Johanick Petit est végane depuis près de 10 ans, mais ce choix de vie, car il en est un, est le résultat d’une réflexion s’étalant sur près de 40 ans.

J’ai dîné avec une végane

CHRONIQUE / Lundi 24 septembre, 11 h 50. J’attends mon interlocutrice, assis au Café Cambio de Chicoutimi, et je salive déjà à l’idée de manger mon fétiche sandwich au tofu mariné effiloché à la sauce BBQ maison.

La voilà qui arrive, souriante. Pétillante. Je me dis alors à moi-même : « Ce sera une belle rencontre. »

Elle se présente : Johanick Petit, native de Montréal, mais Latteroise d’adoption depuis 13 ans. Mère de deux enfants, conjointe, travailleuse autonome dans le domaine de l’écriture et de la correction. Elle a trouvé, ici, la tranquillité de la campagne, tout en gardant une certaine proximité à la ville.

Nous nous rencontrons pour parler d’un sujet bien précis : être végane au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

C’est l’ami d’une amie qui m’a inspiré le sujet. Ils sont venus me rendre visite cet été, et j’ai réalisé que l’offre était mince pour les végétariens et les véganes, et ce, principalement dans les grandes chaînes de restauration.

Avant toute chose, je demande à Johanick de me définir le véganisme. « Ça déborde de l’alimentation. Les véganes ne mangent rien qui provient d’un animal. Donc, pas de produits laitiers, pas d’oeufs, pas de poissons, pas de miel. Mais aussi, ils évitent ou essaient d’éviter les vêtements, les souliers et même les voitures avec des sièges en cuir », résume-t-elle.

Le véganisme est donc un mode de vie, qui peut toutefois varier d’une personne à l’autre. Certaines seront très strictes ; d’autres se permettront, dans des occasions spéciales, une certaine flexibilité.

Johanick est membre et administratrice du groupe Facebook Véganes au Saguenay Lac-St-Jean (sic), qui a été fondé par Nathalie Lachance. Elle alimente beaucoup la page, notamment avec des recettes, mais aussi pour discuter des produits disponibles dans les épiceries de la région. Plus de 320 personnes suivent cette page. Nous avons échangé, autour d’un bon repas végane, sur cinq axes principaux, que voici !

Johanick Petit est végane depuis près de 10 ans, mais ce choix de vie, car il en est un, est le résultat d’une réflexion s’étalant sur près de 40 ans.

Pourquoi devenir végane ?

Par souci environnemental, pour une question éthique, pour les bienfaits sur la santé, pour réduire la cruauté animale ; plusieurs facteurs peuvent influencer la décision d’une personne d’adopter le véganisme. « Je suis végane depuis 2009 environ, raconte Johanick. Ç’a été une longue réflexion sur 40 ans pour moi. C’est aussi spirituel. D’autres le deviennent du jour au lendemain. Quand j’étais petite et que je prenais une bouchée de viande, je disais : ‘‘Ouch ! ’’ J’aimais la viande, mais j’avais un malaise. Ça me faisait mal. Dans mon cas, ç’a donc été un long processus. Au début, je riais des végétariens. Je disais : ‘‘Ouache, du tofu’’. Je m’excuse aujourd’hui ! La raison principale pour laquelle je suis devenue végane, et ma famille, par la suite, c’est pour ma santé. Devenir végane a eu des impacts majeurs sur mon bien-être, celui de mon mari et celui de mes enfants. On se sent mieux. Au début, je ne pensais pas que c’était possible et accessible d’être végane. »

Toute la famille est végane, mais si sa soeur est plus rigide, le fils de Johanick se permet quelques accrocs. Et sa mère le respecte là-dedans. Il souhaite ne fermer aucune porte, mais se satisfait très bien de manger végane à la maison.

Est-ce possible en région ?

Johanick et sa famille ont « pratiquement envie de pleurer » lorsqu’ils sont en escapade à Montréal, tellement il y a de choix pour les véganes. Mais, ici, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’offre est beaucoup plus restreinte. « Les épiceries ont de plus en plus d’aliments véganes, de produits de base. Le Garde Manger (rue des Champs-Élysées, Chicoutimi) et le magasin d’alimentation Bizz (boulevard Talbot, Chicoutimi) sont les deux endroits de prédilection, mais on retrouve des produits chez Walmart, IGA, Metro, Provigo et Costco », explique-t-elle.

Quant aux restaurants, les grandes chaînes font pitié. Souvent, les options végétariennes, très limitées, sont à base de produits laitiers. Il n’y a donc rien pour les véganes. Les chaînes font aussi preuve de maladresse, comme le très médiatisé hamburger Beyond Meat de A & W, qui comprend de la mayonnaise. Les véganes doivent donc le commander sans sauce. Mais Johanick salue l’effort et espère que d’autres restaurants emboîteront le pas.

Quelles sont les meilleures adresses ?

J’ai demandé à Johanick de faire un petit sondage auprès des membres du groupe Facebook afin de connaître les meilleures adresses dans la région. Les élus : Taco y salsa, Ananas mon amour, la Piazetta, la ParizzA, le Café Cambio, la Maison Khmère, qui offrirait une table d’hôte végane, l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) avec son panini au tofu effiloché, et La Crémière de la Place du Royaume pour son tofu glacé.

Selon la Laterroise d’adoption, les deux carences principales sont l’absence de restauration rapide végane et santé, et le manque d’offres en matière de déjeuners et de brunchs.

Combien ça coûte de plus ?

Bio, végé ou végane ; la croyance populaire est que les coûts sont gonflés. « Le chef cuisinier végane Jean-Philippe Cyr dit : ‘‘Celui qui dit que manger végane coûte cher, ça fait longtemps qu’il n’a pas acheté de la viande’’, lance Johanick en riant. Du tofu, tu en as quatre briques pour moins de 6 $. Des légumineuses, ça ne coûte rien. Quand tu cuisines, que tu achètes les éléments de base et que tu fais tes recettes, ce n’est pas cher. Là où ça coûte plus cher, c’est pour les produits préparés et surgelés. Aussi, pour les fruits et légumes, moi, j’achète bio, et c’est un peu plus cher, mais ça, c’est la même réalité pour tout le monde, végane ou pas. »

Comment réagissent les gens ?

Beaucoup d’efforts restent à faire pour démystifier le véganisme, estime Johanick. Certaines personnes sont fermées d’esprit et refusent de manger des repas véganes. D’autres, par contre, se prêtent au jeu et font preuve à la fois de curiosité et d’ouverture.

« On me confronte sur tout. J’ai frappé un mur quand ma fille et moi avons voulu approcher son école. Souvent, quand on dit aux gens les ingrédients, ils arrêtent de manger. Maintenant, je ne le dis plus. Sinon, je dis aux gens de se faire une petite épicerie et je vais leur cuisiner ce qu’ils achètent. Moi, je n’en achèterai pas, mais je ne veux pas contraindre les autres. Mon frère, lui, adore mes recettes. Il dit que quand il vient passer quelques jours ici, il se sent mieux ! Dans la population, certains vont faire de gros yeux, mais la seule chose que je dirais, c’est : ‘‘Essayez-le ! ’’ »

Mais quand elle n’avertit pas ses convives, souvent, elles se régalent et la félicitent pour ses « bonnes brochettes de poulet ». C’est du tofu, mais à quoi bon le dire ? Quand c’est bon, c’est bon ! Bon appétit !

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QUELQUES PRODUITS NON VÉGANES...

• Croustilles (en raison du lait)

• Jujubes (en raison de la gélatine)

• Guimauves (en raison de la gélatine)

• Pain (en raison du lait)

• Pâtes alimentaires (en raison des oeufs)

• Bières et vins (en raison des produits potentiellement utilisés ou ajoutés)


... et voici quelques produits accidentellement véganes:

• Similibacon

• Biscuits Oréo

• Skittles

• Crêpes de marque Bisquick

• Craquelins Ritz au fromage

• Pouding Jell-O au caramel au beurre

• Croissants Pillsbury

• Les jujubes Fuzzy Peach de Maynards

• Croustilles Lay’s originales