Dans le centre-ville de Kénogami, plusieurs commerces sont inaccessibles, que ce soit en raison de la présence de marches ou d’un seuil de porte.

Jonquière, t’es encore pire!

Par définition, un handicap est une limitation dans l’accomplissement d’activités courantes ou l’exercice d’un rôle social. Ainsi, le handicap se définit par la relation d’une personne avec son environnement. Saguenay est-elle suffisamment adaptée et accessible pour favoriser l’accès aux services et la pleine participation à la vie de la communauté ? Ou, à l’opposé, les barrières culturelles, physiques et sociales y sont-elles trop nombreuses ? Le journaliste et chroniqueur Julien Renaud, qui se déplace en fauteuil roulant motorisé, a parcouru les artères principales de la ville pour établir un portrait de la situation par arrondissement. Après Chicoutimi, Jonquière ! 2 de 3

CHRONIQUE / Jonquière, la barre n’était pas haute et pourtant, tu as réussi à obtenir un score encore plus faible que Chicoutimi... Bien que tu fasses meilleure figure en matière d’infrastructures publiques, tes commerces – même les plus récents – sont loin d’être accessibles. Au minimum, quand tu rénoves, plutôt que de répéter les erreurs du passé, tu pourrais faire semblant de considérer les gens à mobilité réduite, qui méritent de goûter à tes saveurs et de découvrir tes créations autant que les « autres » citoyens.

Moins de 35 % des commerces accessibles

J’ai roulé pendant huit heures dans les centres-villes de Jonquière, la semaine dernière, pour constater le niveau d’accessibilité des commerces. J’ai commencé par le Carré Davis, à Arvida, puis j’ai fait la rue Saint-Dominique, avant de descendre vers Kénogami, dans le quadrilatère formé par le boulevard du Royaume et les rues de Champlain, de Frontenac et Lapointe, approximativement.

En raison du seuil de la porte, la succursale Sports Experts du Carré Davis, à Arvida, n’est pas accessible. Pourtant, la façade a fait l’objet d’investissements récemment.

Après un score final de 63/122 (52 %) à Chicoutimi, voilà qu’un faible 35 % figure au bulletin de Jonquière, avec 58 commerces accessibles sur les 167 visités. Et je rappelle que pour considérer un établissement accessible, j’utilise l’unique critère de ma capacité à pénétrer dans l’enceinte, même si je dois ouvrir la porte moi-même et si je dois faire un petit saut en fauteuil par-dessus un seuil pas trop prononcé.

En considérant l’ouverture automatique des portes comme un critère de base, la note finale serait de 14/167, pour un gros 8 %. Pas très reluisant ! Possiblement que les architectes considèrent qu’une personne qui se déplace en fauteuil roulant nécessite un accompagnement. Pourtant, j’aurai roulé près de 30 heures en solo aux fins de cette série de chroniques. On pourrait ajouter plusieurs critères de base, comme les toilettes et l’aire de circulation, mais ce serait trop décourageant ! Et si le déneigement entrait en ligne de compte...

Juste à côté du Sports Experts d’Arvida, la Caisse Desjardins a fait l’effort d’aménager une rampe.

Néanmoins, certains entrepreneurs décident de prendre des mesures pour obtenir une adaptation plus maximale – je pense, entre autres, à La Voie Maltée de Jonquière, à qui je lève mon chapeau !

Revenons aux chiffres se limitant à la possibilité ou à l’impossibilité de pénétrer dans un commerce en fauteuil roulant.

Certains travaux de réfection sont nécessaires, ici et là, pour conserver l’accessibilité des lieux d’intérêt.

Si on divise le tout par secteur, au Carré Davis, j’ai réussi à visiter 13 commerces sur 55 (24 %) ; sur la rue Saint-Dominique, 37,5 sur 77 (49 %) ; et à Kénogami, 7,5 sur 35 (21 %).

Clarifions les demi-points, ce qui va me permettre de souligner la débrouillardise de deux endroits visités. D’abord, sur la rue Saint-Dominique, j’ai octroyé un demi-point à la microbrasserie HopEra, puisqu’elle a été aménagée avec une rampe d’accès trop bien cachée. L’installation se trouve derrière le commerce et est camouflée derrière les camions qui y sont garés. C’est en discutant avec un employé qui grillait une cigarette que j’ai fini par changer le « non » pour un « oui », puis pour un « à moitié ». Disons qu’il faut le savoir ! L’autre demi-point a été récolté par le restaurant Chez Bébé à Kénogami, puisque les propriétaires sont sortis pour m’informer que l’installation d’une plaque métallique était prévue dans les prochaines semaines. Cette institution de la poutine sera donc pleinement accessible sous peu !

Certains travaux de réfection sont nécessaires, ici et là, pour conserver l’accessibilité des lieux d’intérêt.

Parlant de nourriture, j’ai compilé la statistique pour tous les restaurants visités, et j’arrive à un taux de succès de 21 %. Pour un amateur de bouffe, c’est frustrant de se buter à un seuil trop prononcé après avoir réservé à l’Entre-Côte Riverin, au Bistro au Carré ou au Passion Café.

Le décevant Carré Davis

La palme de la plus grande déception revient au Carré Davis. Si l’allée des services atteint 70 %, le côté des boutiques et des restos reçoit un maigre 21 %. C’est pourtant là, plus qu’aux bureaux de Rio Tinto ou d’Informe Affaires, que les citoyens vont combler leur désir de magasinage ou de gastronomie. Je dois me rabattre sur la Racine pour dévaliser la boutique Twist ! Encore la faute du seuil de porte, pourtant si facile à adapter avec une plaque métallique, une rampe mobile ou de petits travaux.

Contrairement à celle de Chicoutimi, la boutique Twist d’Arvida n’est accessible.

Mon autre haut-le-coeur est survenu devant la si belle succursale de Sports Experts, avec une devanture digne des magazines ! Un beau seuil ! Dire que ça vient tout juste d’être rénové !

Tant qu’à nommer tes défauts, cher Carré Davis, ça manque d’espaces de stationnement pour les personnes à mobilité réduite – assez larges pour déployer une rampe latérale de préférence. J’ai aussi dû m’entraîner pour le slalom géant des prochains Jeux paralympiques avec tes panneaux d’interprétation !

Il ne manque pas grand-chose pour que la majorité des commerces soient accessibles.

Mention spéciale 

Comme je l’ai mentionné en ouverture de cette chronique, les infrastructures municipales, provinciales et fédérales, de même que les points d’intérêt public, font meilleure figure à Jonquière. Ainsi, les deux bibliothèques – parfaites –, le pavillon Mellon, le parc de la Rivière-aux-Sables, le CNE, le Théâtre Palace Arvida, le quartier général de la police, le Foyer des loisirs, le Palais des sports, les établissements scolaires, l’hôpital – beaucoup mieux qu’à Chicoutimi –, le CLSC, la SAAQ, l’édifice Marguerite-Belley, le bureau d’information touristique et le Centre fiscal obtiennent, au minimum, la note de passage. Certains n’ont toutefois pas de bouton, ce qui ne coûte pas une fortune à installer.

D’un bureau à un autre

Le gros problème, c’est le bureau d’arrondissement, qui fait l’objet de travaux majeurs, lesquels ne le rendront toutefois pas plus accessible. J’ai téléphoné pour m’assurer qu’il n’y ait pas une entrée secrète, et la dame m’a suggéré de me rendre à celui de Chicoutimi, là où il faut ouvrir trois à quatre portes soi-même pour réussir à atteindre un quelconque service...

Quelques marches empêchent l’accès à plusieurs commerces de la rue Saint-Dominique, à Jonquière.

Peut-être que La Baie viendra sauver la mise la semaine prochaine...

Mention spéciale à La Voie Maltée de Jonquière, qui est l’un des commerces les mieux adaptés parmi ceux visités.