La période postballoune

CHRONIQUE / Messieurs, Mesdames, ivrognes ou buveurs occasionnels, selon un calcul maison, une balloune qui pète coûte l’équivalent de 2155 cannettes ou de 734 855 millilitres de bière. Un pensez-y-bien de plus avant de prendre le volant...

Trois mois de suspension de permis, une année avec un antidémarreur, 60$ par mois pour la location de l’appareil éthylométrique, 50$ pour son installation, 1000$ d’évaluation pour le risque de récidive et 430$ pour l’obtention d’un nouveau permis; la période postballoune est complexe et coûte cher.

Et c’est sans compter les frais juridiques et d’avocat, qui avoisinent 1000$, selon les informations transmises par un criminaliste, de même que ceux liés aux nombreux déplacements nécessaires, notamment pour le calibrage de l’ivressomètre tous les deux mois.

En plus, j’ai arrondi à la baisse.

Et les chiffres gonflent rapidement en fonction de l’alcoolémie et du nombre de récidives.

Voilà une raison de plus de ne pas prendre le volant après quelques verres de trop.

Parce que l’alcool au volant est encore un fléau, en 2019, au Québec, et ce, malgré la sensibilisation continue, les nombreuses croix en bordure de route, les sanctions pénales et le fait d’avoir son nom dans le journal.

Et parce que «tous les accidents et tous les décès liés à l’alcool au volant peuvent être évités», rappelle Mario Vaillancourt, porte-parole de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

Alors, si le nombre de millilitres de bière perdue ou la facture salée peuvent dissuader ne serait-ce qu’un conducteur, ce sera ça de gagné!

«Un énorme racket»

Plus sérieusement, je voulais surtout assouvir ma curiosité personnelle à la suite d’une conversation, survenue il y a plusieurs mois, avec une personne condamnée pour une première infraction de conduite avec les facultés affaiblies.

Disons que ses propos m’étaient restés en tête. Et que l’actualité me rappelait assez fréquemment cette idée de chronique.

Je lui ai donc écrit, lundi. «Ça fait longtemps que je ne calcule plus», m’a dit le contrevenant en question, interrogé sur les coûts engendrés par son erreur, comparant le processus postballoune à un «énorme racket».

C’est que ce contrevenant n’a pas convaincu la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), à son évaluation sommaire – d’un peu plus de 300$ –, qu’il ne représentait pas un risque de récidive.

Écarté de la voie rapide, le programme Alcofrein, il s’est ainsi retrouvé dans le processus «d’évaluation complète», qui dure de sept à neuf mois et qui oblige un déboursé de 700 $. La SAAQ appelle cela le Programme d’évaluation et de réduction du risque de conduite avec les capacités affaiblies.

Les autres coûts de mon calcul maison découlent de la «location» de l’antidémarreur éthylométrique. D’ailleurs, ces frais ont pratiquement diminué de moitié, en décembre 2018, en vertu d’un changement de fournisseur.

Avant, l’installation coûtait 160$, la location mensuelle s’élevait à un brun (100$), et le retrait de l’appareil – désormais gratuit – était accompagné de frais de 50$.

Il est important de spécifier que la SAAQ opère les programmes énumérés à coût nul. La société d’État n’y tire aucun profit.

Cette facture, elle est inévitable, pour tout conducteur qui veut reprendre le volant de façon légale. Je le précise, parce que le nombre de non-respects de condition en lien avec des interdictions de conduire non respectées ne cesse de me surprendre.

Lorsqu’un multirécidiviste écope d’un antidémarreur à vie, il perd ainsi deux caisses de 24 par mois, en frais de location.

Imaginez la facture totale du monsieur qui en est à sa dixième condamnation...

Rien de banal

En tant que société, il faut en arriver à ce que les automobilistes soient conscients de l’ampleur du mal qu’ils peuvent causer, bien avant que l’irréparable ne se produise. À cet effet, en 2018, la SAAQ a investi 1,6 M$ pour sensibiliser les Québécois et Québécoises aux impacts de la consommation d’alcool ou de drogue.

C’est nécessaire, puisque 30% des décès sur les routes de la Belle Province ont pour explication principale les facultés affaiblies d’un conducteur.

Entre 2012 et 2016, en moyenne, 110 accidents mortels dus à la consommation ont été répertoriés. C’est certain que c’est moins qu’au tournant des années 80, alors que le bilan annuel atteignait 800 victimes. Mais l’époque de la grosse quille entre les deux jambes est révolue, et notre société peut faire encore mieux.

Elle doit faire mieux.

Parce que ce n’est pas banal. Non, il n’y a rien de banal là-dedans, l’alcool au volant. Il n’y a rien de banal non plus dans le cannabis au volant, dois-je ajouter, en guise de prévention.

Bon, voilà! C’était mon humble tentative de plus de péter votre balloune à votre place.

Mais, en fin de compte, c’est à vous de décider si vous voulez risquer de vous tuer ou de décimer une famille, ou si vous préférez encourager l’industrie locale du taxi et de la production de cervoise.

Bonne réflexion!