Chaque fois que je croise un monument en bordure de route, comme celle-ci, qui honore la mémoire de Samuel Tremblay et de Dave Girard, les victimes beaucoup trop jeunes d’une collision mortelle en 1998 sur le boulevard Talbot à Laterrière, je fais mon signe de croix.

Des célébrations civiles... à l’église

CHRONIQUE / Je suis un pratiquant non-croyant.

On entend souvent l’expression inverse, mais je ne dois pas être le seul dans cette situation, surtout chez les milléniaux. Beaucoup de jeunes, comme moi, sont athées ou agnostiques par défaut.

Le meilleur exemple pour illustrer mon propos, c’est le fait que j’aimerais me marier à l’église, mais idéalement, les lectures religieuses ne recevraient pas d’invitation.

Je pousse la patente et ose dire qu’il y a peut-être là une voie pour la sauvegarde de nos églises, du patrimoine religieux, qui est indissociable du patrimoine québécois.

L’Église serait-elle prête à offrir des célébrations non religieuses en ces enceintes?

Un mariage civil, à l’église; je serais acheteur. Et ça m’enlèverait le sentiment d’imposture d’aller m’unir devant Dieu.

La robe blanche, les vitraux, l’allée, l’autel, les cloches, le perron et ses larges marches; il n’y a pas plus beau lieu pour se marier que dans une église, à mon avis.

Ces bâtiments sont magnifiques; ils dégagent quelque chose qui transcende la religion. C’est là que mes grands-parents et mes parents se sont unis, et j’aimerais perpétuer la tradition.

J’aimerais aussi faire baptiser mes enfants, pour tout le cérémonial que ça implique, encore une fois, et non pas pour leur éviter de moisir dans les limbes.

Illégales, mais tolérées

Autre exemple: je fais mon signe de croix chaque fois que j’aperçois une croix en bordure de route ou que je croise un cimetière, mais ce n’est qu’un geste symbolique.

C’est ma façon d’honorer la mémoire des morts, de leur faire un petit clin d’oeil, de leur envoyer un sourire du plancher des vaches. Ce réflexe, je l’ai depuis longtemps, et ne l’assume pas vraiment.

Disons que je fais dans la subtilité quand je ne suis pas seul dans le véhicule. Eh oui, cette autre obsession s’ajoute à celle des inukshuks. Je suis vraiment un conducteur cinglé, faut croire...

Mais cet automatisme, il est bien enraciné, à un point tel que j’ai pratiquement l’impression d’avoir une relation de proximité avec les défunts de la route. Surtout que je croise toujours les mêmes, faisant la route Chicoutimi-Repentigny assez fréquemment merci.

D’ailleurs, à ce propos, saviez-vous que ces monuments sont illégaux, mais tolérés?

Selon la loi, «nul ne peut installer un signal, une affiche, une indication ou un dispositif sur un chemin public sans l’autorisation de la personne responsable de l’entretien de ce chemin».

Mais «le ministère a adopté une pratique de tolérance. Les sites commémoratifs sont acceptés à l’intérieur des emprises publiques, pourvu qu’ils ne nuisent pas à la sécurité des autres usagers de la route», a déjà expliqué une conseillère en communication du ministère des Transports du Québec (MTQ) à une collègue. Même son de cloche du côté des municipalités.

Et si le gouvernement doit réaménager une route, comme ce fut le cas pour la Réserve faunique des Laurentides, les fonctionnaires lâchent un coup de fil à leurs collègues policiers et tentent de communiquer avec les familles pour déplacer lesdites croix dans le respect.

De surcroît, je pense que c’est un moyen efficace de sensibilisation.

Comme conducteur, ça me rappelle que la mort est sur nos routes, et je n’ai pas le goût d’avoir ma croix.

Le contenant, pas le contenu

La symbolique. Voilà le mot-clé. Je suis attaché à la symbolique et à la tradition. En fait, je raffole du contenant, mais suis intolérant au contenu. Comme au lactose.

J’adhère pleinement à plusieurs valeurs catholiques, aux messages empreints d’humanité, de solidarité et de respect.

D’ailleurs, j’ai bien tenté d’être un pratiquant. Mon attachement à la symbolique m’a poussé à persévérer dans mon désir d’être un adepte de quelque religion que ce soit. Comme j’ai souvent tenté ma chance avec les betteraves marinées de ma Mamie, malgré les grimaces répétées. En vain, dans les deux cas.

La vérité avec une minuscule

En gros, pour moi, le mot «vérité» s’écrit avec une lettre initiale en minuscule. Toutes mes vérités sont scientifiques, factuelles ou expérientielles; aucune n’est biblique, islamique ou spirituelle.

J’ai lu la Bible et le Coran, et chacun m’a laissé un arrière-goût, car je suis allergique aux vérités non fondées. J’ai besoin d’être convaincu; je n’accepte pas de recracher ce qu’on me met dans la bouche sans poser de questions. Je trouve ça beaucoup trop réducteur d’esprit que de sortir les Vérités incontestables de l’Au-Delà.

Non, ce n’est pas parce que Dieu a décidé que j’étais assez fort mentalement que je suis l’heureux élu de la maladie orpheline. Dieu n’a pas ce pouvoir ni cette responsabilité. C’est juste le triste hasard de la vie ou le résultat de la génétique.

C’est à se demander si certaines sociétés arrêtaient d’attendre de savoir si «Dieu le veut», elles avanceraient sans doute plus vite. Mais dans leur réalité moins enviable, croire à quelque chose de plus grand permet parfois d’accepter l’inacceptable.

La religion, aussi, peut pallier le vide, le néant, l’inconnu. Qu’arrive-t-il après la mort? Je ne le sais pas, et j’aimerais avoir une réponse, mais c’est dans le camp de l’impossible. Je verrai rendu là.

Bon, c’en est assez des amalgames douteux et des potentielles références erronées, faute de culture en la matière – je m’en excuse! Je suis inculte; c’est le cas de le dire!

Je vais conclure simplement en informant mes proches que j’aimerais bien avoir une croix, moi aussi, si jamais le Hasard décide que mon heure est venue alors que je suis derrière le volant ou sur le siège passager. Car je serai bien content de recevoir des clins d’oeil et des sourires de l’Au-Deçà.

Et si jamais Dieu ne le veut pas, faites un inukshuk à la place!