La leçon des punks, prise 2

CHRONIQUE / Victoriaville a une leçon à vous donner. Le festival Rock La Cauze est un exemple en matière d’accessibilité et d’inclusion. Leçon estivale des punks numéro 2.

En juin, j’ai signé une chronique sur l’absence de jugement qui me surprend et me fait un bien fou, année après année, au Rockfest, devenu Montebello Rock. « Le temps de deux ou trois jours, chaque année, au mois de juin, je me sens libre d’être indifférent du regard des autres. [...] Souvent perçus comme des monstres, les punks et les métalleux ont cette faculté qui n’est pas vraiment mienne de s’en foutre des autres ; et je m’y plais », écrivais-je.

Les 8 et 9 août, j’ajoutais une destination punk rock à mon été en assistant une première fois à Rock La Cauze, dont les profits étaient remis à l’organisme Répit jeunesse. Juste pour ça, un gros bravo aux artisans du festival, qui pourraient préférer faire de l’argent !

Cette fois, ce n’est pas les spectateurs qui méritent une chronique, mais bien l’organisation. Pour ses efforts d’accessibilité. Pour son désir d’inclusion.

« Tout le monde peut venir rocker ! Il y a un espace sur le site pour un accès facile aux toilettes et aux foodtrucks, et une belle vue sur la scène ! L’accompagnateur bénéficie de l’entrée gratuitement. Interdiction de procéder à des courses paraolympiques de chaises roulantes pendant le concert ! »

Voilà le paragraphe du site Web de Rock La Cauze qui traduit la volonté du festival d’être accessibles aux personnes à mobilité réduite. C’est clair, concis... et franchement drôle.

Pour ma part, j’ai décidé d’écrire à l’organisation sur Facebook pour m’assurer que mon séjour réponde bien à mes limites physiques.

J’ai obtenu des réponses très rapides et bien détaillées, sur un ton toujours très invitant.

On m’a d’abord confirmé qu’il y avait une zone aménagée au haut de la pente naturelle du parc pour offrir une belle vue sur la scène aux personnes à mobilité réduire et que mon accompagnateur n’avait pas besoin de billet.

Pour ceux qui ne connaissent pas cette accommodation, l’Association québécoise pour le loisir des personnes handicapées (AQLPH) remet une carte d’accompagnement loisir, sur référence d’un médecin, ce qui « accorde la gratuité d’entrée à l’accompagnateur d’une personne handicapée auprès des organisations de loisir, culturelles et touristiques partenaires ».

C’est une mesure exceptionnelle, que j’utilise avec reconnaissance. Dans mon cas, quand je me déplace en fauteuil roulant non motorisé, je dois avoir quelqu’un pour pousser la chaise, n’étant pas apte en raison de mes douleurs et de mes faiblesses au bras. Avoir cette personne à mes côtés est de première nécessité et me permet d’être actif.

Les partenaires sont nombreux dans toutes les régions du Québec. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la majorité des musées et des salles de spectacle l’acceptent, comme bon nombre de festivals extérieurs. Ce n’est pas le cas pour des endroits majeurs comme le centre Bell, le centre Vidéotron et le stade Saputo, selon mes dernières tentatives. Ça peut avoir changé, mais c’est déplorable de voir que les géants ne montrent pas l’exemple. Aussi, chaque année, je fatigue le Rockfest avec ça.

Revenons à Victoriaville. Après m’être assuré de l’accessibilité physique des lieux et du droit à l’accompagnateur, j’ai demandé à l’organisation l’endroit indiqué pour que je dorme et stationne mon véhicule adapté, question d’être à proximité du site et de pouvoir déployer ma rampe. Des campings et des stationnements sont ciblés par Rock La Cauze, et un système de navettes est offert, mais avec le fauteuil, ce n’est pas optimal.

« Il y a un stationnement réservé pour les personnes à mobilité réduite près de l’entrée. Présentez-vous à la rue Olympie et on vous laissera passer », m’a-t-on répondu. Je n’ai même pas eu à payer pour ce privilège.

Ainsi, tout était parfait sur papier, mais des fois, sur place, certains employés ou bénévoles sont moins informés. Ça peut vite devenir compliqué. J’avais donc pris des captures d’écran de mes conversations, pour me donner un pouvoir de négociation.

Finalement, aucune preuve n’a été nécessaire. Les employés étaient vraiment courtois et au parfum des efforts d’accessibilité. En quelques minutes, nous avions un espace de stationnement ainsi que les bracelets pour mon accompagnateur et moi.

La zone réservée était bien aménagée et offrait une vue toujours libérée sur la scène.

Enfin, pour parler brièvement des spectacles, je dirais que Sum 41 et Vulgaires Machins ont été à la hauteur de leur réputation, que Moist m’a grandement étonné, que l’hommage à Queen était impeccable et que la musique de The Planet Smashers est idéale pour des événements extérieurs !

À l’an prochain, Victo !