016: 4

2014-2015: 7

2013-2014: 21


Trois adoptions internationales sans l’implication de la DPJ ont été répertoriées en 2017-2018